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Depuis la déclaration de François Hollande devant le Congrès, réuni à Versailles le 16 novembre2015, la France, frappée dans sa chair et son cœur vit au rythme d’un débat politique accaparé par la question de la réforme de la Constitution devant permettre la déchéance de nationalité pour les personnes ayant la bi-nationalité et condamnées pour actes terroristes.

Or et selon les spécialistes, la France possède largement les outils juridiques pour déchoir un Français, binational ou non, et ce en vertu de l’article 23-8 du code civil. Nul besoin donc d’élever cette disposition au rang de principe fondamental. Bien plus, la France a même la possibilité de fabriquer des apatrides. S’il a bien signé, avec des réserves, la convention de l’ONU du 30 août 1961 et la convention du Conseil de l’Europe du 6 novembre 1997 qui proscrivent, sauf exceptions, la possibilité de rendre une personne apatride, elle n’a cependant jamais ratifié ces conventions. Ceci rend caduque leur applicabilité en France.

Pourquoi donc introduire cette disposition dans la loi fondamentale par réforme constitutionnelle sachant son inefficacité opérationnelle dans la lutte contre des nihilistes qui rêvent de la mort comme patrie. L’argument de la forte charge symbolique, avancé par les tenants de cette ligne, est-elle suffisante.

D’abord c’est une question d’engagement de François Hollande devant la représentation nationale. Prenant tout le monde de court, il a fait cette annonce pour satisfaire une demande de la droite extrême et de l’extrême droite qu’il avait reçues, à l’Elysée, la veille de son discours. Il avait cependant l’espoir d’être contredit par le Conseil d’Etat. Patatras. Voilà que celui-ci n’y trouve rien à redire. Dés lors, abandonner cet engagement serait un impardonnable reniement prompt à obérer l’union nationale, ultime objectif. Ici, le bénéfice de la tactique et l’art de manier la triangulation l’emportent sur les principes.

François Hollande, le socialiste, est connu pour être féru de la quincaillerie politique où il fait montre d’habilité, en particulier dans la confection des synthèses. Et cette réputation est loin d’être usurpée. Cet art de la synthèse qu’il a expertement déployé, dix ans durant, à la tête du PS, il l’exerce aujourd’hui à l’échelle de la Nation.

D’habitude prudent comme un sioux, François Hollande, en président, semble découvrir les ravissements du commandement dont l’enchantement lui fut révélé par l’épisode malien. Rien n’était plus éloigné de François Hollande que les questions de sécurité et la chose militaire. Il semble, depuis, se complaire dans ces matières où ses ordres sont rarement contestés au moment même où il est assailli de toutes parts sur la question économique avec son cortège de chômage, de déficit et autre pacte de stabilité. Il fait donc du combat contre le terrorisme la priorité des priorités. « Je considère que le pacte de sécurité l’emporte sur le pacte de stabilité » dira-il- devant le Congrès. Si ce combat est juste tant la France a vu, plusieurs fois, le sang des innocents se répandre sur son sol en cette année 2015, Il n’en charrie, pas moins un lot d’arrière-pensées politiciennes.

Enfin et, à mes yeux c’est l’essentiel, dix ans après les émeutes de 2005, la France se trouve confrontée à la face la plus hideuse de l’échec de l’intégration: le terrorisme.

La désintégration a engendré des monstres ignobles. Une minorité certes. Mais suffisamment nombreuse pour provoquer le chaos. Des sanguinaires qui ont embrassé une idéologie mortifère. Ils opposent la logique du licite et de l’illicite à celle des devoirs et des droits, alpha et oméga des sociétés démocratiques. Ils sont français ou européens. Ils sont enfants d’immigrés. Ils sont globalement Maghrébins. Ils sont tous musulmans.

De Charlie au Bataclan, en passant par la décapitation ou le Thalys, le profil des barbares certifie la funeste thèse de l’ennemi intérieur qui assaille la République et ses valeurs par une incessante et répétitive guérilla. Victoire suprême, ils ont produit du cafouillage dans l’idée qu’à la France d’elle même.

De plus, ils sont devenus les principaux agents recruteurs de l’extrême droite. Les meilleurs chargés de communication de la victoire idéologique des De Villiers, Patrick Buisson, Eric Zemmour, Elisabeth Levy et de tous ceux qui n’ont eu de cesse de prophétiser l’imminence d’une guerre civile.

L’opinion, ébranlée par la théorie du « Grand remplacement » » et par l’obsessionnel débat sur « l’identité malheureuse », « le suicide français », « la France périphérique » ou « les territoires perdus de la République », est à 94% pour la déchéance de la nationalité quitte à rompre avec l’égalité, pilier du triptyque républicain.

François Hollande, équipé de patriotisme, la Marseillaise et le drapeau, puissants pare-chocs et solides gilets pare-balles pour défendre la Nation, ne peut faire autrement que de jouer l’opinion contre une grande partie de son propre camp et…probablement, certainement contre ses convictions intimes.

Par Driss Ajbali
Sociologue et activiste associatif, membre du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger

Source : quid.ma/




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