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Le Musée Mohammed VI de Rabat accueille une exposition consacrée au sculpteur français. Une trajectoire ancrée dans le Sud, retracée avec pédagogie.

Marseillais, né de parents italiens, César Baldaccini (1921-1998) aimait, enfant, regarder la mer Méditerranée en imaginant l’autre rive. Très attaché au Maroc, le sculpteur français qui a fait de son prénom impérial un nom à part entière est aujourd’hui à l’honneur au sein du Musée Mohammed VI, à l’occasion d’une exposition monographique ambitieuse : « César, une histoire méditerranéenne ». Mais de quelle histoire s’agit-il ? 

Les origines, le caractère, les centres d’intérêt de César n’ont cessé de façonner un tropisme méditerranéen qui se manifeste certes en continu dans son œuvre, mais par touches subtiles. Travail de récupération apparenté au Sud, animaux issus de ces latitudes pris pour modèles, références culturelles du monde antique alimentent ce regard méditerranéen sur l’œuvre de César. Plutôt que d’opter pour un parcours chronologique classique, l’exposition se veut transversale et thématique, permettant d’appréhender de façon didactique les recherches formelles et les intuitions géniales qui ont rythmé la vie du sculpteur.

FEMMES DE FER
Tel un signal dans l’espace public, un grand Pouce se dresse à l’extérieur du musée. Culminant à 6 mètres de hauteur, cette pièce emblématique, devenue une sculpture majeure dans l’art du XXe siècle, introduit l’exposition.

Structuré par une palette chaleureuse, le parcours s’engage sur le thème fondamental du féminin. Source d’inspiration importante pour le Latin qu’était César, la femme, comme sujet sculpté, rattache son œuvre à une tradition artistique ancestrale. Il n’hésite toutefois pas à transcender cet héritage avec des pièces aussi importantes que la Vénus de Villetaneuse ou la Victoire de Villetaneuse, véritables synthèses de la virtuosité du sculpteur. Ces deux chefs- d’œuvre, présentés à côté de la Ginette, témoignent du degré d’accomplissement d’une œuvre déjà riche. César, passé par les Beaux-Arts, a pleinement intégré les principes de la statuaire classique qu’il dépasse en s’appropriant et soudant un matériau pauvre, la ferraille.


Après les femmes, on se tourne vers l’homme, le sculpteur, le Méditerranéen, l’ancien étudiant, l’artiste reconnu... Une frise biographique illustrée domine une sélection d’autoportraits de l’artiste. Ces sculptures revêtent de multiples factures qui affirment à la fois la maîtrise des références classiques et l’inventivité de César, à l’image de l’Autoportrait romain. Une version réduite du Centaure, qui trône sur une place du VIe arrondissement de Paris, rappelle aussi l’admiration du sculpteur pour Picasso, dont les traits apparaissent sur la visière au-dessus du visage de César.
« Ma démarche n’est pas intellectuelle, c’est une espèce de corps-à-corps avec la matière. Les choses doivent naître au moment où j’ai le matériau, quand ça fonctionne ». César, cité dans la biographie in catalogue de l’exposition « César, Œuvres de 1947 à 1993 », à Marseille en 1993
LE BESTIAIRE DE CÉSAR
Le Centaure anticipe un véritable bestiaire rassemblé dans la section suivante. Silhouettes humaines et anthropomorphes, animaux réels ou imaginaires permettent d’appréhender la richesse de la technique du fer soudé élaborée au fil de ces figures hybrides. Certains rebuts métalliques inspiraient à César une forme d’antenne, de queue ou de bec...faisant ainsi naître toutes sortes de créatures parfois étranges mais non dénuées de poésie, à l’image de la Chauve-Souris. Ces spécimens ont été réunis dans l’esprit d’un « musée imaginaire d’histoire naturelle », d’après l’expression du critique britannique Douglas Cooper, fin connaisseur de l’œuvre de César.

Dossier réalisé par Marylène Malbert
Consultez la suite du dossier dans le numéro #31 de Diptyk Magazine sorti en kiosque cette semaine et prochainement en ligne ici https://www.relay.com/diptyk/numero-courant-1254.html



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