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Alors qu’en ce mois de ramadan l’immense majorité du milliard et demi de musulmans renoue par le jeûne et la prière le lien avec l’au-delà, une petite minorité d’assassins s’acharne à donner crédit aux clichés haineux trop souvent colportés hors Oumma à propos de l’islam : religion des cimeterres et des cimetières, exaltation de la violence, archaïsme structurel, fanatisme simpliste d’une croyance primitive reposant sur l’exclusion mortifère des impies et les anathèmes de ses guides par effraction.

« Sur la terre des croisés, aucun sang n’est sacré », répète Abou Bakr al-Baghdadi, calife autoproclamé de Daesh. Quelle différence y a-t-il entre la vision apocalyptique de l’islam et des musulmans propagée par Donald Trump et Michel Houellebecq, et celle que nous offrent chaque jour les sectateurs de l’État islamique ? Aucune. Pour les uns comme pour les autres, l’islam, c’est la guerre.

L’antidote à cette dérive funeste se trouve dans la lettre du Coran et l’esprit de chaque fidèle, mais aussi dans les expériences menées ici ou là pour traiter le mal au plus profond de ses racines. Celle que mène depuis plus d’une décennie le Maroc de Mohammed VI est à cet égard exemplaire et – partiellement – reproductible. Ce qui est unique, c’est bien sûr l’existence d’un régime monarchique dont les souverains tirent leur légitimité originelle de la qualité de commandeur des croyants.

Depuis dix siècles, l’allégeance au roi n’est pas aveugle, elle est réécrite et renouvelable à chaque intronisation comme une sorte de contrat où la fidélité des sujets s’échange contre une quintuple protection : foi, vie, raison, biens, dignité. Ce qui est singulier, c’est aussi la constante religieuse modérée sur laquelle s’accordent les Marocains. Un rite malékite flexible quant à l’introduction des pratiques culturelles locales, axé sur la notion d’intérêt général et marqué par la dimension spirituelle du soufisme, lequel cultive les notions d’examen de conscience, d’inviolabilité d’autrui et de tolérance.
Le successeur de Hassan II fait le choix de moderniser l’islam et d’islamiser la modernité en s’appuyant sur la commanderie des croyants
Toute l’intelligence de Mohammed VI aura été de pressentir que, face à l’extrême dangerosité de l’islamisme radical, dont les cellules cancéreuses menaçaient de proliférer, aucun de ces deux piliers – la commanderie des croyants et le rite malékite – ne devait demeurer immobile et de comprendre qu’une politique de prévention-répression purement sécuritaire ne pouvait, en aucun cas, suffire.

Le Maroc est aux portes de l’Europe, ce qui est un avantage mais aussi un danger, car c’est de ce Vieux Continent en plein processus de sortie de la religion que souffle sur le royaume le grand vent de la mondialisation et c’est par lui que pénètre une modernité qui, quand elle est vécue comme une agression culturelle, fait le lit de l’extrémisme. D’où le double choix, acté très tôt par le successeur de Hassan II, de moderniser l’islam et d’islamiser la modernité en s’appuyant sur la commanderie des croyants.

Choix audacieux mais payant, qui s’est traduit par une augmentation de 100 % en dix ans du budget des services religieux, par la prise en charge et la formation continue des imams, des oulémas et des institutrices en islam que sont les mourchidates, par la restructuration de l’enseignement religieux traditionnel désormais relié via un système de passerelles à l’enseignement public, par la création d’un Institut de formation des imams tendant à faire de ces derniers une sorte de clergé sunnite qui ne dit pas son nom et d’une Fondation des oulémas africains, inaugurée il y a quelques jours et axée sur la propagation du rite malékite au sud du Sahara.

En profondeur, le roi a impulsé une rénovation à la fois législative, administrative et normative du Conseil supérieur des oulémas, autorité dont le rôle – émettre les fatwas et interpréter les textes sacrés – est crucial.

On doit ainsi à cette instance de mener sans bruit le patient et indispensable travail de déconstruction des contenus empoisonnés donnés par les idéologues de Daesh et d’Al-Qaïda aux mots clés du vocabulaire islamiste, tels que « jihad », « jahiliya », « takfir », « kouffar », « salafiya », ou aux versets totalement dévoyés de leur sens, comme le fameux « ordonner le bien, interdire le mal », dont se gargarisait Ben Laden.

Alors que la police marocaine démantèle presque chaque mois une nouvelle cellule terroriste, l’objectif poursuivi par Mohammed VI n’a pas varié : assurer la transmission d’un islam culturellement inséré, afin que la jeunesse ne bascule pas dans un islam de rupture – générationnelle aussi bien que politique – et de radicalité. De ce jihad éclairé pour un islam dynamique et innovant découlera le meilleur démenti que l’on puisse apporter à tous les Donald Trump et Abou Bakr al-Baghdadi de la terre.

L’intégrisme n’est pas l’intégralité de l’islam, encore moins sa métastase, mais une maladie que toute religion est susceptible de développer. Une maladie certes hautement transmissible et potentiellement létale, mais que l’on doit prévenir et dont on peut guérir.

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