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En seize ans de règne de Mohammed VI, il s’agit de la plus grande vague de nominations d’ambassadeurs -près de 70- jamais effectuée par le royaume. 

Tant par son envergure que par la qualité des personnalités désignées, ce mouvement est sans conteste l’expression d’une volonté de rupture avec une certaine léthargie dans laquelle semblait être plongé l’appareil diplomatique marocain depuis cinq ans.

La nomination d’un diplomate chevronné, Nasser Bourita, comme ministre délégué aux Affaires étrangères, sonne comme une volonté de dé-corréler le sujet hautement stratégique de la diplomatie marocaine des soubresauts partisans qui ne manqueront pas de refaire surface à l’approche des élections législatives d’octobre prochain.

Sur le plan symbolique d’abord, il n’aura échappé à personne que cette nomination a été annoncée depuis Laâyoune, où se tenait un conseil des ministres samedi 6 février.

Il faudrait être naïf pour ne pas y voir un signal de la prééminence du dossier du Sahara dans la politique étrangère du royaume, d’autant plus que des pays membres du Conseil de sécurité -Etats-Unis, Royaume-Uni- voient l’arrivée de deux poids lourds en les personnes de la princesse Lalla Joumala à Washington et d’Abdeslam Aboudrar à Londres.

L’Union Européenne, stratégique sur tous les plans, accueillera quant à elle un ancien ministre de l’Industrie, Ahmed Réda Chami. Ce dernier, nommé ambassadeur du Maroc auprès de l'UE, aura fort à faire à Bruxelles, pour résoudre une multitude de sujets brûlants mêlant à la fois politique et enjeux économiques.

Washington et Londres en première ligne

En désignant Lalla Joumala aux Etats-Unis, Mohammed VI réaffirme la nécessité de "bétonner" l’axe transatlantique Washington-Rabat en y plaçant une personnalité avec laquelle un fil direct permanent est installé. Après le passage réussi de la princesse à Londres, ceci constituera, à n’en pas douter, un atout précieux à la fois pour inscrire l’agenda américain du Maroc sur les temps longs, tout en se ménageant une forte réactivité en cas de survenance d’une crise.

Alors que la thématique des droits de l’Homme est devenue consubstantielle au règlement du dossier du Sahara, l’arrivée d’Abdeslam Aboudrar, ancien opposant de gauche et ancien patron de l’Instance de lutte contre la corruption (ICPC), illustre la volonté de prendre à bras-le-corps ce sujet sensible, en confiant à cette personnalité la mission d’incarner la volonté du Maroc d’affronter tous les sujets, même les plus difficiles.

Au delà de ces nominations, emblématiques de la nouvelle dynamique que le Maroc souhaite insuffler à sa diplomatie, il convient également de souligner le parti pris de nommer des personnalités militantes auprès des pays du nord de l’Europe, telle Amina Bouayache – ancienne patronne de l’Organisation marocaine des droits humains (OMDH)- et Khadija Rouissi, militante des droits humains engagée, qui iront respectivement en suède et au Danemark. On peut y voir la volonté de réitérer l’"expérimentation" effectuée avec succès quand le Maroc avait dépêché en Suède la chef de file du Parti socialiste unifié (PSU) Nabila Mounib, militante de gauche peu adepte de la langue de bois, pour tenter de désamorcer la crise entre Stockholm et Rabat.

Retrouver substance et cohérence?
De manière globale, la diplomatie marocaine avait besoin d’un coup de fouet pour retrouver à la fois de la substance et de la cohérence. La vague géante de nominations constitue à ce titre un pari en misant sur l’inclusion de personnalités fortes, dont certaines sont issues de la société civile, afin d’opérer un rafraichissement de la politique étrangère du royaume. Reste toutefois une inconnue au niveau de l’interaction entre les nouveaux venus avec une administration des affaires étrangères réputée peu encline à absorber des personnalités qui ne serraient pas issues de son sein.

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