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Wakeupnfo publie un dossier, en 10 parties, tiré de l’étude dirigée par Claude Moniquet de l’ESISC (2010) et de la communication faite le 07 octobre 2014 à New York, devant la 4ème Commission de la 69ème session de l'Assemblée Générale des Nations Unies.

Partie III
L’absence d’avancées concrètes n’est pas sans avoir un certain nombre de conséquences pour une organisation séparatiste dont la raison d’être est une forme d’indépendance. L’incapacité du Front Polisario à trouver une issue a considérablement affaibli son mouvement, intensifiant ainsi les dysfonctionnements déjà existants.

Une organisation affaiblie
En 2005, Hametti Rabani, ancien ministre de la Justice et des Cultes de la RASD, dressait un constat sans concession de l’état du mouvement : « Le Polisario est en situation d’échec. La majorité des anciens combattants l’ont quitté et se sont reconvertis dans les affaires en Mauritanie. De nombreux dirigeants historiques sont partis également. Restent quelques jeunes. Que peut leur dire la direction ? Quel espoir peut-elle leur donner ? Aucun, le mouvement est dans l’impasse ».

Malgré ses premières chevauchées militaires, l’action du Front Polisario n’a pas permis de règlement politique du conflit, ce qui, en raison de la nature du mouvement et de son combat, n’est pas sans poser un certain nombre de problèmes.

D’un point de vue militaire, la construction du « mur de défense », achevé en 1987, et le cessez-le-feu signé en 1991, ont considérablement affaibli l’APLS, bras armé du Front. Le moral des troupes a en effet été affecté par les échecs militaires et par l’attitude des dirigeants du mouvement qui vivaient dans l’opulence alors que les retards de paiement de leurs soldes s’accumulaient.

Au lendemain du cessez-le-feu, ceci poussa une part importante des combattants à se replier sur la Mauritanie. On estime une dizaine de centaines d’hommes, soit environ 60% des effectifs de l’APLS ont fait ce choix. La direction du Polisario préféra fermer les yeux sur ces départs qui allaient considérablement alléger le poids financier de l’entretien de l’APLS. D’après la presse mauritanienne, cet exil de soldats du Polisario, et notamment d’officiers, se poursuit encore. Si la force exacte de l’APLS demeure inconnue, elle se situe, selon plusieurs estimations, entre 1 000 et 3 000 hommes.

Sur la scène internationale, le Front a pâti de son intransigeance et de son incapacité à négocier mais aussi de l’évolution du contexte géopolitique. Durant la Guerre froide, plus de soixante-dix Etats ont reconnu l’existence de la RASD. Depuis, ce nombre n’a cessé de baisser et actuellement, seulement une trentaine d’Etats reconnaissent encore la RASD.

De plus, le soutien de nombreux pays occidentaux, comme les Etats-Unis et la France, au plan d’autonomie proposé par le Maroc, qu’ils décrivent comme « sérieux et crédible », a affaibli encore un peu plus le Polisario sur la scène diplomatique internationale. Aujourd’hui, le seul véritable soutien sur lequel le Polisario peut compter est celui de l’Algérie, qui instrumentalise les visées indépendantistes des Sahraouis pour tenter de déstabiliser son rival régional : le Maroc.

D’un point de vue politique, le Polisario a également souffert de l’enlisement du conflit qui a aggravé l’isolement et la rigidité de sa direction. Selon un rapport de l’Institut européen de recherche sur la coopération méditerranéenne et euro-arabe, « depuis la chute du mur de Berlin, les soutiens des pays amis et la motivation idéologique au sein des camps se sont affaiblis. La situation actuelle s'est fortement dégradée. Le mouvement est désormais gouverné par quelques personnes qui visent prioritairement leurs intérêts personnels dans la conclusion du conflit ».

L’isolement et la sclérose de la direction du Polisario transparaissent également dans une attitude de plus en plus agressive à l’égard de toute forme de contestation de son mode de gestion et de fonctionnement. Elle a, entre autres, récemment proféré des menaces à l’encontre d’une ONG américaine mais aussi du contingent français de la MINURSO « en signe de représailles contre la France qui appuie la position du Maroc ».

Ces dérives de la direction du mouvement combinées à l’échec de sa politique ont également participé à sa perte de légitimité vis-à-vis de la population. Pour Sidati El Ghallaoui, ancien diplomate de la RASD, « cet exercice solitaire du pouvoir par une direction confinée dans ses villas et dont certains membres ne mettent même plus les pieds dans les camps de réfugiés, a induit une grande méfiance de la part de la population de ces camps ». Et d’ajouter : « ils n’attendent plus rien de la direction, on assiste à un véritable divorce entre le sommet et la base ». Cette désaffection se traduit également par d’importants mouvements d’exil vers la Mauritanie, qui ne se limitent pas uniquement aux militaires mais touchent la population civile et même des notables.

La perte de légitimité du Polisario se traduit également par l’émergence de courants dissidents. Le mouvement Khat Achahid (la voie du martyr), créé en juillet 2004, prône en effet la négociation pour résoudre le conflit, sans toutefois exclure la lutte armée15. Le groupe, dont plusieurs des dirigeants sont installés en Espagne, conteste également la légitimité de l’actuelle direction et dénonce son caractère antidémocratique. « L’actuelle direction du Front Polisario est illégitime, puisque le 12ème congrès n’a pas été démocratique et légitime. Cette direction n’a aucune légitimité pour négocier ou parler, au nom du peuple sahraoui, avec le gouvernement marocain sur notre futur16 », indiquait un communiqué. « Cette direction corrompue continue à sévir, sans aucun changement, ce qui confirme que Mohamed Abdelaziz méprise notre peuple et fait fi de ces appels répétés au changement, à la justice et à la démocratie au sein du Polisario17 », poursuivait le texte.

Wakeupinfo
Tiré de l’étude dirigée par Claude MONIQUET Président de l’ESISC / Mai 2010
Copyright© ESISC 2010

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