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Comme nous l’avons vu, l’enlisement du conflit du Sahara occidental et l’absence de perspectives de résolution ont considérablement accru la vulnérabilité de l'association Front Polisario.

Partie IX
Ils ont fortement entamé la légitimité de la direction du mouvement qui s’est encore un peu plus isolée de sa base, se contentant de défendre les intérêts particuliers et financiers des principaux dignitaires du régime.

Cette faillite aussi bien morale qu’économique du Polisario, qui n’est pas nouvelle mais qui a été accélérée par la fin de la Guerre froide, a permis à un nombre important de Sahraouis de prendre conscience du caractère vain de la lutte indépendantiste.

Si, comme on le sait, de nombreux anciens cadres du Polisario ont rompu avec le mouvement, préférant l’exil vers l’Espagne, le Maroc ou la Mauritanie, les Sahraouis les plus jeunes et/ou les plus modestes partageant ce constat d’échec ont également cherché à s’émanciper.

La criminalité, et notamment les trafics de drogue et d’armes qui se sont développés dans la région depuis quelques années, est alors apparue à de nombreux Sahraouis comme la seule perspective d’avenir viable.

Cette dérive criminelle a également permis la transition vers le terrorisme islamiste, tant la frontière entre les deux activités est poreuse en Afrique du Nord. Si l’on prend également en considération le vide idéologique laissé par la faillite du marxisme-léninisme dont se réclamait le Polisario, on comprend aisément que l’islamisme radical se soit, pour certains, substitué au combat indépendantiste.

Il convient toutefois de préciser que la situation est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît et que les parcours qui mènent au terrorisme sont divers. La criminalité organisée peut en effet amener à participer au soutien d’une cellule terroriste en lui fournissant des armes ou du renseignement par simple opportunisme, sans que cela illustre forcément une adhésion à l’idéologie islamiste.

Cette collusion entre terroristes et trafiquants, qui ne permet pas clairement d’établir de frontière entre ces deux activités, est néanmoins un signe tangible de la détérioration de la situation sécuritaire dans le Sahel, en passe de devenir une véritable « zone grise ».

Cette étude a néanmoins permis de démontrer que les liens entre le délitement du Front Polisario et le développement du terrorisme au Sahel sont de plus en plus étroits et que l’effondrement du mouvement indépendantiste sahraoui alimente l’activité de l’AQMI. Si cette hypothèse reflétait à l’origine la simple crainte d’une dérive du Polisario, elle devient chaque jour un peu plus concrète, au point de faire désormais consensus chez les analystes de la situation sécuritaire dans la région.

L’implication d’Omar le Sahraoui et d’autres membres du Polisario dans l’enlèvement en novembre dernier des trois humanitaires espagnols pour le compte de l’AQMI n’en est que l’illustration la plus pertinente et la plus récente.

On comprend ainsi un peu mieux la volonté du Congrès américain de voir ce conflit se résoudre au plus vite. Il est d’ailleurs intéressant de constater que cette question occupe une place de plus en plus importante dans les médias américains, comme en témoignent les nombreux articles publiés depuis le début de l’année 2010. L’enjeu est en effet d’autant plus crucial que la non résolution du problème du Sahara occidental entretient la rivalité entre le Maroc et l’Algérie. Parallèlement à la participation du Polisario à l’instabilité régionale, les tensions entre Rabat et Alger, en bloquant toute coopération régionale sur les questions de sécurité, sont une des principales raisons expliquant le développement du terrorisme dans le Sahel depuis quelques années.

Wakeupinfo
Tiré de l’étude dirigée par Claude MONIQUET Président de l’ESISC / Mai 2010
Copyright© ESISC 2010








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