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Alors que les indices sur la collusion de membres du Polisario avec le terrorisme islamiste sont déjà nombreux, l’enlèvement de trois humanitaires espagnols en novembre dernier témoigne de l’ampleur du phénomène en mettant en évidence le glissement de certains cadres du mouvement indépendantiste sahraoui vers le terrorisme.

Partie VIII
L’affaire « Omar le Sahraoui » et autres cas particuliers
En effet, le 29 novembre 2009, trois ressortissants espagnols de l’association catalane Barcelona Accio Solidaria étaient kidnappés dans le nord-ouest de la Mauritanie. Leur convoi, qui transportait de l’aide humanitaire en provenance de Barcelone, a été attaqué par des hommes armés sur la route entre Nouadhibou et Nouakchott, à environ 170 kilomètres de la capitale mauritanienne.

Selon la presse, les ravisseurs ont tiré à plusieurs reprises pour faire stopper la caravane composée de plusieurs véhicules. Ils ont ensuite embarqué les trois humanitaires, qui se trouvaient dans une voiture en queue de convoi, dans un pick-up et ont quitté la route goudronnée afin de s'enfuir par des pistes sablonneuses à travers le désert. L’AQMI revendiqua le kidnapping des Espagnols, en même temps que celui du Français Pierre Camatte, au début du mois de décembre dans un message diffusé par la chaîne de télévision Al Jazeera46.

L’enquête des services de sécurité mauritaniens les mena vers Omar Ould Sid’Ahmed Ould Hamma, dit « Omar le Sahraoui », dont les services auraient été loués contre de l’argent par Mokhtar Belmokhtar, émir de l’AQMI dans le Sahel.

L’individu âgé d’une cinquantaine d’années a été arrêté en février 2010 près de la frontière avec le Mali et inculpé fin mars par le parquet de Nouakchott pour « atteinte délibérée à la vie de personnes, leur enlèvement et leur séquestration, conclusion d'accord contre compensation aux fins de disposer de la liberté d'autrui ». Il devra également répondre du chef d'inculpation de « l'utilisation du territoire mauritanien pour mener des agressions contre les citoyens d'un pays étranger (Espagne), port et usage d'armes et de munitions de façon illégale ».

Or, selon le quotidien espagnol ABC, Omar le Sahraoui est un ancien cadre du Front Polisario, qui a « formé une partie de l’organigramme » du mouvement. N’étant pas membre à part entière de la cellule de Belmokhtar, cet « homme du désert » a mis sa connaissance du territoire et « son expérience au service des terroristes et autres trafiquants de drogue et d'autres produits de contrebande comme le tabac ». D’après des sources proches de l’enquête citées par ABC, il aurait également été chargé de fournir à l’AQMI les véhicules nécessaires pour échapper aux raids des forces de sécurité mauritaniennes et traverser la frontière avec le Mali.

Par ailleurs, d’autres membres du Front auraient également été arrêtés avec Omar le Sahraoui, en relation avec l’enlèvement des trois humanitaires espagnols. En effet parmi la vingtaine de personnes inculpées dans cette affaire, certaines seraient des militaires en exercice du Polisario.

On trouve parmi eux Mohamed Salem Mohamed Ali Ould Rguibi, âgé d’environ cinquante ans, et Mohamed Salem Hamoud, à peine âgé de vingt ans, opérant tous deux dans la quatrième région militaire, dite « M’heriz », basée à Tindouf. Nafii Ould Mohamed M’Barek, la quarantaine, qui opérait dans la septième région militaire avant de se lancer dans la contrebande et le trafic dans le nord de la Mauritanie, figurerait également parmi les personnes inculpées par la justice mauritanienne49.

Cette affaire est une parfaite illustration des dérives qui se multiplient dans la région et du facteur aggravant joué par une organisation en totale déliquescence comme le Front Polisario. Elle montre la diversité des liens qui existent entre le Polisario et l’AQMI, dans la mesure où ce rapprochement ne répond pas à un modèle unique.

En effet, si on a vu que des jeunes Sahraouis désœuvrés pouvaient se laisser séduire par l’idéologie de l’AQMI, ce dernier exemple montre que des membres actifs du mouvement à la recherche de revenus complémentaires, tout comme des mercenaires qui cherchent à rentabiliser leur expérience passée dans les structures militaires du mouvement indépendantiste sahraoui, peuvent basculer dans le terrorisme après être vraisemblablement passés par diverses formes de trafic. La diversité des voies qui mènent à cette dérive terroriste est une énième preuve du niveau avancé de décomposition du Front Polisario plus de trente-cinq ans après sa création.

Elle illustre également la complexité des enjeux sécuritaires de la région où il devient de plus en plus difficile de distinguer les terroristes des trafiquants en tout genre. Cette collusion entre terrorisme, trafic d’armes et de drogues, et membres anciens ou actuels d’un mouvement indépendantiste en décomposition a permis le développement de ce qui est présenté par l’Institut Thomas More comme une « industrie hybride de l’enlèvement50 » qui, grâce au paiement de rançons, finance le terrorisme et les activités de l’AQMI dans toute la région.

Autre cas intéressant : celui de Mohamed Fadel Ould Mohamed Salem. Né dans les camps de Tindouf, ce jeune homme a été envoyé en Russie pour y poursuivre ses études et est entré en contact avec des islamistes radicaux qui l’ont persuadé de se rendre en Tchétchénie pour y rejoindre le djihad contre les Russes. Arrêté au Kazakhstan, il y a été condamné à quatre ans de prison suite auxquels il a été expulsé vers l’Algérie51. Il vit aujourd’hui, avec ses enfants, dans les camps de Tindouf.

Mais, on l’a vu, les ralliements à l’AQMI et à son idéologie djihadiste ne concernent pas que des « soldats » du Front Polisario. Des cadres de cette organisation ont également été gagnés par la contagion, ce qui peut s’avérer particulièrement dangereux puisque ces membres éminents du groupe sont à même d’en influencer d’autres et, donc, de devenir de véritables pôles de recrutement islamiste dans les camps. Ainsi, en janvier 2010, les services de sécurité algériens arrêtaient Mahjoub Mohamed Sidi, mufti du Polisario et l’un des imams les plus radicaux de Tindouf. Il était suspecté d’entretenir des liens avec l’AQMI et une perquisition permit de découvrir à son domicile une vingtaine de kilos d’explosifs, des armes et une correspondance avec certains dirigeants de l’AQMI52.

Au-delà de la frustration créée par le manque de perspectives politiques aujourd’hui offertes par la direction du Front Polisario, l’un des éléments majeurs qui, selon nos sources, motiverait les membres du Polisario désireux de rejoindre les rangs de l’AQMI ou d’autres organisations islamistes armées serait le fait que ces groupes tentent de cibler le Royaume du Maroc, le pays même que la propagande séparatiste leur a appris à haïr depuis leur enfance.

Ces cellules islamistes apparaissent ainsi à de jeunes désespérés comme étant capables de réaliser ce que la direction du Polisario promet depuis des années mais n’est jamais arrivée à accomplir : créer une Intifada à l’intérieur même du Sahara occidental et du sud marocain voire y porter la lutte armée. Ainsi, un groupe djihadiste démantelé au Maroc en 2009, Fath Al Andalous53, envisageait de mener une opération terroriste de grande envergure au Sahara occidental et disposait, à Layaoune et Boujdour, deux villes du Sahara, de cellules opérationnelles entretenant des liens avec des éléments du Front Polisario.

Wakeupinfo
Tiré de l’étude dirigée par Claude MONIQUET Président de l’ESISC / Mai 2010
Copyright© ESISC 2010







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