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Bien qu’ayant lâché du lest en acceptant d’accueillir 120 000 nouveaux réfugiés, l’Europe peine à voiler sa peur de l’«invasion» migratoire qui menacerait ses frontières extérieures. La crispation sécuritaire est donc toujours aussi perceptible. Ce qui est susceptible de maintenir à distance d’une protection internationale les candidats légitimes au statut de réfugié.


Dispositifs de surveillance aux frontières
Perspectives fort prometteuses pour l’industrie sécuritaire

Le renforcement des dispositifs de surveillance, de contrôle et d’interception de plus en plus sophistiqués et intelligents est à nouveau érigé en priorité des priorités. Dans tout cela, ceux qui commencent à se frotter les mains ne sont autres que les leaders de l’industrie des équipements de surveillance et de sécurité. Cette crise migratoire qui, au-delà du drame humain qu’elle charrie, dévoile une face cachée des plus sordides. Une nouvelle opportunité, au même titre que pour Frontex, le bras armé de l’Europe, est offerte aux animateurs de l’économie sécuritaire aux fins de faire fructifier leur business.

C’est dire que l’exploitation de la peur du migrant a encore de beaux jours devant elle : le pactole, plus de 13 milliards d’euros, empoché en 15 ans par les opérateurs du secteur, risque de grossir davantage dans les toutes prochaines années. Partant, pourraient être appelés à soumissionner aux futurs marchés «anti-migrants» Boeing qui gère le système électronique contrôlant toutes les frontières des Etats-Unis, plusieurs sociétés européennes, à l’image d’Indra, Sagem, EADS Defence, Thales, Eriksson, etc, lesquelles s’étaient adjugé de conséquentes parts de marché dans les divers programmes et systèmes de surveillance des frontières européennes : Sive, Amass, Eurosur, Oparus…

Pour mémoire, Eurosur, le tout dernier système de surveillance déployé par l’UE au lendemain de la tragédie de Lampedusa (octobre 2013) est en partie le fruit d’un projet de 15 millions d’euros dédiés à la recherche scientifique et lancé en 2010. «Bien que financé en grande partie par l’UE, de gros fabricants d’armes comme l’entreprise BAE de Grande-Bretagne, EADS franco-allemande, et Indra en Espagne ont été d’un apport notable en termes de financements», apprenait le spécialiste David Cronin dont les travaux et les enquêtes sur le fricotage de l’UE et son bras armé Frontex avec les sociétés leaders en matière d’armement ont toujours ébranlé la place politique bruxelloise.

Toujours selon lui, la liste des projets financés par l’UE en matière de sécurité maritime est longue. L’Oparus est un autre projet associant le britannique BAE et le franco-allemand EADS, ainsi que les géants français Thales et Dassault a pour mission d’examiner comment les drones peuvent aider à intercepter les Africains ou les Asiatiques qui tentent de franchir les frontières européennes. L’Israélien des industries aérospatiales Israel Aerospace Industries (IAI) est également dans le coup. Frontex est déjà sous le charme du Heron UAV made in Israël. Les reconduites aux frontières sont un autre filon qui rapporte non moins gros.
Au Royaume-Uni, à titre d’exemple, les rapatriements d’expulsés était sous le contrôle de G4S.
A ce «leader mondial en solutions de sécurité et fournisseur spécialisé des processus d’affaires dans les secteurs où les risques de sécurité sont considérés comme une menace stratégique», le marché avait échappé il y a 5 ans lorsque ses agents étaient à l’origine de la mort, par asphyxie dans un avion, d’un Angolais expulsé. D’ailleurs, Claire Rodier, cofondatrice du réseau euro-africain Migreurop s’y est longuement étalée dans son livre Xénophobie business. Pour récupérer ce marché, G4S pourrait compter sur la puissante Frontex.

Et pour cause : les missions de celle que les ONG de défense des droits des migrants, des réfugiés et des demandeurs d’asile assimilent à «organisation militaire quasi-clandestine», ne se limitent pas au seul verrouillage de l’accès aux frontières européennes contre les «invasions» migratoires, à former les garde-frontières des pays de l’UE, à élaborer des analyses des risques, à suivre l’évolution des recherches dans les domaines de l’industrie militaire et sécuritaire, ou encore à fricoter avec les acteurs de ce type d’industrie sécuritaire.

Ses performances en matière d’organisation des opérations de retour conjointes «joint return» des demandeurs d’asile sont aujourd’hui établies et elle les doit, en partie, à la générosité de Bruxelles qui n’hésite pas à mobiliser en sa faveur des moyens de plus en plus gros. Ainsi, en plus de ses propres avions (22), Frontex a, depuis 2011, la possibilité de louer par crédit-bail des voitures, hélicoptères et navires, comme elle peut les acheter en copropriété avec un ou des Etas-membres.

Et, avec les «avalanches» de demandeurs d’asile qui s’abattent depuis des semaines sur le Vieux Continent, les affaires s’annoncent fort prometteuses. En témoigne : entre 8,5 et 9 millions d’euros sont déboursés, bon an mal an, par Frontex pour les besoins de la déportation d’environ 2000 personnes. Et, pour se convaincre des «délires» de Bruxelles et l’état-major varsovien (Pologne) de l’Agence pour la prétendue sécurisation des frontières contre la menace migratoire, il suffit de se référer aux sommes faramineuses englouties dans l’organisation de charters d’expulsés.

Ces sommes, faut-il le souligner, concernent seulement les frais de déplacement, n’y étant pas inclus les coûts de la rétention dans les centres d’inscription et d’identification. Aussi, Frontex loue des avions de compagnies privées et leur fait faire plusieurs escales dans les différents pays européens pour les remplir de passagers à expulser et de leurs escortes de police. Mais Bruxelles fait mieux : 10 millions d’euros pour le même nombre de rapatriements - 2000 personnes -, en moyenne. Notons enfin que Frontex a, jusqu’à présent, pu conclure des accords sur les vols charters avec le Nigeria, le Cameroun, la Gambie, le Kosovo, l’Albanie, la Géorgie, l’Arménie, l’Equateur, la Colombie, le Burundi et l’Irak.

Que ferait-elle donc des milliers de Syriens potentiellement reconnus comme étant non éligibles, d’abord à la demande d’asile, puis au droit d’asile ? A moins qu’elle ne songe à signer un pacte avec celui que son bailleur de fonds, l’UE, considère comme un «diable» et qui n’est autre que Bachar Al Assad. Notons enfin que l’Algérie est l’un des rares voisins du Sud à rester étanche aux demandes récurrentes de Frontex. Un niet catégorique à ses charters d’expulsés, mondialement décriés, est à chaque fois opposé par les autorités nationales.

Naima Benouaret

ElWatan.com










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