News

Pour plaider la cause du film sur Ben Barka, les auteurs n’hésitent pas à se réjouir de sa programmation en ayant à l’esprit la récente affaire des journalistes Eric Laurent et Catherine Garciet. Comme quoi, il ne faut pas chercher midi à quatorze heures. 

Selon Olivier Boucreux, en parlant des journalistes maîtres-chanteurs « le film « Ben Barka l’obsession » est une manière de réhabiliter ceux qui exercent ce métier avec sérieux et mènent un travail de fond pour faire éclater la vérité ». Encore faut-il que ce travail soit frappé du sceau de la rigueur et de l’honnêteté.

France télévision avait, jeudi soir, une insolite boulimie pour le Maroc. Les deux grandes chaines du service public, France 2 et France 3, sur un même créneau horaire, se faisaient concurrence sur le dos de la monarchie marocaine.

L’émission Complément d’enquête, consacrée aux journalistes, profession parmi les plus détestées en France après les politiques, a aligné trois reportages destinés à redorer le blason de ce métier. Entre un portrait sur le nouveaux tycoon, Patrick Drahi le natif de Casablanca, et une rubrique sur la fausse affaire du bikini de Reims, s’est glissé un reportage sur l’affaire Eric Laurent et Catherine Graciet. Les héros du rocambolesque feuilleton de l’été sont titrés les « Ripoux de l’enquête ».

Une chose est à préciser. Le document « les Ripoux de l’enquête » s’inscrit dans la stratégie menée délibérément par Eric Laurent pour sa propre réhabilitation. En homme de communication, Il poursuit avec détermination le dessein de se refaire une image d’homme respectable. Et parce qu’il fait partie de la corporation, il a micros et plateaux de télés ouverts. Il a donné 25 interviews en une dizaine de jours. La justice, avec ses lourdeurs et lenteurs dira son denier mot, on ne sait pas quand. Eric Laurent, mis en examen, n’attend pas. Il mène tambour battant son propre procès devant l’opinion, usant des complicités qui lui restent et profitant de l’immédiateté qu’offre la scène médiatique.

Autre chose à préciser. Le document de France 2, qui donne largement la parole à Eric Laurent, ne l’exonère pas. Il le condamne sans ambages. Mais seulement sur le plan moral et déontologique. Sur le délit lui-même, le reportage explore les zones d’ombre et les coulisses qu’il suggère nauséeuses. Le fil rouge est frappé de complotiste aiguë. En ce sens, le Maroc est cueilli a froid sous l’angle de l’Orient compliqué où tout est emballé dans du clair-obscur.

En effet, le reportage laisse planer une pesante fragrance de soupçon, côté du Maroc. Même la parole de l’avocat Dupont Moretti, fortement écoutée dans d’autres circonstances est, à l’occasion, à peine entendue. On convoque en renfort Gilles Perrault comme une caution. Il enfonce les journalistes mais ne disculpe nullement la monarchie « avec laquelle on ne croise pas les informations » et chez laquelle le bakchich est, si j’ose dire, monnaie courante.

Autre quitus, Omar Brousky. Le journaliste attitré du dégommage du Maroc, n’est pas en reste. Bien que furtive, son intervention lui a permis de se couvrir de la toge de la vertu en dénonçant son ancienne collègue du Journal Hebdomadaire. Il lui reproche d’avoir vendu son âme pour de l’argent au détriment des questions sensibles qui faisait le miel de leur combat.

Pour le reste, le Maroc, qui a délégué sa communication à l’avocat Moretti, est coupable de se réfugier dans le silence. Ce fut l’occasion pour la journaliste de mettre en scène sa propre audace et irrévérence en tentant vainement de poser la question directement au Souverain.

A la fin, on reste sur sa faim. Avec l’étrange sentiment que le document vise essentiellement à absoudre le journalisme français, en isolant Laurent et Graciet comme de simple brebis galeuses égarées par la tentation et l’argent qui enivre.

Pour France 3, c’est plus intriguant.

Le timing d’abord. Le cinquantième anniversaire de la disparation de Ben Barka, c’est le 29 octobre prochain. Pourquoi l’empressement et la hâte pour le diffuser en face d’une émission sur une chaine sœur qui fait partie du même pôle. Bizarre ! Vous avez dit Bizarre !

C’est d’autant plus surprenant que depuis cinquante ans, l’affaire Ben Barka est, pour la télévision française, ce qu’on appelle dans le jargon journalistique, un marronnier. Aurait-elle, cette affaire un lien avec le succès de la visite du président François Hollande au Maroc après plus d’une année de brouille entre les deux pays. Joseph Tual qui a frôlé le conseil de discipline dans sa chaîne, pour avoir salué, dans un message la victoire de François Hollande serait-il déçu par les accointances de l’actuel président avec le Maroc. Question tout à fait légitime.

Nourri d’archives ressassés, le film de Joseph Tual et Olivier Boucreux n’apporte rien de nouveau qui ne soit déjà connu, ressassé, supposé, présumé, pour ne pas dire hypothétique et surtout apocryphe. Le document n’élucide rien. Il n’a même pas la prétention de résoudre l’énigme. En revanche, Il est tout fortement à charge contre le Maroc, avec des imputations péremptoires.

Olivier Boucreux, en parlant de Ben Barka, à une approche anachroniquement romantique « ce n’était pas n’importe qui. Avant sa disparition, il préparait avec Fidel Castro la conférence tricontinentale qui appelait à l’établissement d’une révolution mondiale. Il dérangeait le monde : le Maroc, la France, les USA…Ben Barka aurait changé la face du Maroc et du monde. S’il était encore vivant, le monde serait différend. Il y a quelque chose de très actuel dans son combat pour la liberté et l’indépendance. Nul doute que les acteurs du printemps arabe se sont reconnus en lui » Peut-être a-t-il le désir contrarié de ne pas voir les Marocains vivre le bonheur et le niveau de vie des Cubains.

Dans un entretien qui accompagne le teaser de son film, Joseph Tual, journaliste syndicaliste agité, connu pour ses obsessions, évoque, sans le dire, l’affaire Hamouchi. Il considère le combat des affaires judiciaires perdu d’avance, puisque la France a signé, l’été dernier, un protocole d’entraide judiciaire très contesté. Le texte est à ses yeux « une honte » car « la France a capitulé sur ses valeurs. Elle a perdu sa souveraineté face au Maroc ». C’est à se poser la question, si on n’est pas dans le journalisme revanchard. L’empressement de la diffusion aurait-il un lien avec l’issue de l’affaire Hamouchi ?

Enfin et pour plaider la cause du film, les auteurs n’hésitent pas à se réjouir de sa programmation en ayant à l’esprit la récente affaire des journalistes Eric Laurent et Catherine Garciet. Comme quoi, il ne faut pas chercher midi à quatorze heures. Selon Olivier Boucreux, en parlant des journalistes maîtres-chanteurs « le film « Ben Barka l’obsession » est une manière de réhabiliter ceux qui exercent ce métier avec sérieux et mènent un travail de fond pour faire éclater la vérité ». Encore faut-il que ce travail soit frappé du sceau de la rigueur et de l’honnêteté.

 
Par Driss Ajbali
Quid.ma










0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

 
Top