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Riad Hijab, leader de taille ou homme de paille ? Ses plus farouches ennemis n’auraient rêvé meilleure scarification morale. Le Président du « Haut Comité des Négociateurs » aux pourparlers de paix sur la Syrie pâtit d’un handicap dirimant du fait de son nom patronymique.

« Nous sommes de ceux qui disent NON A l’OMBRE », Aimé Césaire  

Riad Hijab : Son prénom Riad fait référence à la capitale saoudienne, non son port d’attache mais son lieu d’enchaînement, et son nom de famille Hijab, (le voile), le symbole absolu de l’obscurantisme wahhabite. Au point que les médias arabes, par dérision, désignaient la délégation de l’opposition syrienne pro wahhabite de « wafd riad » (délégation de Riad); une expression amphibologique qui désignait tout à la fois et le commanditaire saoudien et le commandité syrien.

Joke journalistique, « Wafd Riad » a affolé les réseaux sociaux et plongé dans l’hilarité une grande fraction de la communauté des locuteurs arabophones.

Les observateurs présents sur place à la reprise des pourparlers de Genève III sur la Syrie ont eu droit à un spectacle affligeant, indigne des enjeux de la bataille et de la souffrance du peuple syrien. L’éphémère ancien premier ministre du pouvoir baasiste a débarqué brusquement à Genève à la tête d’une task force de 54 membres, à bord d’un avion spécial de la flotte royale saoudienne, sans visa, décidé à montrer à la ville et au monde « urbi at orbi » et sa science et son audience.

Mais c’était sans compter sur les Helvètes qui briseront net son élan. Méticuleux comme les mécanismes d’une montre de précision dont ils en ont le secret de fabrication, postés à Genève Cointrain, redoutant que ce vol de gerfaut hors de son charnier natal ne s’apparente à un flux migratoire déguisé en quêteurs d’asile, ces braves douaniers, un tantinet légalistes, soumettront à la question l’imposante délégation syrienne. Quatre heures durant, à raison de 45 minutes par tête de pipe. Par tête de bétail.

Incommodé par un traitement incompatible avec son statut, Mounzer Makhos, le terne ambassadeur de l’opposition off shore syrienne en France, fera appel à son « confrère » français Franck Gellet, en charge des opposants syriens bénéficiant du label de l’Otan et des pétromonarchies, pour le sortir de ce guêpier, qu’il estimait indigne de son rang. En vain.

Telles de volailles en batterie, -en fait des valetailles-, en cage derrière les baies vitrées et blindées de la douane, ces ectoplasmes syriens en remake des « exilés de Coblence » faisaient peine à voir. Le spectacle suggérait une mise en quarantaine de ces révolutionnaires en chambre. Une mise à l’index de leur forfaiture.

Ils compenseront leur calvaire par un assaut des palaces de la cité helvétique. Les sous fifres, à l’hôtel N’vy Hôtel (quatre étoiles tout de même), à 990 FS pour la suite junior et à 1500 FS pour la suite. Les chefs, au prestigieux palace « Hôtel du Président Wilson », qui longe le lac de Genève.

Les bédouins pétrodollarisés, c’est bien connu, dans leur art ancestral du marchandage, sont passés maîtres. Prix d’ami, la nuitée au « Président Wilson » a été facturée à 750 francs suisses, majorée d’un supplément forfait nourriture de 300 francs par jour, soit la journée à 1.000 FS par négociateur. Sans compter les frais annexes des nombreuses et onéreuses prestations annexes (affectation de salles de réunion et de salon pour les conférences de presse), les limousines pour le déplacement de ces augustes personnes et leur protection rapprochée.

Soit pour un séjour d’une semaine, une note de 1,6 millions de FS. De quoi faire bombance et compenser avantageusement le dénuement de millions de Syriens dispersés à travers le monde du fait de leur cupidité et de leur inconsistance intellectuelle et morale.

Foin de transparence : Fastes et apparats en apparence mais coups bas en coulisses et bagarre de chiffonniers : Le Qatar, ombre falote de la Turquie, boudant la conférence, l’Arabe saoudite a mis à contribution les Émirats Arabes Unis pour s’acquitter de la quote-part du Qatar.

La révolution syrienne ne souffre pas d’intendance, mais d’incompétence. La révolution syrienne passera dans les annales comme l’unique révolution au Monde faite en costume cravates et cartes de crédits, sous parrainage royal. Et les pétromonarchies comme les plus gros donateurs de la destruction de la Syrie, un « pays du champ de bataille », de la dispersion de sa population et la mise en coupe réglée du pays sous l’autorité djihadiste.


Journaliste-écrivain, ancien responsable du Monde arabo musulman au service diplomatique de l'AFP, puis conseiller du directeur général de RMC Moyen-Orient, responsable de l'information, membre du groupe consultatif de l'Institut Scandinave des Droits de l'Homme et de l'Association d'amitié euro-arabe. Auteur de "L'Arabie saoudite, un royaume des ténèbres" (Golias), "Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l'imaginaire français" (Harmattan), "Hariri, de père en fils, hommes d'affaires, premiers ministres (Harmattan), "Les révolutions arabes et la malédiction de Camp David" (Bachari), "Média et Démocratie, la captation de l'imaginaire un enjeu du XXIme siècle (Golias). Depuis 2013, il est membre du groupe consultatif de l'Institut Scandinave des Droits de l'Homme (SIHR), dont le siège est à Genève et de l'Association d'amitié euro-arabe. Depuis 2014, il est consultant à l'Institut International pour la Paix, la Justice et les Droits de l'Homme (IIPJDH) dont le siège est à Genève. Depuis le 1er septembre 2014, il est Directeur du site Madaniya.

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