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Ce n’est sûrement pas fortuit que ces deux mots – fou et foot – soient si proches. À mon avis, aimer le foot, c’est bien, mais de là à l’aimer à en mourir… Bien sûr, je voudrais vous parler de ce drame, le énième et, hélas, probablement pas le dernier, qui a eu lieu samedi dernier à Casablanca.

Il est des sujets qui vous suivent, vous poursuivent, vous harcèlent et finissent par s’imposer à vous comme des invités qui s’introduisent chez vous alors que vous ne les avez pas invités. Non, je ne déteste pas le foot, bien au contraire, j’aime bien voir de temps en temps un beau match entre de belles équipes, avec de bons amis et, pourquoi pas, de bonnes amies. Mais là, s’arrête mon « amour » pour le foot. Même si je ne suis pas un passionné, je n’ai jamais considéré cela comme une tare. Et c’est pour cette raison que je n’arrive jamais à comprendre pourquoi certaines personnes, je devrais dire des millions de personnes, voire beaucoup plus, dont beaucoup de mes plus proches, deviennent comme des enragés dès qu’ils parlent de foot. C’est simple: ils deviennent presque fous.

Quand j’ai appris la terrible nouvelle de la mort de trois personnes et surtout après avoir vu les images affreuses des combats qui se sont déroulés dans les gradins, je me suis dit que les responsables ne sont pas, encore une fois, ceux que l’on voit, mais bien ceux qui n’ont rien fait pour que cela n’arrive pas.

Ne me demandez pas qui sont ces responsables, je ne les connais pas et je ne veux pas les connaître, mais eux se reconnaîtront. D’abord, cette histoire de bagarre de leadership entre supporters d’une même équipe ne tient pas la route, ou du moins, elle n’est que la partie visible du volcan. Et je ne crois pas si bien dire puisque certains scientifiques définissent le volcan comme une « soupape de sécurité qui permet à la terre d'évacuer son trop-plein d'énergie ». Voilà, tout est dit.

Si vous n’avez pas encore compris ou bien si vous ne voulez pas comprendre, je vais essayer d’être plus précis : beaucoup de ceux qui vont tous les dimanches dans les stades n’y vont pas pour assister à des matches de leurs équipes favorites, mais pour se défouler, décompresser, ou, comme dit la définition, « pour évacuer le trop plein d'énergie ». C’est la vérité que nous connaissons tous, mais que nous occultons par cécité volontaire, c’est-à-dire par lâcheté. Nous connaissons cette vérité depuis toujours mais nous préférons ne rien dire et fermer les yeux à chaque fois sur toutes ces tribunes saccagées, tous ces bus endommagés, toutes ces vitrines cassées et toutes ces voitures fracassées.

Cela fait plusieurs années que des incidents plus ou moins graves se déroulent presque tous les week-ends dans et autour des stades, et à chaque fois, on palabre, on répare ce qui est réparable, et on recommence comme en 14. Alors quand j’entends, depuis deux ou trois jours, tous ces « spécialistes » qui commentent, analysent, et déduisent « qu’il est temps de prendre des mesures », je ris. Un rire nerveux car, vraiment, il n’y a pas de quoi rire. Un jour, ils ont affirmé que la solution était de construire des stades éloignés du centre-ville. Oh la belle découverte ! Mais qu’est-ce que cela va changer ? On va déplacer le problème sans le résoudre, lequel problème non résolu va se retrouver très vite au cœur de la cité et ce sont les citoyens, comme d’habitude, qui vont payer les pots cassés.

Ensuite, ils ont pensé avoir trouvé mieux et plus économique : comme le stade est trop grand, on allait limiter l’entrée à 20.000 spectateurs « seulement ». Mais de qui se moque-t-on ? On peut ne laisser entrer que 100 personnes, mais si parmi elles, il y a 50 voyous bourrés, drogués, affamés et comprimés comme une cocotte-minute, c’est largement suffisant pour provoquer un massacre, et c’est ce qui vient d’arriver.

Alors, de grâce, arrêtons de nous mentir et ayons le courage d’avouer que le mythe du sport, ou même de la religion, comme opium du peuple, c’est fini. Aujourd’hui, soit nous trouvons de vraies solutions aux vrais problèmes de cette jeunesse désœuvrée et livrée à elle-même, soit nous risquons d’en subir directement les conséquences. Comment ? Qui ça nous ? Nous qui prétendons tout savoir, nous qui sommes instruits, nous qui dirigeons, d’une manière ou d’une autre, ce beau pays ou bien qui soutenons ceux qui le dirigent ou bien qui nous opposons à eux en voulant prendre leur place, bref, nous qui aimons nous faire appeler « l’élite ».

Nous sommes les seuls à pouvoir agir pour que plus jamais il n’y ait de morts ni de blessés dans nos stades et pour que le foot soit réellement un sport de partage et non, comme cela arrive parfois chez nous, comme un spectacle de rage.

En attendant, je vous dis vivement la fin des drames dans les stades et vivement mardi prochain.

Par Mohamed Laroussi
Le360.ma


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