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Le sociologue et poète Mustapha Saha vient de publier un livre intitulé "Haïm Zafrani, penseur de la diversité marocaine", en hommage à ce grand intellectuel marocain, né à Essaouira en 1922 et décédé à Paris en 2004.

Au-delà de la reconnaissance publique, des distinctions académiques, des sollicitations internationales, intervenues sur le tard, Haïm Zafrani mène, jusqu’au bout, une existence de chercheur imperturbable, d’explorateur inébranlable de la diversité culturelle marocaine, loin des sentiers battus, avec la persévérance et la discrétion que l’enseignement talmudique lui inculque dès l’enfance, témoigne d’emblée l’auteur de l'ouvrage. Tout au long de son existence, Zafrani poursuit un seul but, exhumer et restituer, aux générations présentes et futures, un capital historique exceptionnel, un patrimoine culturel bimillénaire en grande partie méconnu, sous-estimé, refoulé, dans sa complexité, dans ses contradictions, dans ses accords et ses contre-accords, ajoute-t-il, soulignant que cet intellectuel hors pair a établi l’ancienneté de la judéo-berbérité et de la judéo-arabité de la civilisation marocaine sur des preuves matérielles irréfutables, sur des traces archéologiques de l’époque romaine, sur des textes datés et authentifiés.

Haïm Zafrani, qui est l’auteur de plusieurs livres, études et recherches sur l‘histoire et la vie du judaïsme au Maroc, "revisite méthodiquement les archives négligées, les éditions raréfiées, les manuscrits brunis par l’abandon", "se méfie, avant tout, des hypothèses reproduites comme des certitudes, des arguties admises comme des vérités acquises, des sophismes enseignés comme des objectivités universitaires", et "vérifie systématiquement l'authenticité des sources qu'il découvre, recoupe les versions des copistes, contextualise le cadre de leur production, en gardant à l’esprit la part idéologique inhérente à toute présentation des faits", poursuit-il. Pour le sociologue marocain, qui avait initié dimanche à Paris une soirée en hommage à Zafrani, toutes les publications de ce penseur sont fondées sur des documents incontestables, sur des études corroborées, sur des faits avérés, ajoutant que l'approche de Haïm Zafrani "s’inscrit non seulement dans la connaissance, mais dans la connaissance de la connaissance".

Selon lui, Haïm Zafrani aura couvert, dans la meilleure tradition encyclopédique, tous les champs des sciences humaines et sociales, l'histoire, la sociologie, l'anthropologie, la linguistique, l'esthétique, la poétique, la musicologie, l'économie, la pédagogie, l’éthique, la théologie, le droit rabbinique en maitrisant la méthodologie de chaque discipline.

Haïm Zafrani, à l’instar de Michel de Montaigne, a également voué toute son existence de savant à la paix, et "a inlassablement rappelé le message de fraternité, fondateur des religions révélées", précisant que Haïm Zafrani, qui est un infatigable explorateur de la mémoire berbéro-judéo-arabe, "est sans conteste l'historien et le penseur référentiel de la diversité structurelle et de la pluralité culturelle, constitutives de la société marocaine depuis ses origines". S’il fallait un seul mot pour définir l’œuvre de Haïm Zafrani, une œuvre prolifique, impressionnante, pour ne pas dire intimidante, par sa dimension et sa densité, ce mot serait sa rigueur, sa rigueur intellectuelle, sa rigueur scientifique, sa rigueur éthique. Une rigueur associée à la vigueur investie dans sa réalisation pendant un demi-siècle, avec la ténacité tranquille des voyageurs du désert, résume-t-il.

Docteur ès lettres et sciences humaines et docteur en études orientales, Haïm Zafrani était notamment membre de l’Institut des hautes études sémitiques au Collège de France, du comité de parrainage de la revue "Horizons maghrébins" et membre correspondant de l’Académie du Royaume du Maroc. Il a dirigé le Département de langue hébraïque et de civilisation juive à l'université de Paris-VIII, dont il est devenu professeur émérite.

Mustapha Saha est à la fois sociologue, poète, artiste peintre.
Co-fondateur du Mouvement du 22 Mars à la faculté de Nanterre et figure historique de Mai 68, il mène toutes ses études en sociologie dans cette université emblématique en accomplissant des études parallèles en beaux-arts. Mustapha Saha réalise, en appliquant la méthodologie recherche-action, les premières études sur les grands ensembles et fonde la discipline Pchypathologie urbaine. Il est l’ami, dans les années soixante-dix et quatre-vingts, de grands intellectuels et artistes, français et italiens. Il accompagne régulièrement Jean-Paul Sartre dans ses retraites romaines et collabore avec Jean Lacouture aux éditions du Seuil. Il mène actuellement une recherche sur les mutations civilisationnelles induites par la révolution numérique (Manifeste culturel des temps numériques), sur la société transversale et sur la démocratie interactive. Il travaille, depuis 2012, à l’élaboration d’une nouvelle pensée et de nouveaux concepts en phase avec la complexification et la diversification du monde en devenir. Il prépare également la sortie d’un livre sur "La Société diversitaire", un recueil de poèmes "L’Arpenteur d’infini" et deux ouvrages, constitués de ses textes et de reproductions de ses oeuvres artistiques, "Le Panthéon imaginaire" où il retrace son parcours intellectuel en évoquant les personnalités du monde des arts et des lettres qu'il a fréquentés, et "Le Mausolée littéraire", un essai de réunification de la création littéraire, artistique, philosophique du Maroc depuis le début du vingtième siècle.


MT---EXP.
KA




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