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Aussi poli qu’il soit, quand on demande à quelqu'un si ça va, il ne vous répondra jamais de vive voix, mais réagira seulement par un clin d’œil narquois. 
Sinon, le titre de ce papier est constitué de deux formules de salutation très usitées, une question et une réponse, introductives, routinières, échangées lorsque deux relations se croisent ou se rencontrent, façon de dire quelque chose, de contourner parfois le reste, c’est-à-dire beaucoup de choses ; deux expressions aptes à déclencher un brin de causette, ou une éternelle et vaine palabre.

"Ça va chwiya ?" est une autre formule en vogue, une manière de pronostiquer que ça ne doit pas aller à merveille, car vu les vicissitudes, "chwiya, el mouhimm lehna" pour dire que tout ce que l’on réclame , c’est la santé qui est opposée à la maladie, ou c’est la tranquillité, synonyme de paix qui s’oppose alors à toute guéguerre, à toute guerre, donc à toute violence, à toute forme d’agression.

Sinon, quand une personne répond à un "labess" parfois mécanique, par "l’essentiel c’est lehna", mécanique aussi, mais pas tellement dynamique, il se dégage souvent cette impression, que la tranquillité pour certains, commence d’abord au foyer et s’arrête à son seuil. D’autres personnes, tel Mehdi, laissent suggérer à travers leur mimique, en réponse à un "ça va ?", que ça ne carbure pas trop, et que cette quiétude n’est pas réalisée, notamment au niveau professionnel.

Sinon, s’il est indéniable que l’équilibre est essentiel au niveau familial et professionnel, il n’en demeure pas moins, que l’environnement exerce une influence sur l’individu, là où il se trouve, et ne l’épargne pas, même barricadé chez lui. Ainsi, on ne peut vivre la quiétude, lorsque les misères quotidiennes extra-muros, petites ou grandes, nous submergent, où de multiples tensions sociales peuvent mettre à rude épreuve notre santé physique ou mentale. En dehors donc des relations habituelles, lors de notre retour au foyer, nous ne pouvons pas déposer au seuil de la porte, les maux et les fléaux de tout ce qui nous entoure, nous enserre malgré nous. Car est-il possible de vivre en vase clos telle une taupe ?

« El mouhimm essahha » ? Mais comment peut-on avoir la santé, quand nos gènes semblent s’être adaptés à tant de saletés ? Quand dehors, à peine quelques mètres plus loin de nos foyers, l’environnement est soumis à tant d’agressions, de diverses pollutions, et devant tant de résignation ? On peut penser par exemple aux incontrôlables décibels, c’est-à-dire à la pollution sonore, l’une des moindres, mais loin d’être inoffensive. Comment avoir la santé, quand nous sommes cernés par de trop nombreux dépotoirs, des escadrons de rats, de souris et des bataillons de moustiques ?

Sinon, comment être tranquille, quand un besoin physiologique nous presse, dans ces villes dépourvues de toilettes publiques ? Quand parfois, pour retirer son argent, dans une banque ou au niveau d’un bureau de poste, l’on s’entend dire, qu’il n’y a plus de liquidités ! Comment être serein, quand un sentiment d’une insécurité réelle ou imaginée, envahit les esprits ? Car si l’insécurité est imaginée ou imaginaire, c’est que l’on n’est plus alors en bonne santé ; l’on est donc patraque. Donc, ça ne va pas la santé !

Comment être tranquille, quand l’incivisme fait des ravages, quand l’on n’est pas sûr que cet enfant ou ce proche qui peut être le mien, qui peut être le vôtre, risque sa vie, en sortant de chez lui, dehors, quand on sait que chaque jour que Dieu fait, il y a en moyenne dix morts sur nos routes, puis autant de blessés et de handicapés, sinon plus. La sérénité ? Comment la connaitre, quand on sait qu’on infiltre de la drogue par tonnes à travers nos frontières, en dépit des efforts des services de sécurité ?

"Tout ce que l’on demande c’est la paix" ? "El mouhimm lehna"» ? Mais l’on ne nous offrira jamais cette paix sur un plateau d’argent, car elle s’arrache. Il faut faire la guerre, pour avoir la paix, dit-on. La guerre contre le mal, avec les armes de l’ éthique, la guerre contre nos dangereux penchants, notre incivisme chronique, notre égoïsme surdimensionné, notre funeste indifférence. La guerre contre les moustiques, les loustics et autres suceurs de sang et de sueur. Contre le laxisme ambiant, contre le mépris, la corruption, les escrocs en tout genre… Et la liste est longue et ouverte. Car la paix et la tranquillité ont un prix.

La guerre, pour la citoyenneté, pour le respect des règles élémentaires de la vie en communauté, pour une vie digne, pour être debout, pas assis, ni rampant, ni couché. Car rien ne nous est offert, rien n’est donné, rien n’est gratuit, tout se construit, tout se transforme, pour paraphraser une fameuse citation. Alors Mehdi, ça va chwiya ?

Rachid Brahmi 
LematinDZ

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