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Avant d'être abattu,
le forcené a-t-il oui ou non crié :
Allah Akbar ?
- oui, selon la police
- non, selon les témoins de service
que la Police assimile à des complices.



Car à la goutte d'or,
tout ce qui brille n'est pas or...
mais juste un rappel
que nous sommes tous
des êtres-pour-la-mort,
de simples mortels.
Alors a-t-il oui ou non crié
Allah Akbar ?
Oui,
mais peut-être pas suffisamment fort...
Mais pour la police,
encore en état d'alerte,
un murmure suffit
pour sceller un sort.
On lui a appris à se méfier
même de l'eau qui dort.
On tire d'abord.
On interroge après... le mort.
Un principe de précaution,
fondé sur
une précaution sans principe.

Le nom de Dieu
est trop dangereux
lorsqu'il est décliné dans
une langue étrangère...
l'arabe, la langue des barbares...
ça vous explose en pleine figure,
tôt ou tard.
À mort, tous les bâtards
qui ont rendu notre identité malheureuse.
Pour la police, ce n'est pas un caprice,
mais un service rendu à la nation.
On n'attend plus Godot,
c'est Godot qui nous attend
si on ne tire pas à bout portant.
Dès qu'elle voit s'avancer un arabe,
la police entend une voix :
Allah Akbar
Cela va de soi.
C'est une angoisse permanente :
il faut tuer celui qui est
susceptible de te tuer.
Les hébreux nous l'ont déjà attesté.
C'est la guerre.
La guerre de tous contre tous.
Non, la guerre de tous
contre quelques-uns...
contre ceux qui font appel
à l'UN d'entre eux en criant :
Allah Akbar

Seulement voilà,
notre forcené n'était pas vraiment armé.
Il avait une arme blanche,
un hachoir
qu'on peut voir même dans le noir,
et une bombe factice
en guise de ceinture de sécurité
C'est surtout sa face, son faciès
qui constituait la véritable menace.
Un arabe qui s'approche
d'un commissariat de police,
ça sent tout de suite le vice.
Même s'il n'est pas armé,
il faut instantanément le désarmer
sous peine de le regretter amèrement.
On anticipe,
Anticipation qui ne confond pas
vitesse et précipitation.
On prend les devants
pour ne pas le déplorer après.
Et même si c'est un fake,
nul ne peut parler de mistake.
Car une erreur vaut mieux
que l'horreur.
Les arabes n'ont qu'à bien se tenir,
cesser de l'ouvrir
mais surtout
cesser d'avoir la gueule qu'ils ont.
cesser d'être ce qu'ils sont

Pour revenir à notre mouton enragé,
notre forcené qui s'est surexposé
aux rayons du soleil
de notre vigilante société;
on peut se demander
ce qu'il lui a pris pour accomplir
un tel acte suicidaire ?
Pour se faire hara-kiri ?
Est-ce un acte gratuit
au sens où Gide l'entend
dans les caves du Vatican ?
Est-ce que c'est un tour de folie
qui a tourné court
parce que notre police
n'a jamais eu le sens de l'humour ?
Est-ce un bras d'honneur
pour se moquer
de notre peur de la peur,
de notre stupidité,
de notre stupeur devant un arabe
ou un beur ?
Ou est-ce que c'est tout bêtement
un acte de commémoration du 7 janvier
pour signifier que l'humour arabe
est plus mordant et plus mortel
que l'humour français?

Notre police n'a rien à se reprocher :
le forcené est coupable
et d'autant plus coupable
qu'il n'a fait aucune victime.
Nul ne m'empêchera, je crois,
de croire à un véritable miracle :
la police a entendu
Allah Akbar
avant que le forcené
n'eut le temps de se prononcer.
Je crois,
même si j'ai du mal à le croire,
que notre police est entrain de basculer
de l'autre côté du miroir.
Elle n'a plus besoin d'être avertie
par ses amis.
Elle est convertie
à la religion de ses ennemis.
L'arabe a raison :
Dieu est le plus grand.

Lejournal Depersonne
 une info scénario





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