News

Les attentats du 11 septembre 2001 ont ravivé l’activité terroriste en Afrique du Nord en donnant une nouvelle raison d’être à des groupes islamistes comme le GSPC algérien. La menace s’est par la suite étendue vers le sud, offrant ainsi une nouvelle perspective aux jeunes errant dans les camps de Tindouf mais également à des membres, anciens ou en activité, du Polisario.

Partie VI
Rapprochement entre le Front Polisario et l’AQMI
L’année 2007 a marqué un tournant dans l’évolution du terrorisme en Afrique du Nord. Le GSPC algérien a en effet décidé d’intégrer la mouvance djihadiste globale en devenant Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). Ce ralliement à l’organisation d’Oussama Ben Laden a favorisé l’émergence, en Algérie, d’attentats suicides de grande envergure, semblables à ceux perpétrés par la mouvance djihadiste en Irak et en Afghanistan. Une pratique qui n’avait jamais été observée dans ce pays, même durant les tragiques évènements des années quatre-vingt-dix.

Durant l’année 2007, l’Algérie fut frappée par trois opérations suicides majeures. Le 11 avril, l’explosion quasi-simultanée de trois voitures piégées à Alger tua au moins trente personnes et en blessa plusieurs centaines. Le 11 juillet, 10 personnes trouvèrent la mort dans un attentat suicide au camion piégé contre une caserne à Lakhdaria. Enfin, le 11 décembre de cette même année, deux attentats suicides contre une représentation des Nations unies et un bâtiment de la Cour suprême à Alger provoquèrent la mort d’au moins 60 personnes dont plusieurs étrangers. Outre le mode opératoire, cette attaque a également mis en évidence l’influence d’al-Qaïda sur le choix de cibles étrangères.

Cette tendance continua durant la première partie de 2008, qui fut encore marquée par plusieurs attentats suicides visant principalement les forces de sécurité et des intérêts occidentaux. Néanmoins, cette stratégie ne laissa d’autre choix aux autorités algériennes que d’accroître sensiblement leurs efforts dans le domaine du contre-terrorisme. Par ailleurs, cette explosion de violence et ses nombreuses victimes civiles raviva l’hostilité de la société algérienne, traumatisée par la vague terroriste des années 1990. Ces deux facteurs contribuèrent au déplacement du centre de gravité du terrorisme régional vers le Sahel, où les groupes terroristes associés à l’AQMI pouvaient bénéficier de larges espaces, de frontières poreuses et du manque de coopération entre les Etats de la région pour opérer presque librement.

En marge de l’AQMI, un petit groupe salafiste local, Imarat Assahraa (L’Emirat du Sahara) commença à se développer dans le sud algérien. D’après diverses sources sécuritaires et de renseignement, Imarat Assahraa aurait été formé entre autres par des combattants venus des camps du Polisario.

Ainsi, depuis 2008, les enlèvements d’Occidentaux se multiplient dans toute la région, devenant une des principales expressions de l’activité terroriste en Afrique du Nord.
  • Le 22 février 2008, deux touristes autrichiens étaient kidnappés dans le sud de la Tunisie puis transférés dans des camps de l’AQMI au nord du Mali. Ils ont été libérés après huit mois de captivité.
  • Le 14 décembre 2008, deux diplomates canadiens étaient enlevés au nord-ouest de Niamey, au Mali, et relâchés le 22 avril 2009.
  • Le 22 janvier 2009, quatre touristes européens (deux Suisses, un Allemand et un Britannique) tombèrent entre les mains de l’AQMI dans l’ouest du Niger, à quelques kilomètres de la frontière avec le Mali. Un des otages, le Britannique Edwin Dyer, sera exécuté par l’AQMI à la fin de mois de mai 2009.
  • Le 23 juin 2009, un humanitaire américain était tué dans la capitale mauritanienne alors qu’il résistait à une tentative de kidnapping. L’opération a été revendiquée par l’AQMI.
  • Le 25 novembre 2009, le Français Pierre Camatte était enlevé par des hommes armés dans le nord du Mali, à une centaine de kilomètres de la frontière avec le Niger. Il sera plus tard livré à l’AQMI. Il sera libéré le 23 février 2010 au Mali.
  • Le 29 novembre 2009, trois humanitaires espagnols étaient kidnappés par des hommes armés dans le nord-ouest de la Mauritanie. L’AQMI revendiqua par la suite cette opération.
  • Le 18 décembre, un couple italien et leur chauffeur étaient enlevés dans l’est de la Mauritanie, près de la frontière avec le Mali.
  • Le 8 avril 2010, l’intervention des services de sécurité mauritaniens permettait de mettre en échec la tentative d’enlèvement d’un couple français à Nouakchott, non loin de l’ambassade de France.
  • Le 22 avril 2010, un touriste français et son chauffeur étaient kidnappés par des hommes armés dans le nord du Niger, près de la frontière avec l’Algérie.
Le glissement de l’activité terroriste vers le sud fut également accompagné du premier attentat suicide recensé en Mauritanie. Le 8 août 2009, un jeune kamikaze actionna sa ceinture d’explosifs à l’extérieur de l’ambassade de France à Nouakchott, blessant légèrement trois personnes, dont deux gendarmes français qui faisaient leur jogging à proximité. Selon les autorités locales, le jeune kamikaze mauritanien, âgé d’une vingtaine d’années, avait séjourné dans les camps de l’AQMI situés entre la Mauritanie, l’Algérie et le Mali. L’AQMI revendiqua l’attentat peu après, le qualifiant de « réaction aux attaques menées par les croisés contre l’islam et les musulmans38 ». Quelques jours auparavant, l’organisation terroriste avait affirmé avoir tué près de trente soldats maliens lors de l’embuscade d’un convoi près de Tombouctou. Les autorités maliennes ont confirmé des affrontements, signalant cependant qu’ils avaient causé de nombreuses victimes de chaque côté.

On relèvera néanmoins l’aspect rudimentaire de la plupart de ces attaques menées dans le Sahel. L’attentat suicide contre l’ambassade de France en Mauritanie, dont le kamikaze fut la seule victime, illustre en l’effet l’écart qui existe, au niveau du savoir-faire, entre les éléments de l’AQMI en Algérie et en Mauritanie. On a en effet vu apparaître en 2007 et 2008 en Algérie des opérations suicides coordonnées de grande envergure impliquant des véhicules piégés semblables à celles menées par al-Qaïda en Irak ou par les Talibans au Pakistan et en Afghanistan. Si l’activité terroriste a indéniablement augmenté au Sahel, le niveau de sophistication des attaques reste beaucoup moins élevé. La tentative d’enlèvement manquée (mais qui aboutit malheureusement à sa mort) d’un humanitaire américain à Nouakchott en juin 2009 est également révélatrice de cette différence.

Wakeupinfo
Tiré de l’étude dirigée par Claude MONIQUET Président de l’ESISC / Mai 2010
Copyright© ESISC 2010


0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

 
Top