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Symboles d’un art de vivre à la marocaine, les terrasses des cafés sont les scènes d’un théâtre particulier. 

Au Maroc, en ville, au bled, la terrasse du café est un lieu incontournable. On y sirote du thé à la menthe, avec un journal ou attablé avec des amis, en grignotant éventuellement une de ces délicieuses pâtisseries marocaines à base d’amandes. On y déguste aussi le café ou le café crème, le nossnoss ou “moitié, moitié”, pour moitié lait, moitié café. C’est l’occasion d’un moment entre copains, entre gars du même coin. On bavarde, on évoque l’actualité, on s’emporte en commentant les résultats du dernier match de foot, on échange des potins. Oui, des potins, parce que je vous en ai déjà parlé, souvenez-vous, le tberguig, le commérage, est un sport national. Et son terrain de jeu, la terrasse des cafés. Pour les hommes, entre hommes.

Un territoire masculin
C’est incroyable, mais vrai ! Les terrasses des cafés ne sont fréquentées que par les hommes. Des hommes entre eux, des hommes seuls, mais uniquement des hommes. Jamais de femmes. Je ne parle pas des terrasses du Starbuck ou des cafés branchés, où la population est plus jeune et plus mêlée. Non, je vous parle du troquet, du café traditionnel, du bistrot de toujours. Une institution marocaine. Mais pour les hommes seulement. Non pas qu’il soit interdit aux femmes, mais les femmes n’y ont pas leur place. Pour toute une partie de la population marocaine, c’est comme ça et ça ne se discute pas. En revanche ce qui se discute – dans le sens où cela fait débat –, c’est que ces hommes, tout en buvant leur thé ou leur nossnoss, se croient au spectacle. “J’aime regarder les filles qui marchent…” : vous connaissez la chanson ? Le refrain s’impose ici comme une vérité : oui, au Maroc, les hommes assis en terrasse de café matent les femmes !

Un regard pesant
C’est un fait, une expérience avérée pour nombre de femmes de mon entourage, marocaines ou pas, qui se sentent observées, comme déshabillées du regard. C’est un peu partout comme ça, pourrait-on me rétorquer. Avec raison, parce qu’à Paris, par exemple, les hommes en terrasse aux premiers beaux jours de printemps semblent aussi apprécier le spectacle des jambes dénudées et des jupes légères.

Certes. Mais au Maroc, les hommes commentent, sifflent et haranguent. Et ce n’est pas que flatteur. Et c’est vraiment trop systématique. Comment l’expliquer ? Chacun a sa théorie, historique, sociologique ou religieuse. Il y a sûrement autant de vérités que d’hommes concernés ! Une chose est sûre : sur les réseaux sociaux, les forums de sites web féminins, francophones et arabophones, il est de plus en plus fréquent de lire des commentaires indignés et des appels à une levée de boucliers de la part de femmes qui saturent d’être la cible de ces remarques trop souvent déplacées. Ces mêmes femmes qui changent de trottoir pour éviter les terrasses des cafés… et rentent vite chez elles boire leur thé à la menthe bien à l’abri des quolibets.

Valérie Journois
blog.courrierinternational.com



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