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Casablanca à elle seule compte plus de 200 victimes de spoliations immobilières. L’Observateur du Maroc et d’Afrique a mené l’enquête sur la mafia du béton.’ ‘Enquête réalisée par Mouna Izddine & Mounia Kabiri Kettani’ 

Il se noue des drames humains insoupçonnés sous les cieux de notre pays. à l’heure où le Maroc, dans son cheminement vers la démocratie et l’Etat de droit, entame une réforme en profondeur de son système judicaire, des tragédies tissées de larmes, d’humiliation et de désarroi se trament tous les jours. Des héritiers d’ascendants illustres ou des familles humbles sont spoliés de leurs biens immobiliers, le précieux patrimoine pour lequel ils ont consacré toute une vie de travail et d’épargne. Des vieillards souffrants sans défense sont jetés sans vergogne à la rue, des pères de famille sans histoire se retrouvent menacés de mort. 

Des Marocains de confession juive sont chassés de leur demeure après un demi-siècle de résidence paisible, des investisseurs internationaux sont détroussés en toute impunité, des Marocains Résidents à l’Etranger perdent le seul bien qui les unissait à leur pays d’origine. 

Ces expropriations illégitimes sont le fait de réseaux organisés. Les victimes et les acteurs associatifs qui tentent de les aider dans leur épuisante bataille judiciaire parlent d’une véritable mafia. Le terme n’est pas exagéré. C’est David contre Goliath. Les affaires que nous rapportons dans ce dossier sont dignes de scénarios à la Copolla, avec force intrigues, vendetta à la sicilienne, personnages sulfureux et rebondissements haletants. 

C’est que dans la ruée vers le foncier que connait Casablanca depuis une décade, tous les coups sont permis, et l’omerta est la règle. Les premières spoliations remontent à l’aube des années 2000, lorsque, profi- tant de la fuite de la liste des biens appartenant à des étrangers sur le territoire marocain (émise par le ministère de l’Intérieur), une mafia recherchée par Interpol pour trafic de stupéfiants s’est reconvertie dans la spoliation immobilière. 

Un business juteux pour ces organisations criminelles aux ramifications internationales, qui vont jusqu’à falsifier des actes notariaux, ressusciter des morts, inventer des héritiers fictifs et menacer de liquidation physique leurs victimes et rivaux : « Ces affaires n’auraient pu atteindre ce degré de gravité sans la complicité de certaines personnes corrompues au sein de certaines administrations », confie un juriste du cabinet Viviane Sonier, en charge des dossiers liés aux spoliations au Maroc. 

Pour ne rien arranger, à la veille des élections législatives du 25 novembre 2011, le Parlement marocain fait passer une loi stipulant qu’il y a prescription au bout de 4 ans pour tout citoyen spolié d’un bien immobilier qui souhaite ester en justice.

Un verdict exemplaire
Jusqu’à l’éclatement de l’affaire de la villa « Rêve de crabe » dite aussi « Villa Brissot » ou « Affaire Gérard Bénitah » en 2011 (voir entretien avec Me Leghlimi), la majorité des dossiers liés à ces spoliations étaient classés sans suite. 

Les malfaiteurs se pensaient intouchables, et leurs victimes, usées par les va-et-vient dans les couloirs des tribunaux, finissaient par abandonner le combat. 

Le verdict exemplaire rendu en première instance en février 2014 par les magistrats marocains dans l’affaire de la villa « Rêve de crabe », condamnant les cerveaux d’un des plus gros réseaux de spoliation immobilière à Casablanca à de lourdes peines de prison, a redonné espoir aux victimes et à leurs défenseurs : « Nous sommes conscients qu’il y a des gens honnêtes qui travaillent pour l’intérêt général et la noble justice, rendant espoir aux victimes. Malheureusement, ils sont entachés par d’autres qui n’ont ni scrupules ni conscience », déplore notre juriste. Néanmoins, la bataille est bien loin d’être gagnée : des centaines de dossiers similaires sont en instance, en raison de la lenteur de la Justice nationale et de la suspension des accords de coopération judiciaire entre le Royaume et la France : « Les victimes risquent de mourir avant de récupérer leurs biens. Elles sont prêtes à se battre jusqu’à leur dernier souffle. Leur restituer leur bien, c’est leur rendre leur dignité. Justice doit être faite », conclut notre interlocuteur. 







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