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Un médecin marocain a caressé le rêve de soigner gratuitement ses malades. Et le rêve a été brisé. Évidemment, serait-on tenté d’ajouter.

Au Maroc, la médecine a toujours roulé à deux vitesses. Il y a les riches et plus généralement les «couverts » (par une assurance), qui restent une minorité, et puis il y a les autres. Les problèmes ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Pour la première catégorie, celle des riches et des «couverts», le problème s’appelle l’offre, avec une qualité des soins généralement insuffisante malgré les progrès effectués par le secteur privé. 

Ceux qui en ont les moyens sautent dans le premier avion pour Paris, pour une simple consultation médicale. C’est à cette catégorie que s’adresse la réforme de la libéralisation des cliniques, dont le capital est désormais ouvert aux non professionnels de la santé.

Cette réforme a fait couler beaucoup d’encre. L’ouverture du capital des cliniques, qui est une mesure ultra libérale, fait de ces structures de santé des entreprises à part entière, tenues par l’obligation de résultat. Sur le plan des soins, elle améliore la qualité des prestations déjà disponibles pour les «couverts» mais n’apporte rien aux autres. Cela montre à la fois ses avantages et ses limites.

Polémiquer à ce sujet revient à polémiquer sur le TGV. Il y aura toujours les pour et les contre. Améliorer une clinique ou un train est toujours un plus apporté au consommateur…qui en a les moyens, tant pis pour les autres.

Mais tout cela ne concerne qu’une minorité de Marocains. La majorité reste sans couverture médicale. Depuis que la gratuité des soins a été remise en cause, notamment dans les décennies 1980-1990, les pauvres et les sans couverture sont restés à quai. Il y a bien eu le fameux certificat d’indigence, mais dont les conditions d’octroi ont été trop souvent dévoyées, se transformant en moyen de pression et de chantage entre les mains de l’administration. Il y a eu par la suite la fameuse AMO et le Ramed, des solutions plus sérieuses, mais dont l’extension avance à un rythme trop lent pour couvrir les besoins de la majorité des Marocains.

On en est donc là. C’est dans ce contexte inégalitaire, avec une offre disparate, et de gros fossés entre le public et le privé, ensuite au sein du privé lui-même, qu’il faut placer la récente polémique du docteur Zouhair Lahna. De quoi s’agit-il ? Un chirurgien philanthrope, agissant entre autres pour le compte de Médecins sans frontière, décide de revenir au Maroc pour créer un centre médicosocial destiné aux pauvres et aux réfugiés, essentiellement syriens. Le centre dispense des soins gratuits.

Il n’a fallu que quelques jours pour que le ministre de la Santé ordonne la fermeture du centre, «pour non autorisation». «Faux», crie le chirurgien. Qui croire dans cette affaire ?

Il est possible de croire la version du ministre de la Santé marocain, qui s’accroche à la légalité comme à une bouée de sauvetage. Mais il est possible, aussi, de croire que c’est la gratuité (dans un pays où la santé n’est pas gratuite) qui a mobilisé les lobbies qui ont fait fermer le Centre médicosocial, ce qui est beaucoup plus grave.

Le pire dans cette histoire, c’est que l’on a entendu le point de vue de tout le monde, sauf celui des premiers intéressés : les «démunis», auxquels ce Centre était destiné. Ils sont une majorité mais ils n’ont pas droit à la parole, parce que personne ne les représente. Quel dommage ! 
Le360.ma






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