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De plus en plus de jeunes Marocains rêvent et attendent de décrocher la double nationalité avant de rentrer au pays.

Le nouveau recensement de la population ne nous dit pas, ou pas encore, le nombre de Marocains ayant contracté une double nationalité. Je suis curieux de connaître le chiffre et, surtout, son évolution au fil du temps. La tendance est-elle à la baisse ou, comme on le pense généralement, à la hausse ?

Il y a un cas, en particulier, qui m’intrigue plus que les autres. Celui des jeunes marocains partis poursuivre leurs études à l’étranger, en France surtout. Beaucoup reviennent avec un diplôme et une deuxième nationalité dans les bagages.

La deuxième nationalité devient un diplôme à part entière. Ce n’est pas le diplôme, mais l’acquisition de la nationalité qui retarde le retour des «enfants» dans leur pays d’origine. Au point que l’on se demande si ce deuxième diplôme, c'est-à-dire la nationalité française, n’était pas finalement le plus convoité ?

Personne n’est mieux placé pour faire la morale à ces jeunes marocains qui constituent une immigration nouvelle, née à l’ombre de l’ancienne, en toute tranquillité, avec des codes et des réflexes nouveaux. Il ne s’agit pas de condamner, mais de comprendre.

Sociologiquement mais aussi économiquement, nous sommes passés en quelques années de l’ouvrier d’extraction pauvre, du "harrag" désespéré, et de l’exilé politique en quête d’oxygène et de liberté, à cette nouvelle race de demandeurs de nationalité : des jeunes gens de bonne famille qui font de la nationalité française un diplôme à décrocher avant de rentrer au Maroc.

Pour beaucoup de familles marocaines, la question du retour du fils n’est plus conditionnée, dans le temps, par l’obtention du diplôme, mais de cette si convoitée nationalité française. Et on se retrouve au final avec cette situation étonnante : l’étudiant est Marocain tant qu’il reste en France ; une fois devenu Français, il rentre au Maroc !

Je le répète, il ne s’agit ni de généraliser, ni de moraliser, mais simplement de comprendre.

Cette quête du «deuxième» diplôme traverse toutes les couches sociales. Ce n’est plus un rêve de pauvres, mais de riches aussi. La question économique reste quand même au cœur du mécanisme. La double nationalité est perçue comme une assurance supplémentaire, une sécurité personnelle. C’est un moyen de se rendre la vie plus simple et plus pratique en France et ailleurs.

Mais c’est aussi, ne l’oublions pas, un moyen, pour ceux qui rentrent, de garder la liberté de repartir à tout moment, et dans les meilleures conditions possibles.

Bien entendu, si des jeunes gens bien élevés éprouvent le besoin de décrocher une deuxième nationalité, c’est qu’ils ne font pas suffisamment confiance à la première, c'est-à-dire à la marocaine. C’est une lecture possible. Mais ce n’est pas la seule.

Maintenant, au milieu de cette course au «deuxième diplôme», il faudra un jour expliquer à ces futurs demandeurs ce que l’acquisition d’une nouvelle nationalité signifie. Une nationalité n’est pas et ne peut pas être une simple astuce ou un diplôme de plus pour aspirer à un quotidien plus confortable. Elle n’est pas faite que d’avantages et de sécurité sociale. Elle est faite aussi de devoirs, de beaucoup de devoirs envers ce deuxième pays, cette deuxième nation.

C’est tout, sauf une question légère, que l’on peut expédier entre deux sessions d’examen.

On m’a rapporté cette anecdote. Un enfant de cinq ans, issu d’un couple franco-marocain, demande à tout prix à devenir Espagnol. Sa maman ne comprend pas. «Mais voyons, ton papa est Marocain, ta maman est Française, pourquoi et comment donc veux-tu être Espagnol ?». Réponse du gamin: «Mais parce que j’aime le Barça et que le Barça gagne tout le temps. Donc je veux être Espagnol !».

Par Karim Boukhar
le360.ma

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