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Devenir un porte-drapeau du Liban à l'échelle internationale, Ibrahim Maalouf l'a fait. En trois décennies seulement, le jeune homme de 36 ans a réalisé la quasi-totalité de ses rêves d'enfance : devenir un artiste de renom, réussir ses études et enseigner la musicologie.

Cette année encore, il a enchanté plusieurs millions de mélomanes lors des festivals auxquels il a participé, notamment celui tenu récemment au grand sud du Maroc.

Le 14 juin dernier, dans le train de l’Office National marocain des chemins de fer, nous n’étions pas les seuls à avoir parcouru près de 600 kilomètres pour rencontrer le charismatique jazzman Ibrahim Maalouf. Beaucoup de jeunes et de moins jeunes ont daigné traverser plusieurs chaînes montagneuses du Petit, Grand et Moyen Atlas du Maroc, dans l’unique but d’assister à son concert d’Essaouira, la cité des alizés, de l’océan Atlantique et des mille et un musiciens.

Arrivés sur les lieux, nous nous sommes d’emblée rendu compte que la majorité des festivaliers se sont donné rendez-vous ce soir-là pour n’avoir d’yeux et d’oreilles que pour le célèbre jazzman, alors que le festival en question (ndlr: le Festival Gnaoua d’Essaouira) est dédié à la musique spirituelle gnaouie. « J’ai joué des morceaux qui figurent sur mes cinq albums. Je suis heureux de voir que j’ai rassemblé tout ce beau monde alors que je suis un artiste hors catégorie dans ce festival. Je suis tout simplement ému que je vaux tout ce public au Maroc », lance-t-il, non sans émotion. Et de continuer: « Au Caire, à Paris et à Beyrouth, mon fief, j’ai droit à une telle reconnaissance, mais je n’ai jamais été aussi bien accueilli en tant qu’artiste hors catégorie ».


Décidément, au Liban, Maalouf n’est pas uniquement un nom de famille. Il s’agit surtout d’un synonyme de gloire et de réussite professionnelle au sens large du terme. En effet, alors que l’écrivain Amin Maalouf n’a pas encore fini de faire chavirer les coeurs de ses adeptes aux quatre coins du monde par le biais de sa plume acuminée, son neveu, Ibrahim, mène une vie de grand maestro en France. A ses yeux, le pays du brassage culturel. Car à Paris, les musiques du monde vivent dans la plus grande harmonie, loin des clichés sur les ghettos et de tout ce qui s’en suit...

Mais tout a débuté le 5 novembre 1980. Date à laquelle le jeune artiste pousse ses premiers cris, en pleine guerre civile au Liban. A cause des bombardements, sa famille ne peut l’inscrire à l’état civil avant le 5 décembre de la même année. De même, en raison de la guerre qui a joué les prolongations, au grand dam du peuple libanais, la famille Maalouf a élu domicile en pleine banlieue parisienne. Ibrahim grandit alors avec ses musiciens de parents qui ont continué à jouer sur scène dans leur pays hôte.

A l’école, Ibrahim Maalouf était une lumière. Tous ses enseignants s’accordaient à lui prédire un bon avenir. Ses camarades de classe au prestigieux lycée Geoffroy-Saint-Hilaire d’Etampes (Essonne) aussi. Tout jeune, il brillait particulièrement dans les matières scientifiques. Il avait les mathématiques dans la peau, et s’il n’était pas musicien, il serait probablement devenu un ingénieur, architecte ou mathématicien, comme ce que certains de ses proches s’amusaient à deviner. Mais il n’en est rien. Il est et il a toujours été musicien. Celui qui a commencé l’apprentissage du piano et de la trompette à l’âge de 7 ans n’a jamais sous-estimé la carrière d’un musicien en comparaison avec n’importe quelle autre profession.

Ancien élève de Maurice André au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, le jeune artiste n’a pu que percer dans l’univers de la trompette et celui du piano. Dans l’absolu et depuis toujours, les Maalouf ont l’habitude de se donner tous les moyens pour réussir dans la vie. Et la France des années 1980 le permettait encore.

Cependant, il faut avouer que tout prédestinait le jeune homme à devenir ce qu’il est devenu aujourd’hui.

Né dans une famille d’intellectuels de renommée universelle et d’artistes de haut calibre, Ibrahim n’est autre que le fils du trompettiste Nassim Maalouf et de la pianiste Nada Maalouf. Il est aussi le petit-fils de Rushdi Maalouf, poète, musicologue, universitaire et journaliste chevronné.

De ce fait, dès son plus jeune âge, et en parallèle avec ses études en musicologie, Ibrahim Maalouf se présente à de nombreux concours nationaux, européens et internationaux de trompette, dans le but de développer son savoir-faire en la matière. Chemin faisant, en quatre ans seulement, et plus exactement entre 1999 et 2003, il est lauréat de 15 concours à travers le globe. Parmi eux, il y a lieu de mentionner le premier prix du Concours international de la trompette en Hongrie à Pilisvörösvar (2001), le premier prix du National Trumpet Competition à Washington DC aux Etats-Unis, et le deuxième prix au Concours international de Paris en 2003.

Et comme le dit si bien l’adage, après l’effort, vient le réconfort. Pour Maalouf, parler de réconfort, c’est faire allusion à la continuité de son oeuvre. Au gré de ses déplacements, il tutoie la célébrité et vit de sa plus grande passion.

Muni de ses deux instruments musicaux de prédilection, cet artiste franco-libanais sait tout faire dans sa spécialité. Il compose, arrange, produit et enseigne les techniques en la matière. Autant dire qu’il est à quelques détails près, encore plus doué que son père musicien. Ibrahim connaît par coeur l’histoire de la musique, ses techniques, son étymologie et sa sémiologie de surcroît. L’ethnomusicologie, elle, est l’une de ses spécialités favorites.

Pour ce pianiste et trompettiste, la musique jazz est de loin l’une des plus nobles au monde. Son message humanitaire, lui, est exemplaire. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle son nom s’inscrit dans ce registre. « La musique jazz véhicule un message humanitaire qui fait de tous les êtres humains une seule espèce. Elle symbolise le brassage culturel, la paix et l’amitié qui existent entre les populations du monde de jadis jusqu’à nos jours, séparées par la ségrégation raciale », dit-il. Mais comme son coeur bat tout aussi fort pour la musique classique et pour le jazz-rock fusion, Ibrahim Maalouf reste fidèle à son étiquette de multidisciplinaire.

Ses compositions de bandes originales de films en témoignent. En un rien de temps, il passe d’un registre musical à un autre. Mais quand il le fait, il n’en donne pas l’impression. « J’ai un fil conducteur qui me permet de passer d’une sonorité à une autre sans que la personne qui écoute mes morceaux puisse s’en rendre compte. Plus concrètement, quand je passe du jazz au rock, les rythmes jazzy continuent en tant que tapis musical et introduisent les sonorités rocky subtilement, et ainsi de suite », explique-t-il.

Autrement dit, Ibrahim est astucieux en la matière. Intelligemment, il brode ses compositions comme d’autres broderaient les draps de soie. Avec la même finesse, il concilie trompette et piano, pour donner un doux mélange de mélodies, venues tout droit du pays du Cèdre. « J’ai une touche libanaise qui est visiblement inhérente à mon oeuvre. Toutefois, dans l’univers de la musique, je suis à cent pour cent pour l’ouverture des frontières. La fusion concilie, de ce fait, les peuples du monde, malgré leurs nombreuses différences, le temps d’un morceau de jazz-rock fusion. C’est donc pour cela que je m’y adonne à coeur joie », continue-t-il.

Actuellement, Ibrahim Maalouf est le seul musicien au monde à jouer la musique arabe avec la trompette à quart de ton. Dans les années 1960, son musicien de papa fut l’un des rares à le faire. Autant dire que notre talentueux trompettiste a de qui tenir.

Le talent n’étant pas dissimuable, Maalouf a brillé lors de plusieurs grands concours de trompette classique de par le monde. En juillet 2010, il remporte les Victoires du Jazz à Juan-les-Pins en France et décroche, haut la main, le prix de la Victoire de la Révélation instrumentale de l’année. Trois années plus tard, il est ré-sélectionné par le même festival, mais cette fois-ci dans la catégorie Artiste ou Formation de l’année. Mais en pensant à ses meilleures distinctions, le jazzman ne peut renier qu’il a été plus qu’honoré lorsqu’il a été choisi ambassadeur pour la paix par l’Unesco en 2011. « Me choisir en tant que jeune artiste qui oeuvre pour le dialogue interculturel c’est reconnaître que mon oeuvre s’inscrit dans le cadre du dialogue entre l’Orient et l’Occident. Il s’agit de l’un des projets humains qui me tiennent le plus à coeur », avoue-t-il.

En 2014, Ibrahim Maalouf décroche une troisième Victoire de la musique pour son cinquième album intitulé Illusions, dans la catégorie du « Meilleur album de Musiques du monde ». Et ce n’est rien si l’on sait qu’il s’agit de la première fois dans l’histoire des Victoires de la musique qu’un artiste, élu meilleur musicien au monde, soit un instrumentaliste.

Jalons :
Le 5 novembre 1980 : Naissance à Beyrouth, au Liban.
1987 : Initiation à la trompette par son père Nassim Maalouf.
2001 : Obtention du premier prix du Concours international de trompette en Hongrie à Pilisvörösvar.
2007 : Sortie de son premier album intitulé Diasporas.
2009 : Sortie de son deuxième album Diachronim.
2011 : Sortie de son troisième album Diagnostic.
2012 : Sortie de son quatrième album Wind.
2013 : Sortie de son cinquième album Illusions.

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