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Comme une litanie insidieuse qui s’immisce peu à peu dans tous les espaces de liberté, les islamistes marocains du Parti de la Justice et du Développement (PJD) on lancé depuis plusieurs semaines une offensive réglementaire visant à accroitre leur capacité d’influence et de contrôle sur les médias du Royaume Chérifien. Or le pays est à quelques mois des éléctions législatives.

Annoncée en grande pompe il y a un an par Mustapha El Khalfi, ministre de la communication et figure montante du PJD, la réforme de l’obsolète code de la presse marocain, avait été l’occasion d’un exercice d’auto promotion d’envergure pour l’exécutif.

Le PJD promettait ainsi pêle-mêle la suppression des peines privatives de liberté pour les journalistes, le renforcement de leur statut, la création d’un cadre légal pour les médias digitaux, ou la mise en place d’un conseil national réformé.

Un an plus tard, c’est le désenchantement. Le projet de réforme déposé par M. Khalfi en ce début d’automne a suscité une levée de boucliers, notamment chez les professionnels.

En pointe de ce combat, la Fédérations Marocaine des Editeurs de Journaux (FMEJ) et le syndicat de la presse. Ces derniers estiment que le nouveau texte comporte des passages qui renvoient vers le code pénal et produirait donc le même effet que la loi qu’il doit amender.

En bref, il sera encore possible d’envoyer des journalistes en prison pour leurs écrits avec ce texte remanié.

Pendant plusieurs semaines, les représentants des médias et des journalistes marocains ont croisé le fer avec le ministre islamiste, lui enjoignant d’amender son texte sur au moins 50 articles.

Fidèle à la méthode qu’il a adoptée depuis son entrée au gouvernement en 2012, El Khalfi a alterné intransigeance puis concessions de façade, promettant en coulisses une augmentation « substantielle » des subventions à la presse si son texte était adopté de manière consensuelle, avec l’aval de la profession.

Hier, le ministre a fait mine de plier, et anoncé à l’issue du conseil de gouvernement que son département allait « présenter une nouvelle version qui prend en compte toutes les remarques des professionnels et éditeurs au sujet des projets relatifs au Conseil national de la presse et au Statut des journalistes professionnels ».

Officiellement, El Khalfi a pris en compte l’avis de la profession. En réalité, il mène un autre combat.

Car le vrai enjeu caché derrière cette querelle réglementaire ne se situe pas au niveau du statut des journalistes ou de l’organisation de la profession. En creux, c’est une guérilla idéologique que mène le ministre de la communication islamiste.

Son objectif : interdire toute publicité pour l’alcool ou les jeux de hasard dans les médias marocains, et substituer à cette perte de revenus des subventions…octroyées par son département. Pour El Khalfi, il s’agit là d’un sujet récurrent, d’un leitmotiv déjà brandi pour interdire discrètement l’été dernier toute publicité qu’il considère comme non « halal » sur les télévisions marocaines.

Afin d’étendre cette interdiction vers l’ensemble des écrans, incluant le digital, le ministre a usé d’un « artifice » juridique en établissant un lien entre le texte qui régit la presse et celui de l’audiovisuel. Interrogé à ce sujet par le quotidien marocain « Les Inspirations Eco », le ministre a balayé la question en estimant qu’il s’agissait d’un sujet déjà « tranché » par le parlement.

Or, il semble que le ministre a opportunément oublié de rappeler que les taxes sur l’alcool comme sur les jeux de hasard sont de très gros contributeurs au budget de l’Etat marocain. Il est donc plus que probable qu’une partie des subventions qu’il souhaite octroyer soient issues de ces mêmes secteurs qu’il veut excommunier…

Par Charles Henry Côté
Mediapart-blog de Charles Henry Côté




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