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La culture, selon Hegel, est fondée sur trois composantes : le mode d’expression de la volonté, le mode d’action et le langage. Ces trois facteurs produisent l’harmonie du champ culturel d’une communauté et nous aident à faire la distinction entre les cultures. Il semble que le contexte marocain actuel permet de poser les questions sur les modes de volonté, d’action et de langage.

Ainsi, La création est-elle une innovation dans la reproduction du même, ou bien est-elle un dépassement de ce qui est, de ce qu’il y a ? La culture marocaine, et particulièrement la culture savante, souffre-elle, encore, du déficit d’imagination ou commence-elle à s’engager dans de nouveaux élans fictionnels, surtout durant ces deux dernières décennies ?

J’esquisse mes propos en reposant ces questions, pour m’approcher, dans la mesure du possible, de la formulation d’une autre question qui, me semble-t-il, concerne toute la culture marocaine savante et la création artistique en particulier. Une question qui a déjà sa propre généalogie et son histoire spécifique, mais qui n’apparaît que subrepticement, sans, toutefois, perdre sa radicalité et ses dimensions polémiques.

De plus, et malgré son histoire propre, cette question change toujours de “lexique” en resurgissant, chaque fois, de manière différente, et dans des contextes historico-politiques et culturels différents.

Poser ce genre de question, c’est en réalité, briser un silence qui tranquillise et continue à conforter les différentes positions qui s’expriment à l’intérieur du champ culturel, car le Maroc continue de se poser en tant que question culturelle, et surtout en tant que question d’art. On n’a pas cessé de dire, et de constater que ce pays englobe un empire incontournable de signes, de traces, et que les œuvres qui se sont succédées à travers sa très longue histoire ne cessent de nous interpeller, que ce soit au niveau des arts religieux, profanes, des arts décoratifs, ou au niveau des écrits anciens et récents.

Comment alors peut-on formuler cette question du Maroc en tant que « question” d’art et de création ? Jusqu’à quel point le créateur marocain a pu assumer et penser ses temps passés et présents ? Pourquoi la modernité, qui est l’incarnation renouvelée des lumières, s’est heurtée et se heurte toujours à une résistance symbolique et institutionnelle voire politique ?

L’écriture de l’histoire, les modes narratifs, le poids de l’historicité, la conservation de l’orthodoxie, l’éloge de la répétition, etc. autant d’aspects qui ont caractérisé la culture savante marocaine à travers son histoire, et qui continuent de se manifester dans différents domaines de la pratique culturelle. Il est évident que l’appréciation de cette situation peut différer d’une personne à l’autre, mais ce qui attire la curiosité du critique et du chercheur, c’est l’intérêt, très limité, porté aux champs de la création moderne, tels le cinéma, le théâtre, la musique, la danse, le livre, la constructions d’établissements d’apprentissage et de formation dans les modes de création modernes. 

Il est vrai que les pouvoirs publics, durant les deux dernières décennies, ont mis de l’argent pour l’encouragement et la promotion du cinéma. Le Maroc arrive à produire 20 longs métrages et plus de 60 courts métrages. Il y a de tout. Une diversité de sensibilités, de choix esthétiques et d’aventures. La médiocrité se réclame le droit d’être citée dans la mêlée de très rares œuvres de qualité. Comme si on est en train d’assister à un certain élan créateur dans un contexte d’expérimentation généralisée.

Toutefois, la modernité culturelle et esthétique reste encore un choix problématique. On remarque certaines de ses manifestations, ici ou là, comme les grands festivals, mais elles restent partielles et dispersées. Autant le Maroc s’appuie sur une tradition ancestrale politico-culturelle, autant, le créateur et l’intellectuel moderne, reste encore un phénomène de société qu’il faudrait interroger.

Noureddine Affaya / Quid.ma

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