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Décorée de la légion d'honneur, la slameuse de 66 ans, a été rendue célèbre grâce à l'artiste Grand Corps Malade par qui elle fut rebaptisée « Tata Milouda ». Cette petite mamie slame, comme un conte de fée, le récit de son histoire.

Il s'agit d'une histoire longue et passionnante : celle d'une vie, d'un exil, d'un rêve et d'une rencontre. « Je suis une artiste de la vie, c'est elle qui m'a poussée à slamer, à ouvrir les portes qui me semblaient fermées. Ma vie et la souffrance que j'ai subie dans le passé ont fait de moi l'artiste que je suis aujourd'hui ». Arrivée en France en 1989, sans papiers, seule, écumant différents boulots au noir, Milouda Chaqiq s'intéresse soudainement au slam, attirée par ce monde où l'art et le partage se côtoient, le temps d'une scène.

Entretien avec Tata Milouda lors d'une soirée "Autisme" organisée par Autism Research Morocco (ARM) à Fondation Maison du Maroc Paris. Wakeupinfo.fr


Originaire de Settat au Maroc, Milouda n'était pas une femme heureuse. De là naîtra l'envie d'écrire et de témoigner : « Mon mari était violent, il buvait et fumait énormément et passait son temps à courir les femmes, dépensant l'argent dont nous avions tant besoin mes six enfants et moi-même. »

Si sa volonté et sa combativité surprennent et font sourire aujourd'hui, Milouda avait pour habitude d'interloquer les habitants de son village. Première femme à obtenir un passeport et à quitter ses terres. Je savais bien que j'allais me heurter aux regards des gens, à celui de ma famille et au refus de mon mari mais j'étais déterminée.

Elle est venue seule à Paris, avec 100 francs en poche et trois mots de Français, c'est une vraie aventure. « Qui aurait dit que je deviendrai une artiste de slam ? Je le dis souvent aux femmes qui m'entourent ou à celle que je rencontre : la chance n'est pas venue taper à ma porte, il a fallu que j'aille la chercher. »


C'est cette énergie et rage au ventre qu'elle transmet, en se rappelant toujours son statut passé de fille maintenue dans l'analphabétisme et le silence. Un moyen permanent de se surpasser. « Grâce au cours d'alphabétisation, je suis devenue une autre femme, dit-elle fièrement. Je l'ai senti au plus profond de moi, et ce, dès les premiers instants. La patience est une chose très difficile. Il faut en vouloir et se battre pour s'en sortir. C'est dur, je le conçois. Mais pour gagner son combat avec la vie, il faut du courage. »

Militante et féministe jusqu'au bout des ongles, Tata Milouda ne se sent pas seulement proche des femmes dont la vie familiale se brise, mais aussi de ceux qui vivent dans l'ombre, ceux que l'on n'entend pas. Cette femme au parcours extraordinaire se fait la voix d'un monde sombre et difficile tout en illuminant par son sourire et ça gaieté.

Arlette Colin





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