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C’est une réponse du berger à la bergère. Trêve de démagogie, seul l’intérêt des apprenants compte. Intervenant à l’ouverture du 8ème Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS), Omar Azziman a riposté aux violentes critiques du chef du gouvernement à l’endroit de la promotion des langues étrangères, et notamment le français, dans l’enseignement public.

La question d’ouverture sur d’autres langues étrangères et autres cultures ne portera aucunement atteinte à l'identité nationale, contrairement à ce que prétendent certains, a-t-il déclaré en faisant allusion à Benkirane sans le nommer. Bien au contraire, elle contribuera à l'enrichir, d'autant plus que l'identité marocaine est séculaire et bien enracinée, et qu'elle se distingue par la diversité de ses composantes qui s'étendent de l'Europe jusqu'aux profondeurs de l'Afrique, a-t-il ajouté.

Ceci d’autant plus que la Constitution, a-t-il rappelé, appelle à l'apprentissage et la maîtrise des langues étrangères en ce qu'elles sont des moyens de communication, d'insertion dans la société de la connaissance et d'ouverture sur l'esprit du temps. « Même si j'ai étudié dans une école marocaine suivant les programmes et les cursus de l'enseignement public, je n'ai aucun problème avec les langues étrangères », a-t-il confié.

Omar Azziman a, en outre, estimé que l’enjeu est de taille et que la réforme de l'enseignement doit se départir de tout égoïsme et de tous calculs politiques qui hypothèquent l'avenir des générations montantes, sous prétexte de protéger l'identité.

En effet, l'avenir de tout le Maroc reste, selon lui, tributaire du niveau de l'enseignement que nous offrons à nos enfants. « Partant de là, la réforme de l'enseignement doit viser au premier chef à permettre à l'apprenant d'acquérir les connaissances et les habiletés et de maîtriser les langues nationales et étrangères, notamment dans les filières scientifiques et techniques qui ouvrent les portes de l'insertion sociale », a-t-il précisé.

Reste à savoir si l’avis du CSEFRS est contraignant pour le gouvernement ou non. « Non, nous a répondu Mohamed Lachkar, membre du bureau national du Syndicat national de l’enseignement, affilié à la FDT, puisque le Conseil n’a qu’un rôle consultatif et que l’Exécutif n’est pas obligé de prendre en considération ses avis ». Et d’ajouter : « Ceci d’autant plus que les relations entre le Conseil et le gouvernement ne sont pas au beau fixe. Elles sont tendues et conflictuelles ».

En fait, et pas plus tard qu’en juillet dernier, Lahcen Daoudi, ministre de l’Enseignement supérieur, n’avait pas hésité à afficher des réserves quant aux propositions du Conseil relatives à la réforme de l’enseignement supérieur et à exprimer son désaccord avec la vision de Omar Azziman. Un ressentiment du ministre qui s’est accentué après le débat houleux qui a eu lieu entre les membres du PJD et ceux du Conseil supérieur, rapportent plusieurs sources médiatiques.

Un vrai gâchis, estime notre source, puisque ce Conseil regorge d’experts et de compétences qui ont pour vocation d’approfondir la réflexion sur les questions de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique et de donner leur avis concernant ces questions. « On est face à deux visions diamétralement opposées de la réforme de l’enseignement public. Celle du Conseil basée sur l’ouverture et celle du PJD conservatrice et qui veut mettre en place une réforme à sa mesure », nous a expliqué Mohamed Lachkar. Et de poursuivre : « Prenez l’exemple même des langues étrangères. Alors qu’il s’agit d’une question purement technique, le PJD et le chef du gouvernement veulent en faire une affaire d’identité et une cause nationale ».

Selon notre source, ce faux débat traduit l’absence d’une volonté réelle d’entamer la réforme du secteur de l’éducation nationale qui est en chantier depuis des années. « L’Exécutif veut éviter les vraies questions et tente tant que faire se peut d’orienter le débat vers une mauvaise direction alors que des questions plus urgentes s’imposent comme c’est le cas du bilan du « Programme d'urgence » que le gouvernement Benkirane hésite jusqu’à aujourd’hui à dresser », nous a-t-il déclaré.

Pour plusieurs observateurs, les hostilités entre le Conseil et le gouvernement vont probablement se poursuivre concernant la situation de l’enseignement au Maroc. D’autant que le Conseil supérieur a un allié au sein du gouvernement qui n’est autre que Rachid Belmokhtar qui compte mettre en place ses réformes en étroite collaboration avec ledit Conseil.

Hassan Bentaleb
Libe.ma








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