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Dans son édition du mercredi 25 novembre, Le Canard Enchaîné a publié un article en page 4 me concernant. Cet article comporte plusieurs erreurs factuelles ainsi que de lourds sous-entendus destinés à décrédibiliser ma personne. Intitulé « Un zélé propagandiste », le papier est non-signé.

Monsieur le directeur du Canard, j’aimerais d’emblée savoir s’il est normal qu’un article dans lequel je suis nommément cité puisse être non-signé ? Votre journal s’inscrit dans une tradition sarcastique et c’est très bien. Mais est-ce que cela justifie à ce point une entorse à la déontologie ?

D’autre part, tout porte à croire que l’auteur de ce texte est Frédéric Haziza. D’abord parce que c’est un collaborateur régulier de votre journal qui a l’habitude de terminer ses articles sans signature mais qu’en plus, il a été le premier à le tweeter ce matin. Or, si j’ai un différend public mais personnel avec M. Haziza sur le conflit du Proche-Orient, pourquoi Le Canard prend-il parti de cette manière dans cette polémique ? Frédéric Haziza règle manifestement ses comptes avec moi en faisant endosser la responsabilité de ses écrits calomnieux par votre journal. Je m’interroge donc si vous cautionnez non seulement cette méthode très discutable mais également la substance des propos inventés qui y sont proférés ?

De plus, je porte à votre connaissance (mais vous le savez déjà) que M. Haziza est certainement le dernier à pouvoir donner des leçons en matière de promotion d’un Etat étranger. Il ne vous a pas échappé qu’il se fait constamment le relais inconditionnel de la politique illégale du gouvernement d’extrême-droite de M. Netanyahou ? M. Haziza qui accompagne des journalistes pour chanter les louanges de l’Etat d’Israël a lui-même avoué que « dans ma carrière de journaliste, j’ai toujours défendu Israël ». L’accusation selon laquelle je serais « un zélé propagandiste » d’un Etat étranger est donc grossière venant de sa part puisque c’est lui qui est en fait un véritable thuriféraire d’un Etat qui piétine le droit international.

Monsieur le Directeur, voilà pourquoi point par point l’article d’Haziza est frauduleux. La première erreur factuelle concerne le fait que j’aurais affirmé que le Qatar serait « presque une démocratie ». Ce propos est faux pour la bonne et simple raison que je n’ai jamais employé cette expression pour qualifier le régime politique qatarien. Je l’ai toujours qualifié de « régime semi-autoritaire » et mes livres comme mes dizaines d’analyses prouvent que j’ai toujours dénoncé les abus et dérives auxquels cette monarchie s’est livrée. Sur la question des ouvriers comme celle du poète enfermé ou des Français séquestrés dans l’émirat, il n’y a qu’à me lire pour saisir cette distance critique.

L’autre élément troublant est le fait que l’article s’appuierait sur des articles de Libération ou du Monde qui auraient démontré mon inconsistance pour traiter du sujet Qatar. S’agissant de Libération, il y a effectivement eu un article à charge à mon égard mais ce qu’a oublié de préciser le texte du Canard, c’est que le dossier de Libé était lui-même… truffé d’erreurs. Quant au Monde, j’ai effectivement été interviewé à plusieurs reprises sur le Qatar. Lisons ce que disait ce quotidien sur mon essai « L’énigme du Qatar » paru en mars 2013 : « cette très solide synthèse s'attache à dépassionner son sujet et à faire la part du fantasme et de la réalité dans l'irrésistible ascension de ce pays ». Effectivement, quand des journalistes sérieux font leur travail, ils constatent tout simplement que ce que je produis sur le pays n’est ni complaisant ni diabolisant.

Le troisième élément problématique est le fait que l’agence TBWA m’a invité à faire une intervention, ce que je fis. Et alors, où est le problème ? Pour cette intervention (que j’ai même relayée sur mon site), je n’ai reçu aucune rémunération (ah si peut-être un café et un croissant). Je mène d’ailleurs ce genre d’interventions auprès de dizaines de structures, associations, entreprises ou établissements universitaires et ça n’a jamais suscité le moindre souci. Mais on voit bien l’esprit malintentionné dans lequel s’inscrit cette information puisque l’article qui se conclut par le fait que je sois un « expert en droits de l’homme d’affaires ». L’idée insidieuse est de mettre en doute ma probité et que mes analyses sont orientées par l’argent que je toucherais. Bien évidemment, il n’y a aucune preuve, aucun élément factuel venant prouver le début de ce procès d’intention.

Au vu de ces éléments, on voit bien la mauvaise foi de son auteur. J’aimerais donc, Monsieur le Directeur, que vous me disiez d’une part qui signe réellement ce papier et d’autre part, si vous allez laisser en toute impunité laisser ce forfait sans suite. Je vous envoie naturellement dès demain matin un droit de réponse que, j’espère, vous publierez. J’espère aussi que vous penserez à peser le pour et le contre de garder dans votre rédaction des personnes qui sont habituées à faire du mensonge leur marque de fabrique. Car au final, c’est tout Le Canard qui perd dans cette histoire. Vouloir faire la leçon sur l’envers du décor des élites est louable. Mais le faire chez soi est encore mieux.

Je vous serai gré de me répondre.

Nabil Ennasri
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