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Un peuple qui ne lit pas est un peuple qui ne vit pas. Et je ne suis pas le seul à le dire. Le grand écrivain français Daniel Pennac–qui, soit dit en passant, est né à Casablanca- a écrit un jour cette superbe phrase qui doit être gravée en lettres d’or sur les frontons de tous nos établissements.

Si vous vous attendez, en lisant ce titre, à ce que je vous parle de religion, de paradis et d’enfer, je suis désolé de vous décevoir, mais je suis vraiment très mal placé pour le faire. Et puis, comme vous savez, en ce moment, il vaut mieux laisser ces choses-là de côté car il y a tellement de gens qui ne s’y connaissent pas plus ni mieux que moi, mais qui s’en mêlent quand même. Ce qui entraîne parfois des conséquences pas toujours très gaies.

Non, moi je voudrais juste vous parler du Siel – Le Salon International de l’Édition et du Livre – qui vient de fermer ses portes, après les avoir ouvertes durant 10 jours fermes. Et durant tout ce temps, des milliers, que dis-je, des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes de tous genres et de tous sexes – les grands les petits, les jeunes, les moins jeunes, les vieux, les gamins, les barbus, les imberbes, il y a même des clowns, je vous le jure. Tous l’ont visité en long et en large et surtout en travers. Moi-même, je m’y suis hasardé 2 fois, dont une dimanche dernier qui était le dernier jour avant la fermeture.

Je m’étais dit comme c’est dimanche et qu’il fait beau, les gens allaient plutôt partir pour participer aux divers concours de carnivores qui sont organisés, comme tous les dimanches, dans les 4 coins de Casablanca-Extension à pratiquement 40 kilomètres à la ronde. J’étais sûr que les Casablancaises et les Casablancais, comme je les connais, n’allaient pas rater l’occasion d’aller transpirer dans des bouchons fumants et de faire la queue pendant des heures avant de pouvoir enfin déguster leurs grillades cuites au charbon de bois de Jerada et leur tagine de mouton au gout de brebis et de poulet beldi aux hormones.

Et bien non! Manifestement, tout le monde s’était donné rendez-vous au Siel, d’abord apparemment, pour manger, parce que, quand je suis arrivé, le parterre de l’esplanade était plein à craquer de gens affamés avec dans les mains des sandwiches dégoulinants de sauce multicolore, des cornets de chips huileux et des beignets difformes au sucre et à la confiture. Au fait, qui a dit que la culture était comme la confiture?

Mais, passons, parce que là n’est pas la question. Et après, quand on pénètre dans le Palais – quel grand mot pour un si petit et si peu accueillant espace, on est sur une autre planète. Ils l’ont appelé Siel, mais ils auraient pu aussi bien l’appeler Cave ou Grenier.

C’est simple: c’était noir de monde. J’avais l’impression de me retrouver 40 ans en arrière au temps de la Foire Internationale qui servait à l’époque de défouloir public annuel. Je vous jure qu’il y avait tellement de monde que j’avais un mal fou à voir les bouquins. Ah au fait, j’ai oublié de vous dire: ce Salon a pour objectif de promouvoir le livre et la lecture. Et oui! Oui, mais permettez-moi d’être sceptique. Tenez: je vais vous donner le fond de ma pensée et je vous assure que je suis de bonne foi. Nous sommes, si je ne m’abuse, à la 22ème édition de cette honorable manifestation.

Alors, je voudrais bien que quelqu’un m’explique pourquoi, malgré cet événement récurent, et malgré la présence tous les ans de tous ces éditeurs, tous ces libraires, et tout ce public, bref de tous ces marchands ambulants et tous ces promeneurs de dimanche et de tous les jours de semaine, malgré tout ce beau monde, nous avons encore si peu de gens qui achètent des livres et qui les lisent? Ce n’est pas moi qui suis nihiliste, ce sont mes concitoyens, ou si vous préférez, la majorité d’entre eux, qui sont nuls parce qu’ils ne lisent pas.

Voilà, je l’ai dit. Maintenant, vous faites ce que vous voulez. Quant à moi, j’ai toujours été intimement convaincu qu’un peuple qui ne lit pas est un peuple qui ne vit pas. Et je ne suis pas le seul à le dire. Le grand écrivain français Daniel Pennac – qui, soit dit en passant, est né à Casablanca. Comme quoi… - a écrit un jour cette superbe phrase qui doit être gravée en lettres d’or sur les frontons de tous nos établissements scolaires et universitaires, souvent producteurs de gens incultes et aigris et de diplômés chômeurs et râleurs:
« Le temps de lire, comme le temps d'aimer, dilatent le temps de vivre »
Tout est dit et je n’ai plus rien à ajouter.

Maintenant, si vous voulez qu’on revienne au sujet de la religion et à certains gens du livre qui en font parfois un très mauvais usage, je vous dirais que si on avait inculqué à ces gens-là l’amour du livre et la passion de la lecture, et donc le savoir et l’ouverture d’esprit, on n’en serait peut-être jamais là.

En tout cas, c’est mon avis, et comme disait l’autre, je le pense et donc je le suis.

Tiens! Je viens de me rendre compte que cette fois-ci, je n’ai pas parlé de politique. Ce n’est pas grave de changer un peu. On en parlera la prochaine fois. Et, entre nous, avec le peu qui se passe… Bon, en attendant, je vous dis vivement le réveil de la lecture dans notre pays et vivement mardi prochain.

Par Mohamed Laroussie
Le360.ma








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