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Le monde caché des artistes ou quand la compassion remplace l’admiration. Soutenir les artistes c’est soutenir la culture qui fait rayonner le pays, le grandit, et embellit le monde en lui donnant de la profondeur.

Ils sont connus, doués, talentueux, créatifs et aimés d’un grand public dont ils ont tracé le sourire, pendant de longues années, et qui s’illusionne sur leur aisance et leur bonheur. Mais le revers de la médaille est tout autre. Ils souffrent en silence et n’aspirent qu’à une chose : mener une vie décente et mourir dans la dignité.

Dans un Maroc en mouvement, artistes dramatiques, plasticiens, auteurs, cinéastes, professionnels de l’audiovisuel, techniciens et employés liés aux métiers de l’art et de la culture, s’investissent corps et âme pour honorer l’univers de la création. Nonobstant, ils ne sont fêtés, eux, qu’une fois morts !

Dans un monde où rares sont ceux qui ont conscience de la valeur de l’art qui, en principe, nourrit l’âme et nous humanise, une question s’impose : Est-ce vraiment une bonne idée de choisir l’art comme gagne-pain ?

Une évidence est là ! Nos artistes ne voudraient, en aucun cas, que leurs enfants fassent le même parcours et commettent la même « erreur » en choisissant ce métier non réglementé.

Ces deux dernières années ont été tristement ponctuées par la perte de plusieurs membres de la famille du spectacle marocain tels Mohammed Majd, Mohamed Ben Brahim, Hassan Midyaf, Aïcha Manaf, Mohamed Bastaoui, l’humoriste Hicham Fani dit « Tikouta », la comédienne Zineb Smaiki pour ne citer que ceux-là. Mais n’est-ce pas une mascarade d’attendre qu’ils meurent pour que les caméras se déplacent et filment leurs funérailles pour leur rendre un hommage posthume?

Il est vrai que tout artiste est en quête de reconnaissance sociale qui constitue une compensation pour lui mais au-delà de la consécration, tous les trophées du monde ne peuvent faire vivre ces dévoués de l’art ni leurs familles. Nos artistes, ou du moins, ceux de l’ancienne génération sombrent dans la précarité, touchent des sommes dérisoires, peinent à boucler leur fin de mois, travaillent pendant deux mois pour faire le pont pendant des années parce qu’il y a une crise cinématographique et télévisuelle au Maroc, parce que des sociétés de production et des réalisateurs optent pour le clientélisme.
La situation est juste catastrophique des « partisans » de ce métier « digne » !
De stars à chômeurs, la vie leur fait voir de toutes les couleurs. Certains « mendient du travail » ou se voient même obligés de faire de petits métiers afin de subvenir à leurs besoins quotidiens. Grand nombre d’entre eux, pressés par la détresse, étaient dans l’obligation de recourir aux médias pour dénuder et étaler leur misère au détriment de leur dignité. Quant à d’autres qui souffrent de maladies graves, en plus de leur situation financière déplorable, ils n’ont d’autre choix que baisser les bras et attendre que la mort vienne les délivrer de leur supplice moral et du chagrin qui ronge leur cœur sachant qu’ils vont laisser leur descendance dans le besoin et l’inconnu.

La précarité artistique bat son plein et la sonnette d’alarme est tirée. La situation va de mal en pis et l’état des lieux est scandaleux ! Sans travail ni revenus fixes, les vivants pleurent des larmes de sang le décès de leurs collègues en s’identifiant amèrement à eux.

Il est vrai que le Ministère de la Culture a sorti une carte professionnelle qui garantit la mutuelle et la prise en charge en cas de maladie. Mais pour les mille dirhams à payer afin d’en bénéficier, certains artistes préfèrent investir cette somme dans des choses plus urgentes.

N’est-il pas encore temps pour se pencher sur le sort de cette catégorie des citoyens en vue de redorer et redresser le statut de ceux et celles ayant contribué à la revalorisation de l’univers de l’art et de la culture ?

Soutenir les artistes c’est soutenir la culture qui fait rayonner le pays, le grandit, et embellit le monde en lui donnant de la profondeur.

Par Souad Mekkaoui
Maroc-diplomatique

Souad Mekkaoui est la Directrice de la Rédaction de « Maroc diplomatique ». Une passion pour l’écriture et un irrésistible désir de communiquer. Auparavant professeur de langue française, écrivaine et aujourd’hui journaliste en charge de « Maroc diplomatique » dans ses versions écrite et numérique, Souad Mekkaoui est aussi une femme engagée avec sa plume contre les abus de tous genres, sociétaux et moraux. Son style s’inspire de l’impertinence, il nous livre en revanche une vision pertinente des choses, il questionne… Auteur de deux grands livres : « Plus forte que la souffrance » et de « Femmes au purgatoire », Souad Mekkaoui jette un regard objectif et lucide sur l’actualité. En qualité de Directrice de la Rédaction de « Maroc diplomatique », elle supervise la marche, l’évolution, l’organisation et la mise en œuvre des séquences d’un journal qui se distingue par son style propre et ses exigences.











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