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Comme chaque année, le 7 avril est décrété journée de la santé par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Des manifestations de sensibilisation sont organisées dans le monde entier visant à informer l’opinion publique sur la morbidité, la mortalité et la souffrance.

Le capital immatériel le plus précieux de l’Être vivant est sa santé. Le constat mondial est alarmant : la majorité de la population ne bénéficie toujours pas des conditions de vie nécessaires au maintien d’une bonne santé. Les infrastructures sont souvent déficientes et l'accès aux soins reste très difficile. Si un nombre restreint de personnes bénéficie d'infrastructures de santé accessibles, la majorité est obligée de renoncer aux soins les plus élémentaires.

Au cours des deux derniers siècles, la science a réalisé d’énormes progrès dans la lutte contre les maladies. Toutefois, avec la modernité, les maladies contagieuses ont la possibilité de se propager plus loin et plus vite que jamais. Les antibiotiques qui guérissaient auparavant des maladies infectieuses n’ont plus nécessairement d’effet aujourd’hui. Des maladies non transmissibles et non infectieuses font des ravages comme les maladies cardiovasculaires, les cancers, les maladies respiratoires, l’obésité, le diabète, les maladies neurologiques, l’Alzheimer, l’autisme …

L’environnement est aussi un facteur déterminant sur la détérioration de la santé publique. Les maladies chroniques se développent à cause de la contamination chimique de notre environnement, notamment par les perturbateurs endocriniens, mais plus globalement tout notre mode de vie, notre alimentation avec une nourriture ultra transformée, nos transports avec la pollution atmosphérique, et le contexte social (relation au travail, inégalités, précarité, etc.).

Le Maroc ne déroge pas à ces règles au point de vue santé publique. Les inégalités en matière de santé et de recours aux soins se traduisent par de fortes disparités en matière d’offre de soins, des difficultés de prise en charge des malades, une méconnaissance des droits des patients, un faible impact des campagnes. Les inégalités de santé affectent singulièrement les populations les plus vulnérables et contreviennent aux principes d’égalité et de non-discrimination.

Le Régime d’Assistance Médicale (RAMED) est un bilan en demi-teinte. Quatre ans après sa généralisation, la pénurie en ressources humaines et la rareté de certaines spécialités médicales entravent l’extension de l’offre. Contrairement aux prévisions initiales, la part, censées participer au financement du régime n’a pas dépassé 17%, ce qui complique davantage la problématique de la pérennité du financement du système. La multiplication des régimes de couverture, tous gérés de façon indépendante, n’offre pas une grande visibilité. Il serait impératif, comme le préconise l’Agence Nationale de l’Assurance Maladie (ANAM), d’organiser une régulation de tous ces régimes et d’en améliorer et professionnaliser la gouvernance.

Malgré la dynamique engagée par les pouvoirs publics pour améliorer le secteur de la santé au Maroc, les malades ont toujours des difficultés d’accès aux soins et aux services de la santé. L’opinion publique ne cesse de dénoncer le déficit de la médecine en ressources humaines et financières, la perte de confiance dans le système médical, l’absence de gouvernance à tous les niveaux de gestion (politique, économique et administrative). A cela, il faut ajouter la corruption qui gangrène les professionnels de la santé et qui rend malade le secteur malgré la lutte engagée contre la corruption dans les hôpitaux.

L’égalité d’accès aux soins s’est réduite avec l’ouverture du secteur aux capitaux privés. Si le corps médical admet que ces derniers ont un plateau technique plus étoffé que celui des hôpitaux publics, l’éthique laisse à désirer avec une surfacturation des soins, garantie exigée avant toute admission, paiement au noir systématique même quand tout est pris en charge, surmédication, voire, plus grave, recours quasi systématique à certains actes chirurgicaux. La sous-traitance bat aussi son plein dans les hôpitaux publics. Malgré un bilan plus que négatif de la privatisation de certains services, le ministère de la santé continue de privatiser d’autres fonctions au sein des hôpitaux. Face aux très faibles investissements dans les hôpitaux publics, ces méthodes vont se multiplier

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) situe le Maroc parmi les 57 pays du monde souffrant du déficit de la protection sociale. Cette situation est la conséquence de l’austérité budgétaire en vigueur depuis 1980. Les choix opérés depuis trente ans en matière de santé ont échoué. Les mesures prises depuis quatre ans pour assurer en douceur le retrait de l’État du secteur ont montré leurs limites. Pour rompre avec cette spirale, il faut mettre fin à l’illusion que le secteur privé, peut résoudre les problèmes de santé au Maroc.

Le Maroc peine à se doter d’un système de santé publique à la hauteur des aspirations de sa population. Alors que de lourdes échéances se profilent en relation avec un vieillissement démographique accru et une tendance à un peuplement de plus en plus inégal du territoire. Il faut changer de politique ! Il faut « panser » les services de santé publics, les rendre équitables et universels pour mettre fin aux inégalités dans l’ensemble du royaume.

Docteur Abdelhadi ZAHOUANI
Président de Autism Research Morocco (ARM)
Nutritionniste (PhD), Pharmacologue (PharmaD) et Directeur des affaires médicales du Groupe International Pnk, diplôme Inter Universitaire Données actuelles sur l'autisme (CHU Cochin, Paris)






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