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Aux etats-unis, les criminels et autres délinquants ne ratent jamais la proposition d’assistance, et la possibilité du silence momentané : qui sait, un habile avocat pourra peut-être en tirer avantage, et cela s’est déjà réalisé. au maroc, les prévenus optent, souvent et apparemment spontanément, pour une autre stratégie : la collaboration franche et directe. Ce qui donne des situations surréalistes, difficiles à imaginer.

Tous nos fidèles lecteurs ont en mémoire les films d’action, séries ou autres feuilletons américains. Ils connaissent par cœur la classique scène de l’arrestation du suspect, ainsi que les traditionnels propos alors tenus par les policiers : «Vous avez le droit de garder le silence, tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous», suivi du classique : «Vous pouvez choisir un avocat pour vous assister durant les interrogatoires».

Tant d’amabilité, de courtoisie et de prévenance m’ont pour ma part toujours étonné, surtout envers des individus soupçonnés d’avoir commis les pires horreurs. Et bien évidemment, le plus souvent, ces personnes saisissaient aussitôt la perche qui leur était tendue, se murant derrière un mutisme absolu, refusant toute déclaration, dans l’attente de voir arriver l’avocat désigné. Puis la procédure suivait son bonhomme de chemin, avec à la clé des condamnations sévères : peines de mort, d’emprisonnement à vie sans possibilité de remise. On ne plaisante pas avec la loi aux States !

Deux récents dossiers ont attiré récemment mon attention, deux affaires pénales concernant toutes deux des délits relatifs aux stupéfiants. Dans le premier cas, un suspect est interpellé dans la rue, suite à une dénonciation anonyme. Il sortait d’un café, et les policiers n’ont trouvé aucune trace de stupéfiants sur lui, ni à son domicile perquisitionné dans la foulée.

Donc pas de flagrant délit de vente, pas de clients, pas de saisie de drogue, et pas d’argent trouvé. Arrivé au commissariat, et selon le PV n° 29…, les agents lui ont débité, conformément aux dispositions du code de procédure pénale marocain, et à la nouvelle Constitution, ses droits fondamentaux : «Vous avez le droit…», exactement les mêmes formules utilisées outre-Atlantique.

Dans le second cas, un jeune homme «emprunte» la voiture d’un ami pour emmener sa copine aux urgences…ignorant que dans le coffre étaient dissimulés près de 4 kg de cannabis. Interpellé pour un simple contrôle d’identité, il tombera des nues lorsque les policiers lui montrent leur découverte. Afin d’établir le PV n° 74…, les policiers l’informent de ses droits, encore une fois comme dans les films américains.

C’est là que tout devient étrange. Soit les policiers marocains sont très persuasifs, habiles et convaincants, soit les délinquants marocains sont particulièrement stupides, bêtes et incultes.

Quand je parle de policiers convaincants, il ne faut point se méprendre, je ne sous-entends aucun traitement illicite ou brutal. D’ailleurs, dans les cas traités, aucun des interpellés ne s’est plaint de violences déplacées ou ne portait trace de coups récents : que l’on soit bien clair ! Toujours est-il que dans ces deux affaires, la comparaison avec les feuilletons américains s’arrête là. Là-bas, les criminels et autres délinquants ne ratent jamais la proposition d’assistance, et la possibilité du silence momentané : qui sait, un habile avocat pourra peut-être en tirer avantage, et cela s’est déjà réalisé. Ici, les prévenus optent, souvent et apparemment spontanément, pour une autre stratégie : la collaboration franche et directe.

Ce qui donne, dans les deux cas pris en exemple des situations surréalistes, difficiles à imaginer. Ainsi, la première personne interpellée fait face à des policiers qui ne disposent d’aucune preuve. Informée des ses droits, elle répond : «Ah ? C’est bien. Cependant, j’ai une déclaration à vous faire»; et c’est parti pour quatre pleines pages de PV où elle fournit des détails, chiffres, lieux, dates et recettes du trafic, auquel elle reconnaît s’adonner depuis des années! Déclarations précises, documentées puis signées, qui lui vaudront deux ans de prison ferme.

Dans le second cas, même scénario : les remerciant de lui avoir appris ses droits, le prévenu confirme que c’est bien son véhicule, qu’il l’a loué pour le besoin du trafic, sur les conseils de son père, et que oui, effectivement, ça rapporte pas mal d’argent…et merci d’avoir posé la question ! PV n°74… qui lui vaudra quatre ans de prison.

Alors qu’en penser, surtout qu’après, une fois en audience publique, tout le monde nie tout en bloc ?! En France, des caméras ont été installées dans les commissariats afin d’écarter tout doute ou soupçon. Au Maroc, commençons par les mettre sur nos routes pour une meilleure sécurité des usagers. Pour les commissariats, cela peut attendre: on aura toujours droit et pour longtemps à des PV savoureux d’incohérence, d’irrationalité et d’illogique !

Fadel Boucetta. La Vie éco

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