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Même si les voix conservatrices sont plus audibles, le débat autour de l’égalité entre les sexes en matière d’héritage montre qu’une réforme de la Moudawana est peut-être à l’ordre du jour. Bon signe…

Le Conseil national des droits de l’homme (CNDH) a émis une série de recommandations pour l’égalité femmes – hommes. L’une de ces recommandations fait débat : l’égalité en matière d’héritage.

Le CNDH est dans son droit le plus absolu. La vocation de ce Conseil est de statuer sur les droits fondamentaux des Marocains et des Marocaines. Nous avons tendance à l’oublier, mais les droits fondamentaux de la personne ne sont pas seulement politiques. Ils sont aussi « techniques », touchant au détail le plus pointu. L’inégalité entre femmes et hommes en matière d’héritage fait partie de ces détails. Ce détail, précisément, est l’un des derniers qui empêchent le Maroc d’accéder au rang des nations qui respectent totalement le statut des femmes.

Nous avons eu droit à la réponse, très énervée, du porte-parole du gouvernement, qui estime que la recommandation du CNDH est une « provocation ». Nous avons eu affaire, dans la même veine, à des voix ultra conservatrices qui ont crié au « complot », à la dérive, au calcul politicien, voire à la futilité et au luxe inutile.

Certains ont même accusé le CNDH d’être hors sujet, comme si l’égalité entre les sexes ne faisait pas partie des droits humains !

Et, bien sûr, nous avons eu droit à des sondages biaisés et à des micro trottoirs pour nous démontrer que même les Marocaines refusent l’égalité.

Comme à chaque fois qu’une question juste provoque un débat de société, les voix conservatrices s’arrangent pour placer la religion au cœur des enjeux. Ces voix se servent de la religion comme bouclier pour justifier leur refus de concéder, enfin, à la femme les mêmes droits qu’à l’homme. C’est de la mauvaise foi.

S’appuyant sur une lecture souvent étroite et masculine du texte coranique, les conservateurs veulent constamment nous entrainer vers un faux terrain, un faux débat. Ils crient au loup (et le loup a souvent les traits de cet Occident laïque ou athée) et bottent en touche. Au lieu de discuter de l’égalité entre les sexes, et d’autres questions liées au progrès de l’espèce humaine, ils ferment les oreilles et crient : Etes-vous pour ou contre la religion ?

Bien sûr, cette dernière question est brandie comme une menace, une arme de dissuasion personnelle et collective. Parce que nous habitons dans un pays musulman et profondément religieux, et la manière la plus facile et en même temps la plus efficace de clore le débat est d’accuser l’autre d’être « contre la religion ».

Mais la religion, justement, ne demande pas à nos sociétés d’être injustes et inéquitables. Au contraire. Le message religieux s’est toujours appuyé sur l’ijtihad, c'est-à-dire l’effort nécessaire pour combattre l’injustice, et cet effort peut aller jusqu’à créer une situation nouvelle, résultat du progrès de la pensée humaine.

Sans l’ijtihad, sans cet effort humain pour adapter les textes aux réalités sociales de leur époque, sans cette faculté de répondre aux nouveaux besoins de la société, nous vivrions encore à l’âge de pierre.

Par Karim Boukhari
Le360.ma

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