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Le 29 juin 1992, le Président algérien Mohamed Boudiaf est assassiné en direct à la télévision. Pour les algériens, c’est un espoir assassiné. 

L’Algérie entre désormais dans les années de terreur avec plus d’une décennie de massacres et de tueries. Plus de 200 000 morts et 100 000 disparus. Plus de 120 journalistes sont également assassinés. J’ai réalisé alors plusieurs films qui témoignent de cette période noire. Devoirs de vérité et de mémoire dit-on.

25 ans plus tard, en ce mois de juin, à quelques jours de cette triste date, le pouvoir d’Alger tente à nouveau d’assassiner la liberté d’expression, la liberté de penser, la liberté de ton, et la fonction même de journaliste.

Ce jeudi, tard dans la nuit, les forces de police venues en force ont investi le nouveau siège d’El Watan et ont empêchées le déménagement du journal prétextant des questions de conformité (?)- Frustration et colère pour les journalistes du quotidien qui doivent regagner l’ancienne caserne coloniale (la maison de la presse). Tout un symbole !

Dans mon dernier film "CONTRE-POUVOIRS" (distribué par Zeugma), une "immersion" au sein de la rédaction d’El Watan durant la dernière élection présidentielle de 2014. Un film rendant hommage au travail des journalistes et qui donne à voir une liberté joyeuse si rare, arrachée au fil des années, dans la souffrance et le combat. Avec ce film, je montrais probablement le seul acquis de notre vacillante ouverture démocratique : la liberté d’expression et d’information ! Le film se termine d’ailleurs avec un plan montrant le nouveau siège d’El Watan surplombant la belle baie d’Alger, livré après quinze années de combat. Métaphore de liberté et d’indépendance ?

Il y a peu, la gendarmerie investit un studio de TV pour interdire une émission critique. Elle met en détention provisoire Mehdi Benaïssa, le directeur de la TV et une cadre du ministère, Mme Nedjaï pour une simple autorisation de tournage, des employés de la télévision KBC, chaine du groupe El Khabar ainsi que son Président du Conseil d’administration. Après tout ce que nous avons subi depuis les années 90 et les avancées démocratiques acquises parfois par le sang, des journalistes sont arrêtés et présentés devant les tribunaux à cause du contenu d’un programme de télévision.

Depuis quelques mois, Les deux quotidiens phares, fers de lance de la presse indépendante, El Khabar et El Watan, subissent un harcèlement économique, policier et judiciaire systématique.

Pour rappel, en 2014, durant le tournage de mon film, Algérie News, un autre quotidien critique est fermé pour une sombre histoire de dettes non payées. Au même moment, certains appelaient déjà à la fermeture d'El Watan, sans parler des attaques contre des membres du mouvement Barakat !, ou du lynchage récent de Kamel Daoud, alors que son pourfendeur qui a appelé à sa condamnation à mort est libre.

Depuis son 4e mandat, le pouvoir de Bouteflika et son régime mène une bataille d'arrière-garde qui va contre le sens de l'histoire. En Algérie, comme le souligne justement mon ami Kamel Daoud, le pouvoir est une hagiographie, les contre-pouvoirs sont la véritable histoire algérienne. Ils racontent l’histoire sans mensonges, parce que vécue ou perpétuée.

J’ai mal pour l’Algérie actuelle. Profondément mal. Les générations passent et toujours rien ; ni liberté, ni morale, ni bien être, ni même une économie. Que censure, interdiction, suspicion, crainte et peur à tous les étages. Par «lâcheté» ou indifférence, personne n’agit, ni ne réagit si ce n’est quelques journalistes, et quelques associations militantes. Le silence de la mort. Mais peut-être somme-nous, déjà définitivement morts ?

Je reste toujours du côté du vécu et de la vérité. Et la vérité, c’est qu’il n’y a pas d’autres alternatives pour vivre en paix dans notre pays; la liberté d'expression, de parole, de penser n'est pas l'affaire d'une minorité ou d'un groupe, mais l'affaire de tous. De nous tous, algériens ! C’est cela qui nous fera grandir aux côtés des grandes démocraties pacifistes et non le perpétuel mensonge autoritaire qui -au-delà de la tristesse ordinaire-, est une offre à la dictature.

Malek Bensmaïl, cinéaste
lematindz.net/










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