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L’histoire du Maroc est riche et belle, mais à condition de la lire telle qu’elle est. Et d’en débattre sans risquer l’anathème. Ce qui n’est malheureusement pas souvent le cas.

Samira Sitaïl a jeté un pavé dans la mare en déclarant à une radio marocaine: « Le Maroc n’est pas un pays arabe ». Cette phrase contient une affirmation très forte. Très forte, mais très violente aussi. Elle n’est pas dénuée de sens pour autant.


Mais il faut beaucoup de calme et de sérénité pour la digérer tranquillement, loin de toute considération idéologique.

Ceux qui ont eu la chance et surtout le courage (parce qu’il en faut) de plonger dans l’histoire du Maroc, qui n’est pas toujours écrite ni enseignée, connaissent la complexité de cette question de l’arabité.

Les amalgames à ce sujet sont aussi nombreux que dangereux. Le fait que l’islam soit arrivé au Maroc en même temps que les conquérants arabes crée une adéquation «arabité – islam» qui a fait du mal à l’histoire de ce pays. Elle a fait mal parce qu’elle a effacé, ou réduit au strict minimum, l’histoire anté-islam et anté-arabe du Maroc.

Dans les manuels de l’éducation nationale, on apprend à nos enfants que le Maroc est un pays arabe et musulman, dont les habitants originels (comprenez avant l’avènement de l’islam) étaient les berbères fils de Mazigh. Point à la ligne. Pour en savoir plus, ne comptez surtout pas sur les manuels de l’éducation nationale mais allez plonger dans les archives et les livres, généralement très peu diffusés, dédiés à l’histoire du Maroc.

Je discutais récemment avec un groupe d’amis chercheurs autour d’une question: l’arabité, notre arabité. J’ai demandé: en quoi sommes-nous Arabes? L’avons-nous toujours été? Et puis, à la base, que veut dire l’affirmation «être arabe»?

J’avais en face de moi des gens qui ont parfaitement digéré l’histoire du Maroc. Ils n’avaient pas tous les mêmes réponses. Il y a eu débat. Et dans un débat, les réponses et les opinions sont très souvent contradictoires.

Une lecture idéologique rapide de l’histoire du Maroc nous fait dire sans hésitation: nous sommes Arabes et puis basta. Passons à autre chose. Cette lecture idéologique a probablement servi, à un moment ou à un autre de l’histoire marocaine, pour fédérer les Marocains sous la bannière de l’identité arabe. Mais ce n’est qu’une construction.

L’histoire universelle nous a toujours appris qu’il ne sert à rien d’effacer une identité pour construire une nouvelle à la place. Les identités ne sont pas des immeubles que l’on peut détruire et reconstruire à tout moment. Ce sont des accumulations, c’est un processus en perpétuelle évolution mais dans lequel rien ne se perd.

La constituante arabe de l’identité marocaine est essentielle. Mais elle ne doit pas occulter la constituante amazighe. Ni la juive. Ni l’africaine, voire maghrébine.

Si une partie des Marocains ignore cela, ce n’est pas le fait du hasard mais de l’enseignement et de l’éducation qu’on leur dispense, et qui sont totalement biaisés.

Madame Sitaïl a eu le courage de secouer le cocotier, ébranlant au passage des certitudes mal posées. Son affirmation n’est pas une déclaration de guerre (mais contre qui, pardi?), mais une invitation à relire les pages de notre histoire. Une histoire riche et complexe, qui fait notre fierté mais à condition de la lire telle qu’elle est. Et d’en débattre sans risquer l’anathème. N’est-ce pas?

Par Karim Boukhari

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