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Alors que la jeune photographe franco-marocaine était considérée comme hors de danger après avoir reçu plusieurs balles dans l’attentat de Ouagadougou, elle a succombé à ses blessures. Depuis, la polémique enfle sur l’attitude de Paris sur son sort. Moins sur celle de Rabat.

Alors qu’elle était attablée sur la terrasse du café Capuccino qui jouxte l’hôtel Splendid sur l’avenue Kwame Nkruma, la principale artère de Ouagadougou, la jeune photographe franco-marocaine a été touchée de cinq balles à bout portant par les terroristes d’Al Mourabitoune, menés par l’islamiste algérien Mokhtar Belmokhtar, suppôt de la branche d’Al Qaida au Maghreb islamique (AQMI). Le groupuscule, qui s’était illustré dans le coup de force perpétré contre les installations pétrolières d’In Anemas dans le grand sud algérien en janvier 2013, a depuis, revendiqué l’attaque meurtrière du vendredi 15 janvier 2016, qui visait les lieux les plus fréquentés par les étrangers dans la capitale du Burkina Faso.

Évacuée en urgence vers la clinique Notre-Dame De La Paix, Leïla Alaoui y a subi une lourde opération chirurgicale qui a duré plus de six heures. Selon le témoignage de sa mère, Christine Alaoui, les équipes médicales burkinabées, n’ont ménagé aucun effort pour sauver la jeune femme, atteinte au thorax, à l’abdomen, au rein, à la jambe et au bras.

« Elle a été extrêmement bien opérée par l’équipe burkinabée », a témoigné Christine Alaoui sur sa page Facebook, remerciant au passage l’ambassadeur du Maroc à Ouagadougou, qui s’est déplacé à son chevet à plusieurs reprises pour s’enquérir de son état de santé, ainsi que les deux émissaires d’Amnesty International, qui ne l’ont jamais quittée.

Une vague d’émotion sur les réseaux sociaux
Alors que son pronostic vital n’était apparemment plus engagé, selon plusieurs sources proches de sa famille, relayées par les médias, la photographe devait succomber à ses blessures, lundi 18 janvier 2016 en fin de journée, suite à une défaillance cardiaque due à des complications post-traumatiques, d’après plusieurs témoignages concordants.

Le décès inattendu de la jeune artiste, d’abord évoqué sur les réseaux sociaux par des membres de son premier cercle familial, puis confirmé par l’ambassade du Maroc au Burkina Faso, a donné lieu à une énorme vague d’émotion sur les réseaux sociaux.

Très suivi au Maroc, le sort de Leïla Alaoui avait suscité une empathie particulière, tant elle était appréciée des milieux culturels et médiatiques pour son travail singulier et touchant sur les identités plurielles. Son engagement personnel pour des causes humanitaires, notamment sur l’errance tragique des migrants, ou sur la diversité ethnique et culturelle du Maroc, qu’elle n’a eu de cesse de vouloir capturer avec sa série Les Marocains, lui a valu d’être choisie par Amnesty International pour un reportage photographique au Burkina Faso. C’est l’un des pays les plus démunis du globe, qui après 27 années de dictature sous la férule du président Blaise Campaoré – forcé de fuir le pays en 2014 – tente, tant bien que mal, d’instaurer un régime démocratique dans une région minée par la pauvreté extrême et par les coups de butoir des mouvements djihadistes, délogés de la bande sahélienne du nord par l’intervention française au Mali.

L’activisme et la sensibilité de l’artiste devaient capturer ce moment historique au cœur du « pays des hommes intègres », qui dans ses retrouvailles avec son histoire récente, célébrait la mémoire de Thomas Sankara, leader charismatique de l’après Haute-Volta, assassiné en octobre 1987, par la Françafrique méditerranéenne, celle justement qui devait porter au pouvoir son compagnon de lutte, et désormais traitre à sa cause, Blaise Campaoré, l’allié indéfectible de la France…et du Maroc, où il a appris ses gestes d’officier à la poigne de fer, et où, chassé du pouvoir, il est venu, un temps, se réfugier.

Dans ce contexte très instable, guidé par des intérêts géopolitiques complexes, et alors que le Mali voisin venait d’être touché par l’onde terroriste avec l’attaque du Radisson Blu de Bamako, Amnesty International confiait à la jeune baroudeuse esthète, la mission délicate de réaliser une œuvre mémorielle, pour la bonne cause. Calme, accueillante et tolérante, Ouagadougou, épargnée jusqu’ici de la menace islamiste, ne pouvait être le théâtre d’un tel drame…

Morte dans l’oubli de ses deux patries
Grièvement blessée, Leïla Alaoui devait être sauvée par ses deux patries. La sollicitude de l’ambassadeur du Maroc n’aura pas suffi, ni celle d’Amnesty International qui tenait à sa disposition, dit-on, un avion sanitaire pour la rapatrier dès que possible à Paris. Au cœur du Rabat officiel, aucune décision d’urgence n’a été prise. L’éloignement du roi pour ses vacances prolongées à Hong Kong aura peut-être joué de malchance pour la jeune artiste. Le Burkina Faso de l’après-Campaoré aura-t-il rendu l’équation plus difficile pour Rabat ?

A Paris, où ses dernières œuvres sont actuellement présentées au public à la Maison Européenne de la Photographie (MEP), dans le cadre de la première Biennale de la photographie arabe, la tragédie de Leïla Alaoui n’a donné lieu qu’à quelques entrefilets et de rares articles dans la presse française. Furieuse, sa mère a dénoncé l’attitude du « consulat de France à Ouagadougou en dessous de tout ». Sur sa page Facebook, alors que les jours de sa fille étaient comptés, elle a déclaré :
« Je suis une Française très en colère ce matin ! ». Quelques heures plus tard, Leila rendait son dernier souffle.
Dans le flot ininterrompu des messages de condoléances, de compassion et de sympathie qui ont inondé la Toile à l’annonce de sa mort, un Tweet robotique de Fleur Pellerin, ministre de la Culture française, a déchaîné l’indignation envers une France « indigne, cynique, lâche et blanche ». Pendant ce temps, les chaines hexagonales d’infos pleuraient en boucle la seule disparition du romancier Michel Tournier survenue le même jour.
Lors d’une communication téléphonique avec Le Desk, la famille de Laïla Alaoui a insisté pour tempérer les qualificatifs sur les rôles respectifs de la France et du Maroc dans ce drame. « Si certains propos ont été exprimés sur le coup de la colère et du désarroi, ceux-ci ne reflétaient pas exactement la réalité. Il ne serait pas juste aujourd’hui d’affirmer que Leila soit partie dans l’indifférence », précise la famille.

Ali Amar
Source ledesk.ma








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