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En février 2010, un trafiquant d’armes était arrêté près de Smara (Sahara marocain) et s’avérait être, lui aussi, un membre du Front Polisario.

Partie V
Un mouvement en proie à l’islamisme radical
La criminalité n’est pas le seul problème régional qui menace un mouvement séparatiste en pleine décomposition. Le développement de l’islamisme radical en Afrique du Nord, concrétisé par la création en 2007 d’une filiale d’al-Qaïda dans la région, n’a pas épargné le Front Polisario. En effet, le vide laissé par la faillite idéologique du Polisario a conduit une partie de la frange la plus jeune du mouvement à se tourner vers une pratique radicale de la religion. Selon Hametti Rabani, les jeunes « n’attendent plus rien des chefs du Polisario mais tout de Dieu. Dieu remplit le vide laissé par l’idéologie passéiste de la direction du Polisario ».

En effet, l’évolution du contexte géopolitique et la fin de la Guerre froide aient favorisé la substitution du marxisme par l’islamisme radical qui, depuis le 11-Septembre, apparaît comme la nouvelle idéologie transnationale de contestation de l’ordre mondial actuel. L’universitaire français Aymeric Chauprade va plus loin en affirmant que ce basculement idéologique du mouvement a été précipité par « l’arrivée dans ses rangs d’une nouvelle génération de militants imprégnés d’intégrisme lors de son passage dans les universités algériennes ».

D’autres personnalités comme Saïd Djinnit, représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest, ont insisté sur les liens entre la criminalité et l’islamisation. « Le regain de tension dans la région sahélienne est la combinaison de plusieurs facteurs. Il y a des rébellions anciennes sur lesquelles sont venues se greffer de nouveaux phénomènes, le terrorisme, qui est présent dans la région mais surtout le trafic de drogue et le crime organisé qui se sont développés de façon très importante », explique-t-il.

On notera néanmoins que cette radicalisation de la frange la plus jeune n’est pas un fait nouveau. En effet, selon Mustapha Bouh, ancien membre du bureau politique du Front, les liens entre des membres du Polisario et des courants islamistes radicaux remontent aux années 1980. « Tout a commencé à la fin des années 1980. Des étudiants venus des camps de Tindouf et présents dans les universités d’Alger ou d’autres villes du nord y ont rencontré des membres du FIS [Front islamique du Salut] qui tenaient le haut du pavé dans les facultés à cette époque. Ils ont été contaminés et sont revenus animés par l’idéologie islamiste34 », explique M. Bouh.

Ces premiers contacts ont permis le développement de relations suivies entre des membres du Polisario et des terroristes du GIA (Groupe islamique armé) algérien qui ont évolué, dans certains cas, vers ce qui s’apparente à un soutien militaire. En effet, en 1994, des armes fournies par l’armée algérienne au Polisario ont été retrouvées, par ces mêmes services de sécurité algériens, entre les mains de militants du GIA35. Les conditions dans lesquelles ces armes se sont retrouvées en possession de terroristes algériens n’ont pas été établies. On ignore en effet si ces dernières ont été vendues dans le cadre d’un trafic ou fournies aux terroristes par des sympathisants dans les camps de Tindouf.

Cet épisode a néanmoins mis en lumière la proximité entre le Front Polisario et des groupes terroristes islamistes et attiré l’attention des autorités algériennes sur cette possible dérive. D’après un officier supérieur marocain, « la Sûreté militaire algérienne a demandé des explications au Polisario et a très sérieusement resserré son contrôle sur les islamistes appartenant au Front36 ».

Wakeupinfo
Tiré de l’étude dirigée par Claude MONIQUET Président de l’ESISC / Mai 2010
Copyright© ESISC 2010




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