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Le monde nous juge, pendant que nous jugeons les homosexuels et les homophobes de Béni Mellal.

Nous avons évoqué la semaine dernière l’affaire dite des homosexuels de Béni Mellal. Cette histoire s’exporte et voyage si vite qu’elle est devenue notre pire ambassadeur auprès du monde. Parce que personne ne comprend la violence et l’ostracisme communautaire dont ont été victimes deux individus cachés chez eux, et dont le «crime», tout le crime, est d’être homosexuels.

Nous ne le réalisons peut-être pas assez, mais nous sommes en train d’être jugés par l’opinion mondiale. Le procès de Béni Mellal «parle» à tout le monde parce qu’il est aussi celui de la liberté individuelle (et l’homosexualité en est une, qu’on le veuille ou non) opposée à la résistance violente de la communauté.

Derrière la bataille juridique qui se joue au tribunal, il y a une autre bataille, qui anime les rues et les quartiers de Béni Mellal où une partie de la population est en train de prendre fait et cause… pour les homophobes qui ont agressé, déshabillé et filmé le couple à son domicile.

Questions : que se serait-il passé si le juge avait eu le courage de relâcher les victimes et d’incarcérer les agresseurs ? Quelle aurait été la réaction de la ville, du quartier, du voisinage ? Questions gênantes, et effrayantes, n’est-ce pas ?

Il y a bien sûr d’autres questions qu’il est utile de se poser, et tant pis si les réponses font mal. Que deviendrait la vie des deux homosexuels, une fois relâchés ? Ont-ils encore une vie, un avenir, chez eux, dans leur quartier, leur maison, parmi leurs voisins ? Vers où et vers qui ils se tourneraient, sachant que l’environnement qui s’offre à eux risque d’être immédiatement hostile ?

Le malaise lié à cette affaire vient du fait que nous ne sommes pas en face d’un simple dérapage ou d’une petite poussée de fièvre. Le problème est chronique et structurel parce qu’il renvoie aussi bien aux tares du code pénal qu’à celles de notre éducation.

Si chacun de nous s’amusait à effectuer un micro-trottoir autour de lui, dans la ville ou le quartier où il habite, le résultat du mini sondage sur l’affaire de Béni Mellal serait déprimant. Sur des questions liées à la sexualité et aux droits individuels en général, beaucoup de nos concitoyens accumulent les mauvais réflexes et témoignent d’une mentalité rétrograde.

C’est cela notre réalité et le travail de restauration et de mise à niveau ressemble à un chantier colossal. Mais ce n’est pas une raison pour baisser les bras. Ce travail de fond doit être entrepris. Il faut changer ce qu’il est possible de changer, à commencer par deux paramètres essentiels : le code pénal et les manuels scolaires. Changeons la littérature que l’on enseigne à nos enfants, changeons l’arsenal que l’on donne à nos juges pour nous «corriger». Sans cela, les mentalités resteront bloquées au moyen-âge.

Mais il faut du courage politique pour y arriver. Et le courage, il ne faut pas l’attendre mais le provoquer.

Des associations marocaines ont décidé d’unir leurs efforts pour soutenir les victimes de Béni Mellal. C’est une initiative qu’il faut saluer parce, jusqu’à un passé récent, rares sont ceux qui ont osé défendre à visage découvert les droits de la minorité homosexuelle au Maroc.

Par Karim Boukhari
Le360.ma

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