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Dominique de Villepin, ancien Premier ministre et ancien ministre des Affaires étrangères, était l’invité de Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV et RMC, ce mardi matin.

Invité mardi matin sur BFMTV et RMC, Dominique de Villepin, qui fut ministre des Affaires étrangères de 2002 à 2004, est revenu sur les discours prononcés par les dirigeants occidentaux à l'ONU, lundi, sur le dossier syrien, et notamment par les présidents français et américain, François Hollande et Barack Obama, qui ont fustigé l'appel à une alliance avec Bachar al-Assad formulé par Vladimir Poutine.


"Bachar al-Assad n'est pas tout le problème"
"Il faut sans doute descendre des tours de New York pour se confronter à la réalité syrienne", a commenté Dominique de Villepin, pour qui il n'y a pas de solution militaire en Syrie, où des frappes aériennes sont actuellement menées par la coalition internationale, y compris par la France, sur des cibles de Daesh. "Il faut nous efforcer de rassembler la communauté internationale sur des bases solides et concrètes", a fait valoir l'ancien chef de la diplomatie française, qui s'était opposé à l'intervention en Irak, en 2003.
"Bachar al-Assad est un problème pour la Syrie, mais il n'est pas tout le problème, et son départ ne résoudrait pas tout. D'autres individus viendraient le remplacer dans des formules encore plus radicales. De la même façon, Daesh est un énorme problème pour la Syrie, mais ce n'est pas tout le problème. Le vrai problème, c'est la radicalisation des sunnites dans ce pays", a expliqué Dominique de Villepin, estimant que le groupe jihadiste, s'il est éliminé, sera "remplacé par des terroristes encore plus durs et plus radicaux".
"Ce qu'il faut casser, c'est la spirale de radicalisation des sunnites, avec ce risque d'extension du terrorisme plus loin dans la région, en Jordanie, au Liban, en Arabie Saoudite", a martelé l'ex-Premier ministre. "On voit bien se dessiner une nouvelle étape pour Daesh et les groupes terroristes, qui pourrait être de lancer la conquête des lieux saints, La Mecque et Médine, de lancer la bataille contre Israël. Nous ne sommes donc pas au bout d'un processus".

"Le rôle de la France, ce n'est pas de rentrer dans l'énième coalition militaire"

Pour espérer parvenir à remédier au problème, Dominique de Villepin estime qu'il faut "descendre de la stratosphère onusienne pour aller à la réalité syrienne".
"Il faut ouvrir trois ou quatre chantiers, et de ce point de vue, c'est le rôle de la France", a-t-il estimé. "Le rôle de la France, ce n'est pas de rentrer dans l'énième coalition militaire, ce n'est pas sa vocation. La France est sans doute la seule aujourd'hui qui peut porter un règlement politique".
Et l'ancien locataire du Quai d'Orsay de détailler les "chantiers à ouvrir". "Le premier chantier consiste en la sécurisation des frontières", a-t-il souligné, rappelant que Daesh recrute pour moitié des combattants étrangers venant du Caucase et d’Europe. "Essayons ensuite d'assécher les finances de Daesh. Si Daesh a un peu moins de pétrole à vendre et d'antiquités à trafiquer, sa capacité à agir s'affaiblira", a poursuivi Dominique de Villepin.

"Le deuxième chantier à ouvrir est celui de la négociation politique. Rassemblons tout le monde autour de la table, y compris les représentants du régime d'Assad, et faisons en sorte qu'une solution ponctuelle puisse être signée", a développé Dominique de Villepin. "Troisième chantier, la fédéralisation. Il faut se battre pour donner des garanties aux différentes communautés".

"On ne gagnera pas la bataille contre le terrorisme à coups de bombes"
Opposé à l'intervention militaire sur le terrain, Dominique de Villepin a par ailleurs rappelé: "On n'a jamais gagné aucune bataille contre un groupe terroriste sur le terrain". "On ne gagnera pas la bataille contre le terrorisme à coups de bombes".

Revenant sur les prises de paroles à l'ONU, lundi, l'ancien chef du gouvernement a estimé que le président russe Vladimir Poutine "était dans l'initiative, quand la France et les Etats-Unis étaient sur la défensive".
"Le message de Vladimir Poutine était clair, pragmatique, relativement cohérent, tandis que le message de la France et des Etats-Unis étaient brouillés", a-t-il estimé.
Et Dominique de Villepin de pointer du doigt le discours de François Hollande à la tribune de l'ONU. "La France n'était pas dans son rôle. Son rôle est de proposer un certain nombre de pistes et de solutions politiques, à partir de ce qui est possible. Retrouvons le chemin d'une diplomatie pionnière et conquérante. (...) La diplomatie, c'est l'art de nouer des dialogues en dépit des difficultés. Soyons pragmatiques, avançons là où nous pouvons avancer".

Adrienne SIGEL



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