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Fouad Laroui s’énerve quand quelqu’un lui dit fièrement avoir «fait le Maroc». Et il explique pourquoi cette expression l’irrite à chaque fois qu’il l’entend.

Séance de signatures au Salon du livre de Paris. Un couple bien attentionné, au regard bienveillant, me sourit: «Vous êtes Marocain? Eh bien, nous, on a fait le Maroc l’an dernier. Quel beau pays! Et que les gens sont accueillants…»

C’est très sympathique et, bien entendu, je réponds sur le même ton, mais intérieurement, je bous de fureur, car je déteste cette expression: «On a fait le Maroc.» Cela fait des décennies que je l’entends et, décidément, elle ne passe pas. Si quelqu’un a «fait» le Maroc, c’est Dieu, ou la nature, ou le hasard, mais certainement pas un couple de touristes, fussent-ils les plus aimables et les mieux disposés du monde.

Vous me dites: «Tu t’énerves pour rien, c’est juste une expression.» Mais est-ce seulement cela? N’y a-t-il pas dans cette expression l’idée que le Maroc, comme la Thaïlande ou le Pérou, sont des petits bibelots alignés le long d’une étagère, chez un marchand de voyages, et que pour six cents euros tout compris, on a le droit de s’en emparer d’un geste désinvolte, de les retourner, les secouer, les examiner, puis les jeter dans un grand sac: «Oui, c’est bon, je l’ai «fait», passons à autre chose.»

Et le corollaire d’une telle attitude, c’est qu’ayant «fait» le pays, on a compris ses habitants, on peut «les expliquer», disserter à son aise de leurs qualités et de leurs défauts, asséner des jugements définitifs, sans appel. Assis sur ma chaise, au Salon du livre, je n’étais plus une personne dans toute sa complexité, j’avais l’impression d’être un objet parfaitement identifié et étiqueté.

C’est décidé: la prochaine fois que quelqu’un utilisera devant moi cette maudite expression, je lui rétorquerai: «Avez-vous caressé l’écorce du bigaradier au centre du riad de mes ancêtres paternels, à Azemmour? Avez-vous pris le thé dans la maison de mon grand-père maternel, à Essaouira? Avez-vous compté les carreaux sur le sol de la maison où je suis né, à Oujda? Non? Alors, vous n’avez pas «fait» le Maroc!

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