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On connaît au moins six Maroc's dont chacun se flatte d’être le seul authentique :
            1. Moyen Atlas
            2. Bassin du Sebou
            3. Vastes bleds du centre-ouest
            4. Vallée de l’ATLAS
            5. SOUS
            6. Oriental
Chaque grande région naturelle se distingue en effet par une profonde originalité. Mais l’empire Chérifien possède un univers plus original encore, formé de deux îles, d’un petit port, d’une plage et de quelques dunes. C’est Mogador, plus qu’un site, un monde à part.

Le climat est l’un des plus extraordinaires du monde, avec une lumière diffuse et nacrée, des étés d’une fraîcheur australe, dans des avenues éventées par l’alizé.

Les gens , de toutes origines , brillent par la bonne humeur et la simplicité : prisonniers volontaires , ils ne quittent plus « Souira » , L’ « image » , pour employer le nom marocain de Mogador : Ils ont écrit des romans , fabriqué des portes , des coffrets incrustés de nacre , fait mille autres choses encore y compris une excellente cuisine , sans ambition , sans autre règle souvent que leur caprice . Les Mogadoriens éminents furent et sont encore les français, les musulmans, les israélites non pas les plus riches, mais les plus gais de toute l’Afrique. Beaucoup élèvent des canaris, des poissons rouges, lisent de bons auteurs, badigeonnent de blanc leurs murs, de bleu marine leurs portes et fenêtres.

C’est à Souira que l’on trouve les productions les plus singulières du MAROC et depuis les temps les plus reculés. Les Souiri ont commencé, du temps de JUBA II, par la teinture pour finir , au temps de monsieur LABONNE , Par l’énergie éolienne qui éclaire la ville : On ne désespère pas d’y dresser un jour de grands moulins à vent.

Ne parlons pas de « l’orge blanche », céréale sui generis, des sardines pelées et dépouillées de leurs arêtes, à l’intention des américains, des cordes tressées avec des fibres d’agaves.

Sur la dune surgit parfois une forêt de hampes fantastiques, pomponnées de houppes vertes ; on croirait voir des poteaux télégraphiques poétisées par un dessinateur japonais : ce sont des hampes d’agaves ou d’aloès.

C’est tout à fait par hasard, semble t’il, que cet univers, peu soucieux de vraisemblance, et encore moins de « conformisme », a provisoirement accosté sur le flanc atlantique du MAROC, en attendant de dériver vers les îles Fortunées, toutes proches ; il s’agit bien des Canaries :

« Adios, Canarias quéridas »

Le climat est unique, les gens sans pareils, les productions inattendues, la végétation surprenante, mais le plus curieux de tout, c’est encore l’histoire de Mogador, elle ne ressemble vraiment à aucune autre ! Elle vaut la peine d’être évoquée.

I Hannon, Juba et Cornut

L’histoire de ce site se distingue surtout par la longueur de ses éclipses depuis l’installation d’un comptoir vaguement phénicien TAMUSIGA, il y a peut être près de trois mille ans. Il nous faut donc faire des bons vertigineux par-dessus les siècles obscurs, pour ne pas dire les millénaires.

Mais après avoir vogué dans la nuit des temps, on aborde brusquement, de très loin en très loin, dans « une échelle de barbarie » surgie comme par miracle au bord de l’océan.

Au V° siècle avant Jésus Christ , le Seigneur Hannon , amiral de la flotte à Carthage , cingle vers les îles Fortunées et bien au-delà vers le golfe de Guinée , à la tête d’une escadre de soixante pentécontores , vaisseaux de cinquante rameurs , jaugeant quarante tonnes et où l’on a embarqué , sans autre forme de procès , quelques vingt mille émigrants , colons , artisans , marchands escortés de leurs femmes . Il s’agit, non seulement « d’étoffer les échelles de l’Ouest », mais d’organiser le trafic de l’or, du Cameroun à la Tunisie, sans préjudice, bien sûr, de celui du « bois d’ébène », c'est-à-dire des esclaves noirs.

Tout ce que l’on sait, c’est que TAMUSIGA (MOGADOR) figure sur la liste des comptoirs, fait qui ne pouvait échapper à la géniale perspicacité de Monsieur Jérôme CARCOPINO, le célèbre historien de l’antiquité, qui a décortiqué implacablement le livre de bord de l’Amiral, texte plus connu sous le nom de « Périple d’Hannon » ; la traduction grecque, assaisonnée de quelques fioritures, nous en est parvenue grâce à deux manuscrits conservés l’un à Londres, l’autre à Heidelberg. Hannon, n’éprouve pas le besoin de nous raconter son escale à Mogador. 

Mais le cérémonial d’une tournée d’inspection obéit à des règles constantes : Présentation des fonctionnaires locaux , échanges de fabors visite des magasins et ateliers les plus huppés , conversations d’affaires avec les exportateurs d’ivoire , de bois précieux , de gomme sandaraque , etc…, sacrifices aux dieux de la mer , discours : « La métropole , messieurs , n’a pas d’enfant plus cher que votre ville ; elle a les yeux fixés sur vous , avant tout soucieuse de fortifier chaque jour davantage les liens d’une amitié séculaire , etc.. »

Les cavaliers des tribus font piaffer leurs chevaux ; les enfants chantent, en chœur, les hymnes de circonstances, le clergé brûle de l’encens et l’Amiral rembarque au milieu des acclamations car il n’y a rien eu de cassé.

Nous savons, en outre, qu’un trafic assez appréciable reliait la colonie aux îles Canaries : des voiliers suivaient la dérive des courants : nous n’avons donc aucune raison de supposer qu’à Mogador, il y a deux mille cinq cents ans, la vie était moins douce qu’elle ne l’est aujourd’hui ;

Un souverain évolué :
Cinq siècles ont passé, comme dirait Victor Hugo : « Nous sommes à l’aube de l’ère chrétienne, dans un Maroc couvert de forêts et infesté de troupeaux d’éléphants »

« Elephantorum grégibus infestum », écrit Pline le Naturaliste. A la tête du protectorat mauresque, Rome a placé un souverain berbère, JUBA II, dont le père avait été épuré pour avoir misé sur le parti conservateur. Libéral, JUBA II, se garda soigneusement de faire de la politique, fit régner la paix pendant quarante ans au MAROC ? Tour de force assez exceptionnel au cours des deux mille dernières années et il s’occupa de mise en valeur « d’expansion économique »pour parler le noble langage de nos spécialistes, assisté de son directeur des affaires économiques, le grec Euphorbe, au nom prometteur.

Joël de CAZANOVE "Maroc Presse 1950"




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