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Pour l’Amérique, quel qu’en soit le président, le Maroc est un pays lointain qui a du phosphate et deux mers. Les Américains n’entrent pas dans les détails. L’intégrité territoriale du Maroc leur importe peu même s’ils ne le déclarent pas publiquement. Les intérêts d’abord, la politique après.

On ne comprendra jamais la politique étrangère américaine si on n’a pas à l’esprit un de ses principes fondateurs et constants : l’Amérique n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts. Elle ne fait rien par générosité ou par amitié. Ses intérêts d’abord, le reste suivra. Tant de pays l’ont appris à leurs dépens. On ne peut même pas le leur reprocher parce qu’ils le disent et le répètent. Certes, ils ont des préférences parmi ceux qu’ils considèrent de leur bord et faisant en quelque sorte partie de leur destin.

Arrive en premier l’Etat d’Israël qui constitue dans sa stratégie une exception à laquelle elle ne renoncera jamais. On a vu comment Barak Obama a cru à son arrivée pouvoir promettre un Etat aux Palestiniens et comment on lui a fait oublier son discours du Caire et ses envolées lyriques sur le monde arabe et l’islam.

Fini le salut sympathique «Assalam Alaykum !». Il a été très vite remis sur les rails israélo-américains. D’ailleurs le premier ministre israélien Benyamin Netanyahu a pris soin de l’humilier par deux fois, une façon de le rappeler à l’ordre.

Pour l’Amérique, quel qu’en soit le président, le Maroc est un pays lointain qui a du phosphate et deux mers. L’Algérie a du gaz et du pétrole. Même si les liens historiques entre le royaume et l’Amérique ont été importants, on sait que la mémoire de ce continent est courte. Alors ne nous faisons pas d’illusions.

Les intérêts d’abord, la politique après. Il est vrai que la question du Sahara est une aubaine pour le pouvoir algérien. Il en joue partout trouvant ainsi un bon moyen de maintenir une grande tension avec le Maroc, espérant qu’il soit handicapé dans son évolution et de son développement, l’obligeant ainsi à lui donner une sortie sur l’Atlantique. Les Américains n’entrent pas dans les détails. L’intégrité territoriale du Maroc leur importe peu même s’ils ne le déclarent pas publiquement. Ce qui n’est pas le cas de la Russie qui a eu pas mal de problèmes avec certaines de ses provinces.

Je pense que l’une des cartes que la diplomatie marocaine pourrait jouer est celle de démontrer que les camps de Tindouf ont été utilisés pour l’entraînement de certains terroristes liés à Al Qaeda, que favoriser la création d’un mini Etat dans cette région est le meilleur moyen d’encourager le terrorisme international.

L’Algérie ne maîtrise pas toutes ses frontières par lesquelles passent des commandos qui commettent des attentats sur son territoire. Mais l’information est souvent non rapportée. On sait combien la lutte contre le terrorisme est primordiale chez les Américains. Le Maroc a par ailleurs assez prouvé son efficacité à démanteler des cellules liées à Daech (l’une des dernières était à Nador, elle avait pour mission de faire des attentats dans les aéroports du royaume et d’instaurer un émirat!). Les services américains le savent et le reconnaissent.

La leçon que la diplomatie marocaine devrait retenir de la dernière crise autour du Sahara marocain c’est qu’il est urgent de revoir la manière dont elle communique. La communication est aujourd’hui une science, une technique qui va au-delà de ce qu’on voit et entend. Ce n’est pas parce que le Maroc a raison, est dans son droit, qu’il ne faut pas faire le travail d’expliquer et de convaincre avec des arguments historiques et politiques solides ceux qui, soit doutent de ce droit, soit ne se sentent pas concernés par ce problème.

Pour cela, en plus du travail des coulisses et des couloirs, il faut qu’une société de communication sérieuse ayant fait ses preuves soit engagée pour expliquer la position du Maroc. Expliquer et démontrer que les arguments des adversaires ne sont pas fondés et relèvent de l’intoxication, de la mauvaise foi pour ne pas dire plus.

Il faudrait en fait s’inspirer de ce que semblent faire les services algériens qui, il faut bien l’admettre sont plus riches et plus vicieux qu’il n’y paraît.

Le fait de reconsidérer la manière dont le Maroc se défend est primordial. Le monde a changé. Le droit seul, son évidence, sa justesse, sa légitimité ne suffisent plus aujourd’hui pour considérer qu’on a raison. Il faudra que les autres rejoignent cette raison. Pour cela, ils ne le feront pas par esprit de justice, ils le feront parce qu’on aura su leur parler et les convaincre. Pour cela, il me semble qu’il n’y a pas mieux qu’une société de communication et de lobbying sérieuse qui ferait un travail parallèle de consolidation des thèses marocaines. On pourra toujours essayer et voir ce qui se passera.

Enfin un dernier point : il faut cesser de tourner autour du pot, nous sommes bien face à un ennemi qui cherche par tous les moyens à pourrir notre quotidien. L’Algérie, je parle bien sûr de ses dirigeants, les militaires et non le peuple, ne nous aiment pas. Allez savoir pourquoi.

Le peuple algérien lui, rêve de voir un jour les frontières ouvertes pour venir rendre visite à ceux qui l’ont tant aidé quand ils se battait contre l’occupation coloniale.

Par Tahar Ben Jelloun
Le360.ma












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