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A Alger, des généraux ont été freinés par la population dans leur avidité à s'accaparer une parcelle de terrain. Pour la première fois, nos Dieux ont été houspillés et menacés jusqu'à leur faire perdre leur sang-froid. C'est nouveau et ça mérite d'être encouragé.

Les dieux mythiques de l'Algérie ont aujourd'hui des visages, ils dénoncent directement, invectivent et menacent à visage découvert. Ils portent plainte devant les tribunaux et se justifient chaque jour dans la presse. Ils ont donc une existence, se personnifient et se désacralisent. Ils font même état de leur colère, de leur analyse et de leurs craintes, ce qui était encore, il y a quelques années, impensable de leur part.

Ces monstres froids laissent donc transparaître leur agacement, si ce n'est leur profond malaise, alors qu'ils ne se seraient jamais abaissés autrefois à répondre directement et aussi abondamment. Signe des temps, les généraux algériens ne semblent plus reclus dans une cité interdite où leur pouvoir se nourrissait du fantasme et de l'occulte.

Silhouettes furtives, ils étaient reconnaissables dans les cérémonies officielles par leurs célèbres Ray-Ban et les courbettes qu'ils font au Président du moment. Un rôle de paravent dangereux pour ces derniers puisque c'est eux qui font "démissionner" ou qui "écartent", un mot bien imagé.

Cette descente des dieux dans le monde séculier des Algériens est l'un des signes qui peut faire entrevoir l'espoir qu'un jour ils se débarrasseront de leur tutelle sanglante et mafieuse. Habitués depuis trop longtemps à ce que leur apparition crée autour d'eux le silence et la servilité que suggère la terreur, ils ne peuvent concevoir qu'il puisse en être un jour autrement. A ce nouveau jeu qu'ils sont contraints de jouer, peut-être avons-nous enfin une petite chance.

J'ai été l'un des premiers a les interpeller et à les menacer directement dans un article du quotidien El Watan, il y a vingt quatre ans, dans mes fonctions au sein d'un parti politique. Immédiatement après, deux policiers se sont présentés au siège national, à Alger.

Les généraux ne s'abaissaient pas à répondre directement, ils donnaient des instructions au parquet d'Alger qui lançait une demande d'information (le mot exact est intimidation). Leurs serviteurs étaient nombreux et très zélés. J'ai eu de la chance car au lendemain de la soi-disant ouverture politique de 1991, les généraux n'osaient pas trop se mettre en avant bien que personne ne doutait qu'ils avaient le droit de vie ou de mort. Quelques années auparavant, ils auraient donné réalité à ce pouvoir mais, également, quelques années auparavant, un papier de ce genre n'aurait jamais paru.

Ils ont assassiné, ils se sont gavés financièrement jusqu'au vomi et ils ont bloqué l'avancée démocratique et intellectuelle d'un beau pays. Ils sont les responsables d'un pillage et d'un désastre sans nom. Un jour ou l'autre, ils seront obligés de s'expliquer judiciairement. L'Algérie ne pourra pas faire l'économie de cette remise à plat judiciaire pour pouvoir aller de l'avant.

Il est impossible d'admettre que leur butin de guerre et pillage représente, pour certains d'entre eux, des dizaines de siècles de salaire d'un fonctionnaire. Et sans compter ce qui a été mis à l'étranger.

En 1991, à notre retour en Algérie, on nous avait dit qu'ils ne feraient plus de politique. J'en ai eu la preuve concrète qu'il n'en était rien. Puis des années après, on m'a dit que j'avais un "fantasme" envers les militaires et qu'ils n'étaient plus le problème de l'Algérie. A près de cent dollar le baril, je comprends que cela rende sourd et aveugle les algériens. Pendant de longues années et des dizaines d'articles les condamnant, on m'a dit que je délirais contre des fantômes.

La péripétie d'Alger sur l'affaire foncière et la réaction des généraux contre la population prouve bien que s'ils se sont fait discrets pendant quelques années, c'est que la finance et l'accumulation du capital les accaparaient à autre chose. Ils sont là et bien là et à moins qu'on ne les éradique totalement, l'Algérie vivra dans une infection monstrueuse et sans avenir.

Nous avons eu des colonels puis ensuite des généraux et puis encore des généraux-majors. Remercions le ciel que le pétrole se négocie à cinq fois moins que son cours ancien car nous aurions eu des maréchaux d'empire et peut-être même, des empereurs. Nous l'avons échappé belle !

Ils ont été stoppés par une population qui ne supporte plus leur mainmise sur la terre algérienne, dans le sens premier comme figuré. On ne peut plus accaparer des terrains sans peur et sans conséquences, pas plus que tout autre bien qui n'appartient pas à ces rustres.

L'Algérie n'a que deux choix possibles, se débarrasser une fois pour toute de cette gangrène qui la ronge ou continuer à se soumettre à des mafieux. L'affaire relatée dans la presse me laisse penser, qu'enfin, des citoyens se lèvent et s'opposent à eux. Il était temps !

Sid Lakhdar Boumédiene
Enseignant
Lematin.Dz



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