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Avec deux siècles de retard sur les premiers missionnaires qui conquirent l’Afrique avec quelques feux d’artifices, deux ou trois miroirs et quelques étoffes, le ministre de l’Industrie, Abdeslam Bouchouareb, compte partir à la conquête des pays africains avec de la verroterie et des beaux discours. 

C’est, du moins, ce que l’on comprend par son idée d’organiser ce Forum économique algéro-africain du 19 au 21 novembre, et qui ne prétend rien moins qu’à « orienter les exportations du pays, hors hydrocarbures, vers leur première destination naturelle et de développer des investissements dans ce continent qui possède d’énormes potentialités ».

Autrement dit, un ministre de l’Industrie d’un pays sans industrie s’apprête à « orienter les exportations hors hydrocarbures » inexistantes et à développer des investissements sans investissements et sans investisseurs !

Il y a comme ça, des annonces creuses, agréables à entendre, qui ne coûtent rien à celui qui les proclame, qui prolongent l’illusion de grandeur et qui vont rester lettre morte. Il faut peut-être réveiller M. Bouchouareb sur les réalités de l’époque : le temps des Rois nègres ébahis et crédules, que l’on pouvait rouler dans la farine, est révolu. On ne conquiert plus les marchés africains par des « tombos » et des « congolos », ces perles de verroterie qu’on échangeait contre de l’ivoire ou des esclaves.

Mettre les pieds en Afrique exige, avant tout, une diplomatie dynamique, une stratégie économique, des instruments de pénétration. L’Algérie ne possède rien de tout cela. L’Afrique a été délaissée durant ces vingt dernières années par nos dirigeants ; Le Président de la République n’a fait aucune visite d’État dans une capitale africaine quand le roi du Maroc n’hésitait pas à chausser les bottes du prospecteur, multipliant les tournées dans le continent, contribuant à la mise en place d’un impressionnant réseau marocain de banques, d’entreprises, et de représentations économiques, le tout porté par un lobbying efficace. Résultat : les exportations marocaines vers l’Afrique représentent sept fois les ventes algériennes.

Ce qui sépare, dans ce domaine, l’Algérie du Maroc c’est, en fin de compte, ce qui sépare une économie rentière d’une économie managériale basée sur la liberté d’entreprendre. La seule philosophie économique algérienne se réduit à vendre du pétrole ; les outils de conquête de marchés sont inopérants du fait de l’immobilisme, du contrôle politicien, de la centralisation des décisions économiques et des calculs politiciens ; les investisseurs nationaux sont bridés quand ils ne font pas l’objet d’un règlement de compte ; les banques algériennes sont bureaucratisées et les banques privées ont été éradiquées : aucune banque ou entreprise algérienne ne figure dans le prestigieux classement annuel des 100 plus grandes sociétés du monde arabe établi par Forbes.

Le terrain perdu du fait de notre absence diplomatique en Afrique est considérable. Une bonne partie a été récupérée par le Maroc voisin qui est ainsi devenu le premier investisseur en Afrique de l’Ouest, très loin devant l’Algérie. Notre pays est dépassé dans une compétition qu’il a réintégrée dans la précipitation à la suite de la chute des prix du pétrole. Il suffit que les cours remontent pour qu’on oublie de nouveau les beaux discours sur l’Afrique.

L’Algérie a les hommes qu’il faut pour être de son époque. Mais ils ne sont pas au pouvoir. La décision est entre les mains de dinosaures. Pas étonnant que M. Bouchouareb en soit encore à l’époque des « tombos » et des « congolos ».

Mohamed Benchicou
est chroniqueur sur TSA-Algerie












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