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En Espagne, c’est sur smartphones et tablettes qu’a été lancée l'automne dernier la série "El Gran Día de los feos". Cibles de cette comédie noire : la crise des valeurs et la dictature de la beauté. Le pays gouverné par Mikhaïl Ier le Joli comprend deux classes de citoyens : les beaux et les laids.

Et ces derniers n'ont aucune place dans cette dictature de la beauté. L'UCL, ou Unité de capture des laids, veille à "la sécurité et à l'esthétique" des villes. Les moches vivent reclus dans des camps de concentration dont ils ne sortiront jamais. Et à plus forte raison pendant les commémorations du 25e anniversaire de l'arrivée au pouvoir du dictateur ès tendances.

Tel est l'argument d'El Gran Día de los feos [Le triomphe des laids], première série espagnole conçue pour être regardée uniquement sur smartphones et tablettes. La société de production Tiempo de rodar l'a lancée le 19 septembre. La première saison, longue de 8 épisodes, est disponible dans une application téléchargeable sur Androïd ou iOS. Les deux premiers épisodes ont été proposés gratuitement, chaque semaine, puis par lots de deux à partir du troisième, à 0,89 centime d'euro. Le projet est le fruit de trois ans de travail. Il dispose du soutien de l'Institut de cinématographie et des arts audiovisuels [ICAA, équivalent de notre CNC], et l'investissement total s'élève à 60 000 euros.

Dystopie en série
Cette comédie noire, tournée intégralement à Madrid, puise dansLe Meilleur des mondes, d'Aldous Huxley, et 1984, de George Orwell. Elle part d'un postulat banal, mais dénonce en filigrane la crise des valeurs que traverse la société. "Aujourd'hui, nous vivons dans le règne du matérialisme, de la consommation à outrance, des fausses idoles", fait valoir Nabil Chabaan, auteur, scénariste et l'un des directeurs de la production. "Dans la série, la mort des laids est une métaphore de la mort sociale à laquelle sont condamnés ceux qui ne correspondent pas aux canons actuels."


Ce n'est pas un hasard si les créateurs de cette série ont choisi pour son lancement une application. "Le marché des webséries était saturé et il était difficile de sortir du lot avec un premier projet, assure Chabaan. Et puis nous pensions que cela répondait à une demande du public, qui ne veut pas seulement consommer de la fiction quand il en a envie, mais aussi où bon lui semble." Dans une certaine mesure, le montage a dû tenir compte des contraintes du nouveau format. "Il nous impose un rythme plus frénétique, et il y a davantage d'ellipses dans le récit que dans une série télévisée, commente Chabaan. Les plans sont plus resserrés, nous avons évité autant que possible les plans larges."

L'esthétique de la série est très affirmée, même si le futur qui y est mis en scène n'est pas technologiquement révolutionnaire [l'action se situe en 2056]. La fin de la première saison laisse entrevoir deux saisons supplémentaires, ce qui est l'objectif de la société de production.

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