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Le lendemain de l'élection présidentielle en Algérie, les questions demeurent malgré le fait que le vainqueur semble connu d'avance.

Abdelaziz Bouteflika va-t-il comme prévu rempiler pour un quatrième mandat après une campagne fantôme? Ali Benflis va-t-il réussir un coup à la sénégalaise où le vieux Abdoulaye Wade a été poussé vers la sortie par les urnes ? 

Deux scénarios pour une élection qui ne résoudra pas la crise du régime.

Après une fin de campagne électorale très tendue, le camp de Bouteflika, qui se voit gagnant au premier tour ce jeudi, met outrageusement l’accent sur la dénonciation des fauteurs de "fitna" (la sédition) et les agissements présumés de ceux qui veulent importer un "printemps arabe" réduit à sa séquence libyenne ou syrienne. Le pouvoir "joue sur les peurs primaires" des Algériens, selon la formule de Khaoula Taleb Ibrahimi, professeure en sciences du langage.
L’Algérie est dans la rue de l’impasse. En quête d’un consensus tunisien sans la "case révolte

Le maintien du statu quo politique en Algérie a, jusque-là, fonctionné sur un contrôle du champ politique par la police politique (le DRS), la crainte, entretenue, d’une nouvelle plongée dans les affres des violences des années 90. Le tout aidé par des formes de redistribution de la rente pétrolière qui permettent de calmer les colères sociales. Ces trois instruments de l’entretien du statu quo commencent à atteindre leurs limites.

La crise au sein du régime s’est exprimée avant même la campagne présidentielle.Amar Saadani, secrétaire général du FLN a ouvert le feu sur le général Mohamed Mediene dit Toufik, patron depuis 23 ans des services des renseignements algériens, le Département du renseignement et de la sécurité (DRS).

Une sortie sans précédent suivie par une riposte, toute aussi inhabituelle du général à la retraite Hocine Benhadid. Celui-ci s’attaquait ouvertement, au chef d’état-major de l’armée, Ahmed-Gaïd Salah, formellement le supérieur hiérarchique de Médiene.

L’armée et les services, l’ossature même du régime en place depuis l’indépendance, étalaient ainsi, par des biais indirects, leur division à quelques semaines de l’élection. La décision de Bouteflika de rempiler pour un quatrième mandat malgré son état de santé a été une circonstance aggravante dans cette crise, mais elle n’en est pas la cause principale. Ces fissures visibles n’ont pas permis de fabriquer le "consensus" autour du candidat à la présidentielle.

C’est sur cette absence de consensus au sein du régime qu’Ali Benflis, joue, en espérant réaliser une issue à la sénégalaise, où Aboulaye Wade, qui demandait un mandat de trop, a été poussé à la sortie par les urnes. Mais ce n’est qu’un scénario possible parmi d’autres. Quel que soit le résultat, la crise du régime est là. Elle restera de mise après le 17 avril.

1 – Abdelaziz Bouteflika rempile
Les partisans de Bouteflika le martèlent, le Président va gagner au premier tour. Et en off, ils donnent déjà les résultats: Bouteflika avec plus de 65% de voix, la deuxième place reviendrait à Louisa Hanoune, qui a passé plus de temps à attaquer Benflis qu’à critiquer celui qui est au pouvoir depuis quinze ans. Ali Benflis, celui que Bouteflika a accusé de "terrorisme" est écrasé à la troisième place avec un score bas.

Les institutions qui contrôlent formellement l’opération électorale (Conseil constitutionnel, justice et ministère de l’intérieur) sont dirigées par des fidèles de Bouteflika. Cela permet en théorie de contrecarrer un éventuel "coup à la Wade" et d’assurer une victoire au premier tour.

Sauf que le DRS ne jouant pas ce rôle de "régulateur", le risque d’accusation de fraude est amplifié. Sans compter que la volonté d’un homme malade de se présenter à un quatrième mandat – synonyme de mise en place d’une présidence à vie – suscite un vrai sentiment de rejet et d’indignation. La campagne électorale par procuration menée par des ministres n’a pas été de tout repos malgré le déploiement de moyens considérables avec un soutien ostensible des hommes d’affaires.

2 – Ali Benflis gagne, le régime avance d’un "millimètre"
Ali Benflis semble croire que son heure est venue. Et que le 17 avril 2014 effacera la "victoire de la fraude" de 2004. Le principal adversaire de Bouteflika a pour vrai ennemi, l’abstention. Ceux qui votent le plus – et ils ne sont pas les plus nombreux - sont ceux qui sont acquis au régime. Et ils ont tendance à choisir le candidat en place et non son outsider même s’il est issu de la même famille.

Mais le contexte très particulier de cette élection, avec un Président malade s’accrochant au pouvoir, a créé des doutes au sein de cet électorat traditionnel qui permet à Benflis d’espérer démentir la règle du vote pour le président en place. Par ailleurs, Ali Benflis compte aussi sur le "vote utile" des Algériens qui se sentent humiliés par cette "présidence à vie" qui s’installe autour d’un vieillard malade.

L’ancien président Liamine Zeroual, en retraite à Batna, mettant fin à un long silence,a estimé que Bouteflika n’était pas apte à exercer la fonction présidentielle. Dans une lettre rendue publique le 19 mars dernier, il a reproché à Bouteflika d’avoir cassé la transmission générationnelle du pouvoir en supprimant en 2008 la limitation des mandats présidentiels.

3 – 18, rue de l’impasse d’un régime en "déglingue"
C’est le titre d’un éditorial du Quotidien d’Oran. Et il exprime bien un sentiment très largement partagé que l’élection du 17 avril ne règlera rien. Et que la crise d’un régime "en déglingue" devient un danger beaucoup plus sérieux que les "menaces" extérieures.

En marge de cette campagne, l’idée d’un "consensus" pour une "transition" et un "changement de régime" est devenue pressante. Elle est rejetée par les partisans des Bouteflika, mais elle est défendue par un spectre large allant des islamistes aux laïcs.

Mouloud Hamrouche, ancien chef de gouvernement, a sonné l’alarme. Le système algérien a atteint ses limites, il ne "peut plus se renouveler, ne peut plus gouverner dans la cohérence et la cohésion car il n’est plus porteur du projet national". Ce système, a-t-il ajouté, "peut s’effondrer à tout moment".

Contrairement à ses habitudes, Hamrouche s’est fait précis: "la solution a une adresse: Bouteflika, Gaid-Salah et Toufik". Ces appels à la transition et au consensus font souvent un écho au pays voisin. L’Algérie a besoin d’une solution tunisienne sans passer par la case révolte. Ce serait l’issue à l’impasse. Et il faudra beaucoup d’imagination pour la mettre en œuvre.

Au-delà de la santé de Bouteflika, c'est la question de son pouvoir qui se pose. Un homme aussi affaibli est-il capable de diriger un pays? Si tel n'est pas le cas, la question est de savoir qui est la personne (ou les personnes) qui dirige et gouverne réellement.

Un sujet loin d'être simple en Algérie où depuis de nombreuses années, plusieurs clans se partagent le pouvoir. "L'Algérie ressemble à un théâtre d'ombre où tout le monde pense deviner ce qu'il va advenir mais où personne en fait, ne sait ce qui se trame en coulisse", écrit l'hebdomadaire Jeune Afrique.

Si l'opacité du système politique algérien empêche d'en percer les secrets, il est toutefois possible d'esquisser les jeux de pouvoir qui s'exercent actuellement.

Après l'indépendance, l'armée algérienne a souvent tiré les ficelles des élections depuis les coulisses. C'est d'ailleurs elle qui a choisit comme candidat Abdelaziz Bouteflika en 1999. Mais en optant pour lui, elle ne se doutait sans doute pas que le président sortant allait réussir à renverser le jeu de pouvoir. Tout au long de ses mandats, Abdelaziz Bouteflika a fait en sorte de réduire l'influence de l'armée en détricotant la hiérarchie militaire.

Un basculement qui n'empêche pas Bouteflika de toujours se méfier de cette force. "Ni l'omnipotence du président ni son habileté politique n'ont réussi à dépouiller complètement l'institution militaire algérienne de son statut de rouage essentiel du système qui gouverne l'Algérie depuis plus d'un demi-siècle. C'est pourquoi Bouteflika, tout chef suprême des forces armées et ministre de la Défense qu'il est, s'en méfie en permanence. Cette méfiance s'est accentuée après son accident vasculaire cérébral du 27 avril 2013", rappelle Jeune Afrique.

L'élection présidentielle, dont le premier tour se tiendra le 17 avril, a beau se vouloir démocratique, ce n'est pas encore ce scrutin qui verra le pouvoir algérien aller aux mains des citoyens.



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