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On ne parle que d’«Elle». «Elle» est dans toutes les bouches et on nous casse les oreilles jour et nuit avec ses histoires à coucher dehors ou à rentrer bourrée tous les matins.

Tout le monde se sent obligé d’avoir un avis sur «Elle» : qu’on soit chômeur diplômé ou pas qui n’a même de quoi aller voir un film au cinéma ou qu’on soit ministre qui se fait engueuler en direct à la télé par son chef ou qu’on soit ouvrier syndicaliste qui sacrifie sa partie de cartes du dimanche pour aller défiler avec ses camarades ou qu’on soit PDG d’une société cotée en Bourse et dont la cote n’arrête pas de jouer aux montagnes russes, en passant par tous ceux et toutes celles qui ont eu la chance de recevoir une instruction parfois très poussée et/ou acquérir une culture souvent universelle et qui sont censé(e)s nous éclairer de leurs lumières à chaque fois qu’ils et qu’elles sentent que nos idées sont en train de devenir progressivement obscures…

Quand je vous dis tout le monde c’est vraiment tout le monde ! Pourtant «Elle» n’est ni une révolutionnaire ni une championne et son parcours personnel et professionnel n’a absolument rien d’exceptionnel. Alors pourquoi «Elle» hante autant nos esprits ? Moi, je crois le savoir, mais je vais d’abord vous donner, moi aussi, mon avis sur «Elle».

Ah oui, parce que j’ai beau vouloir fuir les discussions permanentes et récurrentes sur «Elle», on finit toujours par me coincer et par m’imposer d’en parler, moi aussi. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai décidé aujourd’hui de lui consacrer cette chronique qui a hébergé des gens bien plus intéressants et autrement plus prestigieux. Je dois quand même vous dire de qui «Elle» s’agit même si je suis sûr que la plupart d’entre vous a déjà deviné qui c’est.

Bien entendu, cette désormais célèbre comédienne qui était absolument inconnue au bataillon jusqu’au jour où on a commencé à faire appel à ses services car elle était probablement la seule à accepter de les rendre. Je parle bien sûr des services artistiques, le reste, comme on dit, ne me regarde pas. Si avec tout cela, vous n’arrivez toujours pas à deviner, vous allez donner votre langue au chat, et moi je vais donner son nom désormais sur toutes les lèvres avec ou sans herpès: Loubna Abidar. Et oui, c’est d’«Elle» que je vais vous parler, à mon corps défendant, je vous le jure. En fait, ce qui m’a poussé à m’y mettre moi aussi ou plutôt à m’y remettre parce que ce n’est pas la première fois, mais aujourd’hui je pense que je vais m’étaler un peu plus sur «Elle».

Honni soit… Plus sérieusement, je voudrais vous dire que je suis plus qu’agacé par l’Abidarophobie qui est en train de sévir dans notre pays depuis que cette très modeste actrice est devenue une star mondiale à l’envers. Ce que je voudrais dire c’est que ce sont ceux et celles qui la combattent et qui la critiquent du matin au soir qui font d’elle ce qu’elle est en train de devenir, à savoir une icône. Non, je ne ferai pas de jeu de mots facile pour ne rendre service ni à elle ni à ses détracteurs et détractrices, par contre je vais dire ce que j’ai vraiment sur le cœur, contrairement à beaucoup qui préfèrent garder le silence ou aller dans le sens du mouvement dominant qui veut que plus on casse de l’Abidar, plus on a des chances d’être bien vu.

Je ne vous cache pas que j’ai été effaré depuis qu’une vidéo a été mise en ligne et dans laquelle Abidar raconte son blabla habituel en y ajoutant cette fois-ci des aveux qui se veulent insolites sur ses «déviances» gustatives et religieuses.

Bien sûr, ce n’est pas la vidéo qui m’a choqué, loin s’en faut, mais ce sont les commentaires qui s’en sont suivis. C’était horrible. Entre ceux qui la trouvaient vulgaire avec son maquillage outrancier et son français approximatif, et celles qui aimeraient la scalper ou même la guillotiner s’ils le pouvaient, il y avait tout un monde qui aimerait qu’on lui ferme définitivement le bec parce qu’elle serait «une traître qui ternit l’image de notre pays».

Et c’est cela qui m’irrite au plus haut point. Pour moi, et je l’ai écrit de nombreuses fois, le Maroc a fait des avancées indéniables en démocratie et il serait dangereux de faire marche arrière. Au fond, ce n’est pas important que ce que dit cette bonne femme soit vrai ou pas, mais il est primordial pour nous et pour notre pays qu’elle ait la liberté de le dire. Après tout, si elle ne raconte que des bobards, le monde entier va finir par le savoir.

Cela dit, entre nous, si nos élites qui ont disparu subitement dans la nature faisaient leur boulot, ce n’est pas une petite Abidar qui allait être capable de couvrir leur voix. Mais comme la nature a horreur du vide, alors elle en profite et s’en donne à cœur-joie. Jusqu’au jour, si jamais un jour…

En attendant, je souhaite à tous ceux et à toutes celles qui défendent la liberté d’expression sans discrimination un très bon week-end. Quant aux autres…

Un dernier mot sous forme de devinette pour rigoler quand même un peu : pourquoi on n’entend plus certains défenseurs de «l’argent du contribuable» crier au gaspillage chaque fois à la veille du Festival de Marrakech ?

Par Mohamed Laroussi
Aujourdhui.ma




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