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Durant l'émission bimensuelle de débat public « Daif Al Oula », animée par Mohamed Tijini, et diffusée le mardi 22 mars 2016, la question de la participation et de la représentation politique par rapport au Maroc des citoyens marocains résidant à l’étranger, s'est invitée deux fois, par dérision et ironie, puis par légèreté et désinvolture.

Dérision et ironie
La première fois, quand l'animateur de l'émission demanda à Talbi AlamI, « Daif Al Oula » en tant que président de la Chambre des Représentants et membre du bureau politique du Rassemblement National des Indépendants (RNI), ce qu'il souhaitait qu'on retienne de lui après sa présidence de la Chambre des députés. Sa réponse au journaliste fut sur le ton non pas de l’humour, mais visiblement de l'ironie et de la dérision dans sa démarche concernant les droits politiques par rapport au Maroc des citoyens marocains à l'étranger : « mon souhait est que la Jaliya participe aux élections législatives, aient ses députés et que vous soyez président de la Chambre des Représentants. »

Le président de la Chambre des Représentants pensait ainsi s'en sortir à bon compte, en évacuant de la sorte à l’avance, un des sujets sensibles auquel il pouvait avoir à donner son point de vue. Ne se laissant pas déstabiliser et en journaliste professionnel, l'animateur de l'émission revint sur ce dossier, en demandant quelques instants plus tard pourquoi le débat autour des trois propositions de loi concernant la députation des MRE et déposées par l’USFP, l'Istiqlal et le PJD, a été stoppé à la demande du gouvernement, mais celui -ci ne veut pas le reprendre.

Sur ce point, le président de la Chambre des Représentants s'est contenté de renvoyer la balle vers le président de la Commission de l'Intérieur qui a seul selon lui (avec le bureau de la commission), les prérogatives de programmer la discussion, sans que personne d'autre ne puisse y interférer.

Or, s'agissant des trois propositions de lois, il y a lieu de rappeler qu’elles ont bien été programmées, que le débat général et la discussion article par article ont bien eu lieu, mais au moment où le gouvernement devait nécessairement donner son point de vue, il a demandé qu'on reporte momentanément la discussion, compte tenu du fait qu'à l’époque, il fallait préparer en priorité les élections communales et régionales. Or ceci remonte à plus de 15 mois !!!

Responsabilités du président de la Chambre des députés
Voilà pourquoi , il nous semble que le président de la Chambre des Représentants a un rôle primordial à jouer , celui d'intervenir auprès du gouvernement pour que celui-ci assume ses responsabilités , qu'il respecte l'institution constitutionnelle qu'est le Parlement , et que pour sauvegarder la crédibilité du travail parlementaire , les débats sur les textes doivent aller jusqu'à leur terme , quitte à ce que le gouvernement et / ou la majorité rejette les propositions de loi en question , au moment du vote ...

L'interpellation du président de la Chambre des représentants concernant les propositions de lois MRE nous paraît donc toujours valable, au moment où il s'agit d'établir un plan de travail parlementaire pour apurer l'arriéré législatif, à quelques mois seulement de la fin de la présente législature. A ce propos , rappelons aussi que quatre propositions de loi sur le CCME , en vertu de l'article 163 de la Constitution , végètent pour certaines d'entre elles depuis trois ans dans les tiroirs de la Commission des Affaires étrangères relevant de la Chambre des Représentants , et sans qu'entre temps , le gouvernement , en l'occurrence le ministère chargé des Marocains résidant à l'étranger et des affaires de la migration , n'ait déposé officiellement au parlement , un projet de loi en la matière .



Légèreté et désinvolture
Par ailleurs, à la question de savoir si, d'ici le 7 octobre 2016, il y' aura une législation donnant la possibilité pour les citoyens marocains résidant à l'étranger de participer à ces élections et d'être représentés à la Chambre des députés, la réponse du président de la Chambre des Représentants a été très évasive : " le Bien est devant nous (traduire : il faut être optimiste). Si vous ne participez pas maintenant, vous participerez après. Nous luttons et militons tous pour atteindre cet objectif."

Drôle de manière de mener un combat citoyen, en traitant avec dérision et désinvolture la question des droits politiques par rapport au Maroc des citoyens marocains résidant à l'étranger !!! Dossier qui traine depuis des années, en raison des positions anti-participationnistes des divers partis politiques qui ont participé aux divers gouvernements, depuis celui du gouvernement de l’alternance consensuelle jusqu'à nos jours, sachant qu'entre temps, certains se sont rattrapés en déposant des propositions de lois en faveur de la représentation parlementaire des MRE. Les seules réponses qu'on entend de nos jours du gouvernement Benkirane, sont les suivantes : il y'a des problèmes techniques et logistiques ; c'est contraire à l'article 17 de la Constitution ; la situation n'est pas propice et mûre, cela se fera mais il faudra attendre un délai qu'on ne peut fixer...

Maintenant que certains de ces arguments inconsistants sont repris par le président de la Chambre des Représentants , où allons-nous !?

Abdelkrim Belguendouz
Universitaire à Rabat, chercheur spécialisé en migration








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