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Comment un simple croche-pied a failli nous désespérer de la race humaine.

Son nom, Petra Laszlo, ne vous dit peut-être rien. Mais son geste, un croche-pied, a fait le tour du monde. Petra Laszlo est donc cette journaliste hongroise qui a fait trébucher un homme et son jeune enfant, qui tentaient de fuir la police à la frontière serbo-hongroise. La vidéo qui immortalise le moment a fait le tour du monde. Elle a choqué. Parce qu’elle a réveillé quelques unes des blessures les plus vilaines de l’humanité.

Cette histoire est riche en symboles. D’un côté une camerawoman qui filme les réfugiés comme on se promène dans une décharge publique : en portant une sorte de bavette, comme pour se protéger des odeurs et des microbes. De l’autre côté, des réfugiés qui courent dans tous les sens pour échapper aux policiers. Le reportage lui-même a quelque chose d’obscène et de profondément inhumain. Parce que, d’un côté, on a des femmes et des hommes qui essaient de sauver leur vie. En face, des reporters qui gagnent leur vie en filmant la tragédie qui devient un « spectacle ».

Petra filmait donc ce spectacle en se disant, peut-être, que son reportage fera plus de buzz s’il était traversé de moments de pure tragédie, histoire de faire vibrer son public. Sa caméra traque le sensationnel, sa caméra cherche des visages en sang, en larmes, des hommes qui tombent, des bébés qui crient.

Arrive le moment le plus terrible. Un réfugié syrien porte son enfant dans les bras et tente d’échapper aux policiers qui le traquent. Il s’approche de Petra qui filme sa détresse. Que se passe-t-il alors dans le cerveau de Petra, quelle mauvaise puce, quels fantômes et quels mauvais relents cette proximité avec le réfugié syrien a-t-elle pu réveiller ?

Tout le problème est là. En une fraction de seconde, dans ce qui ressemble à un réflexe, Petra tend le pied et tacle le réfugié, qui s’effondre. Un geste méchant, plus méchant que violent, un geste « gratuit » mais à la violence symbolique et à vrai dire intolérable.

Petra a eu le mauvais, le très mauvais réflexe. Elle aurait pu en avoir pourtant un autre, à l’opposé. Avec son corps et sa caméra, elle aurait pu faire barrage aux policiers, pour permettre la fuite du réfugié. Son geste lui aurait peut-être valu un blâme de la police hongroise, mais en sauvant un réfugié c’est à l’humanité entière qu’elle aurait rendu service. Petra aurait pu sauver un réfugié en danger, elle a pourtant choisi de l’enfoncer. Mais a-t-elle vraiment choisi ? Son acte a-t-il été réfléchi ?

Si le croche-pied de Petra a choqué, c’est parce qu’il a rappelé à l’humanité ses mauvais instincts. Avec une morale terrible : celle du mal en nous, et celle du mal qui triomphe du bien.

Heureusement que cette histoire terrible a eu une suite. Comme dans un mélo hollywoodien gorgé de bons sentiments et de happy end, où le bien finit toujours par reprendre le dessus, le croche-pied de Petra a donné lieu, a posteriori, à un formidable élan de solidarité. Toute l’Europe s’est dite prête à accueillir le réfugié clandestin et son enfant. Et l’Espagne a joint les actes aux mots. A Getafe, près de Madrid, le réfugié syrien a été accueilli en héros et son enfant a posé avec Cristiano Ronaldo, star du football mondial.

Ce qui a démarré comme un cauchemar s’est dénoué en conte de fées. Incroyable retournement de situation.

En réalité ce n’est pas l’Espagne mais l’humanité entière qui vient de marquer un bon point. Après l’image du petit corps d’Aylan, rejeté par la mer, le croche-pied de Petra a finalement distillé un autre message, bien différent, plus solidaire, au peuple syrien. Heureusement.

Par Karim Boukhari
Kiosque 360.ma












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