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Par Hamza Mekouar : Sous ce vocable extirpé de son champ sportif, une discipline en pleine expansion au Maroc. Mais le vide juridique qui entoure le métier a poussé de nombreux coachs non formés à investir la place, parfois à jouer la carte de la prise en charge psy.

C’est à la fin des années 1990 que la mode du coaching nous est venue du pays de l’oncle Sam, alimentée par le psychologisme, le culte de la performance et l’institution de la notion d’individu en valeur suprême.

A l'heure de l'entreprise à visage humain, cette idéologie délibérément optimiste est devenue une sorte de leitmotiv dans les directions des ressources humaines « nouvelle génération ». On assiste ainsi à une prolifération d’ateliers et de séminaires de formation destinés aux cadres, pour leur apprendre à optimiser leurs compétences et à lustrer leur image, le tout par la magie de la « conduite du changement ».

Aujourd’hui, le nombre de coachs actifs dans le royaume serait d’un millier, selon les informations fournies par Maroc Coaching, l’association de coaching de référence au Maroc, affiliée à la fédération professionnelle internationale des coachs (ICF). Un chiffre fourni à titre indicatif car «comme le métier n’est pas encore régi par une loi et en l’absence d’études de marché actualisée, il est difficile de donner de chiffres exacts quant au nombre de coachs au Maroc », précise Jihane Labib, présidente de Maroc Coaching.

Question tarifs, «les séances individuelles sont facturées en moyenne aux environs de 1.500 DH/HT la journée, tandis que les séances d’équipe vont de 9.000 à 12.000 DH HT /la journée pour un groupe de 12 participants », nous éclaire la présidente de Maroc Coaching.

Un vide juridique préoccupant
Un business très lucratif qui a poussé de nombreux « non-initiés » à investir la place. Car s’il est vrai qu’on trouve de vrais professionnels sous l'appellation de coach, la profession compte aussi pas mal de charlatans.

Certes, le code éthique affiché par les formateurs est clair et reprend en grande partie les idées lumineuses définies par le psychologue humaniste nord-américain Carl Rogers. Mais tous les coachs ne respectent pas l’éthique du métier. Et il n’est pas certain qu’ils la connaissent. Surtout, le vide juridique total qui entoure le métier empêche tout contrôle dans la profession.

Conséquence : n’importe qui peut se déclarer thérapeute ou formateur, puisque l’usage de ces titres est entièrement libre et l’exercice de la profession n’exige aucun diplôme. Seules existent des certifications délivrées par des organismes privés au bout de quelques semaines de formation : 18 jours ouvrables au minimum pour une formation de base selon les recommandations de l’IFC. Quelques heures si le coach-en-devenir opte pour une formation douteuse. Le coaching est «un boulevard pour les charlatans », selon l’expression de Michel Lacroix (Le Développement personnel, Flammarion).

Une proposition de loi pour encadrer le métier
«Le métier est devenu un effet de mode, et il n’est pas étonnant de voir un expert-comptable, un licencié en biologie ou un ingénieur agronome exercer le métier de coach après avoir suivi une formation de quelques semaines. Cela pose un vrai problème éthique et professionnel», martèle en off un professeur universitaire en sciences humaines.

« C’est un métier très jeune qui se cherche encore malgré le boom et l’engouement qu’il a récemment connus », nuance Jihane Labib, qui n’hésite pas à inviter les clients à vérifier les CV des coachs. D’ailleurs, parmi les projets de l’association, le dépôt d’une proposition de loi auprès du gouvernement pour encadrer la profession.

En attendant, le cadre référent du métier reste l’ICF, association créée en 1995 aux Etats-Unis et présente dans 110 pays. Cette organisation a mis en place un référentiel et une norme déontologique auxquels sont soumis les praticiens du royaume.

Mais en cas de non respect de l’éthique, Maroc Coaching, qui est donc affiliée à IFC, « n’a pas de pouvoir institutionnel pour sanctionner, suspendre ou interdire l’exercice du métier. Ce n’est pas une association ordinale, comme celles des médecins, comptables, pharmaciens, ou architectes», décrypte Abderrahim Hajji, psychologue et coach consultant reconnu et respecté dans le milieu, dans une tribune publiée récemment dans un quotidien de la place.

Certains jouent la carte de la prise en charge psy

Le coaching utilise une kyrielle de techniques de motivation puisées dans les courants les plus divers de la psychothérapie comme l’analyse transactionnelle, la gestalt-therapie, la programmation neurolinguistique ou la process com. Toutefois, cette discipline- tout comme le développement personnel dans son ensemble- se distingue des thérapies psychologiques conventionnelles. Dans la pyramide de Maslow, la psychothérapie prend en charge les besoins de sécurité, d'appartenance et d'estime, au moment où le développement personnel (et donc le coaching), s’applique à partir du dernier niveau, celui de l’accomplissement de soi.

A l’exception des praticiens diplômés en psychologie, les coachs ne peuvent en théorie se comporter en psychologues cliniciens… en théorie, car d’aucuns n’hésitent pas à jouer la carte de la prise en charge psy.

«Bon nombre de praticiens interviennent dans le cadre du coaching scolaire, alors qu’ils ne sont pas formés pour appréhender la psychologie des enfants, ni celle des parents. Cela peut se révéler dangereux », prévient Aziza Ziou Ziou, psychologue clinicienne spécialisée en psychopédagogie.

Pour elle, le coaching doit se limiter à l’orientation et à l’accompagnement professionnel en entreprise : « Le coach est là pour aider à prendre une décision ponctuelle. Sa formation ne lui permet pas de faire un suivi psychologique clinique. Mais la réalité et tout autre car certains praticiens non outillés n’hésitent pas à faire un travail de surface qu’on pourrait qualifier de bricolage thérapeutique. Cela peut se retourner contre la personne ».

Autre point qui suscite la controverse dans les milieux psychothérapeutiques : le sentiment de toute-puissance prôné par la profession. « Les coachs ont réponse à tout et refusent d’admettre l’imprévisibilité et la fragilité de l’être. Nous, après au moins 5 ans de formation, on se remet souvent en question car on sait qu’on n’a pas la réponse à tout (…), on essaye d’aller au fond des choses de façon labyrinthique, de suivre le chemin qui mène vers la découverte de soi. Cela nécessite beaucoup de temps. Et même en faisant abstraction des compétences, les coachs n’ont de toute façon pas le temps d’aller au fond des choses », estime Aziza Ziou Zizou.

Ésotérisme et conformisme

Outre l’enchevêtrement entre approche psychologique et accompagnement dans le cadre du néo-management, le coaching est souvent accusé de verser dans l’ésotérisme, se nourrissant par les théories des gourous du New Age parfois teintées de spiritualités orientalistes.

Abderrahim Hajji dénonce certaines pratiques qu’ils qualifient de « non éthiques et non professionnelles », et pointe du doigt « les charlatans qui professent des inepties avec des promesses démagogiques : acquérir la sérénité intérieure, le bonheur, le bien-être, l’assurance dans toutes les situations difficiles ».

En sciences sociales où le développement personnel n’a pas bonne presse, le coaching est parfois accusé d’être un formidable outil de conformisme. On l’accuse de standardiser les notions telles que le bonheur, l’accomplissement de soi ou la réussite. Cela correspond à une « rationalisation de la vie intérieur » jugée dangereuse par Michel Lacroix. Alors, chacun se retrouve à rêver sa propre vie selon des modèles de magasin.

Dans « Je hais le développement personnel », pamphlet un brin manichéen, le sociologue Robert Edguy dénonce le formatage des esprits par les coachs-artisans du conformisme, à coup d’optimisme démesuré, à la recherche d’une euphorie perpétuelle, également dénoncée par Pascal Bruckner et Roger Pol-Droit (« Votre vie sera parfaite : Gourous et Charlatans »). Pour ce dernier, « les marchands de conseils sont les propagateurs d’un totalitarisme radieux ».

Mais comme dirait l’écrivain Paulo Coelho, c’est le chemin qui mène vers « l’accomplissement de sa légende personnelle ».

Par Hamza Mekouar
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