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Mardi 27 octobre, une vente aux enchères a eu lieu à l'hôtel particulier de la maison française situé avenue Hoche à Paris. Une quarantaine d'œuvres d'artistes marocains d'après-guerre ont été mises en vente aux côtés des tableaux d'artistes du 20e siècle. Parmi les marocains exposés, Jilali Gharbaoui, dont l'Eclosion (1968) s’est vendu 235.000 euros.

Gharbaoui, un enfant qui peint
Hanté par ses tourments, incompris de son vivant, Jilali Gharbaoui s’est jeté à corps perdu dans la peinture, son unique source de clarté. L’abstraction est l’art fétiche de Gharbaoui, son dada, qu’il enfourche pour s’élever au-dessus des tourments et fuir une figuration jugée peu expressive et dépassée.

En avril 1971, le pionnier de l’art moderne marocain a été retrouvé inerte sur un banc public du Champ-de-Mars à Paris. Terrassé, à 41 ans, par son profond mal-être et l’indifférence, l’insensibilité des hommes. « Exilé sur le sol au milieu des huées, ses ailes de géant l’empêchent de marcher » ; comme l’Albatros de Baudelaire, Jilali Gharbaoui étincelait parmi ses toiles et s’étiolait parmi ses « semblables », qui ne le vénèrent, ne le plagient avidement que depuis qu’il est mort. Sana Guessous La Vie éco

Orphelin à deux ans, le petit Jilali est recueilli brièvement par son oncle avant d’être expédié pour de longues années à un orphelinat de Jorf El Melha. « Ainsi abandonné, il connaît très tôt les horreurs de la rue. Il ne garde en mémoire ni l’image stimulante du père ni l’amour sécurisant de la mère. Il a toute sa vie, la blessure du vide affectif et sera constamment en quête d’une tendresse impossible », s’émeut Kacem Belouchi.

Adolescent, Gharbaoui peut enfin fuir sa douloureuse bourgade natale pour Fès où il distribue les journaux le matin, étudie la plomberie l’après-midi et dessine le soir. Très vite, tuyauteries et robinets sont remisés au placard, car la vie esquisse enfin un infime sourire à Gharbaoui : Ahmed Sefrioui, alors directeur des Beaux-arts de Rabat, remarque à l’académie de l’art de la ville ce jeune passionné et l’aide à décrocher une bourse.

Nous sommes en 1952. Par un matin brumeux, Gharbaoui quitte son impériale province, bien décidé à empoigner Paris. Le néophyte y use les bancs des Beaux-arts, commence à taquiner l’abstraction, sa muse, mais aussi la bouteille et les drogues avec, entre autres drilles, le poète et peintre Michaux. Une époque féconde, plus ou moins amène, qui tournera vite court.

« Revenu au Maroc, j’ai senti qu’il fallait sortir de nos traditions géométriques pour faire une peinture vivante : donner un mouvement à la toile, un sens rythmique et le plus important, en ce qui me concerne, trouver la lumière », raconte Gharbaoui dans la revue Souffles.

En 1957, Gharbaoui trouve refuge à Azrou, dans le monastère de Tioumliline où la nature et des moines accueillants le réconcilient presque avec la vie.

L’art abstrait, envers et contre tous
Le public marocain, habitué à l’art naïf et à l’orientalisme, goûte peu l’étrange travail du peintre, tout en nervures, en éruptions, et le lui fait savoir impitoyablement, dès la première exposition. Les commentaires sur le livre d’or sont de fiel : « O art que de méfaits ne commet-on pas en ton nom », y lit-on, entre autres piques venimeuses. De désespoir, l’artiste incompris se tranche les veines mais survit à cette première tentative de suicide.


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