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Depuis la fondation du royaume du Maroc que l’on peut dater de l’avènement d’Idriss 1er en 789 ap JC à Volubilis, huit dynasties se sont succédées presque sans interruption jusqu’à l’heure actuelle. 

Celle qui a perduré le plus longtemps est la Dynastie des Alaouites qui règne depuis 1664, date à laquelle Moulay Rachid, chérif du Tafilalet, a commencé à réunifier le pays après un interrègne de 5 cinq ans suite à l’effondrement de la dynastie Saadienne en 1659.

Moulay Idriss 1er est un descendant du prophète, arrière petit-fils d’Hassan, fils du 4ème calife Ali et de la fille du prophète Fatima. Fuyant une vague de persécutions au proche-orient, il finit par arriver au Maroc après de longues pérégrinations et se met sous la protection de tribus berbères qui le reconnaissent premier imam.


La Dynastie Idrisside règnera jusqu’en 985 après une décadence de près de 80 ans et s’effondrera sous la pression conjuguée des Omeyyades, des zirides vassaux des fatimides et de la tribu dissidente des zenatas. On lui doit la première tentative d’unification du Maroc avec son Etat central organisé, le Makhzen, ainsi que la fondation de la ville de Fès en 807, cette date étant encore discutée entre les historiens.

La seconde dynastie, celle des Almoravides ( XIème -XIIème siècle) connaîtra un destin encore plus prestigieux. Elle est issue d’une tribu berbère saharienne, les Sanhaja et d’un mouvement religieux rigoriste malékite impulsé par le prédicateur religieux Abdellah Ibn Yassin et un chef local. Son influence s’étendra de l’Andalousie au nord et jusqu’en Afrique noire au sud et de l’océan atlantique à l’ouest à l’Algérie de l’ouest. Le terme almoravide vient du Ribat, couvent fortifié.


Cette dynastie connaîtra de nombreux succès militaires, notamment en Andalousie où le troisième émir et premier sultan almoravide Youssef Ibn Tachfin, remportera la fameuse victoire de Zallaca ou Sagracas contre les forces coaliguées de la Reconquista et reprendra le royaume de Valence à la veuve du Cid. Appelé par l’émir de Séville Al Motamid ibn Abbad, également grand poète, inquiet de l’avance désastreuse de la reconquête, notamment après un raid de la reconquista jusqu’en méditerranée (“Mieux vaut devenir chamelier en Afrique que porcher en Castille”), Youssef Ibn Tachfin mettra fin aux premiers Reyes des Taifas, ensemble de petits états musulmans rivaux issus de l’effondrement subit du califat Omeyyade et rassemblera sous la suzeraineté almoravide l’ensemble de l’Espagne musulmane. Son fils Ali ben Youssef infligera également une terrible défaite à la Reconquista lors de la bataille d’Uclès en 1108, dite également bataille des sept comtes, où l’unique fils du roi de Castille trouva la mort. Par leurs nombreuses victoires, certaines décisives, et leur combativité, on peut considérer que les dynasties marocaines almoravides et almohades ont repoussé la reconquête espagnole de deux siècles.

A cette dynastie on devra la fondation de Marrakech sous l’impulsion de Youssef Ibn Tachfine. Sous son empire aura cours une monnaie prestigieuse, le Marabétin, ancêtre du maravédi, monnaie de si bon aloi qu’elle servira de monnaie d’échange en Europe jusqu’en Scandinavie, les européens s’en servant car ayant peu de confiance dans leurs propres monnaies, et jouera un rôle déterminant dans le développement économique et civilisationnel européen du XIIème siècle. Il faudrait revenir sur cet aspect méconnu de l’histoire de l’Europe. La reconquête de Marrakech en 1147 par les almohades après de rudes combats et une très vive résistance où des mercenaires chrétiens seront employés, notamment le célèbre mercenaire catalan Reverter sonnera le glas de son pouvoir même si des résidus des almoravides subsisteront encore presque un siècle notamment aux Baléares.

Pour ceux qui s’intéressent à cette période passionnante de l’histoire de l’Afrique du nord et de l’europe, se référer au formidable ouvrage de la fondacion el legado andalousi en français “Itinéraire culture des almoravides et des almohades”.

Les Almohades (al mouhawwiddun, “qui proclament l’unité divine”) sont issus d’un mouvement religieux rigoriste impulsé par le prédicateurs religieux Mohammed Ibn Toumert) soutenu par son premier lieutenant Abdelmoumen en 1130 à Tinmel. Ce mouvement, composé d’une confédération de tribus berbères dont le noyau est la tribu des Masmoudas, va entamer la difficile reconquête du Maroc qui va se terminer avec la sanglante prise de Marrakech et va fonder l’empire du Maroc le plus prestigieux et celui qui va laisser l’empreinte la plus importante à travers un nombre impressionnant de monuments, de murailles encore visibles au Maroc et en Espagne, notamment la fameuse Giralda de Séville et son équivalent à Rabat au Maroc, la tour Hassan. Sous son empire fleuriront les arts et les lettres. S’y épanouiront entre autres des philosophes comptant parmi les plus importants de la pensée humaine, notamment les fameux Averroes (Ibn Rushd), Avicennes (Ibn Sina) ainsi que Maïmonide…


Cet empire guerrier et conquérant s’illustrera en Andalousie et posera de rudes soucis à la Reconquista et ses ordres guerriers comme ceux d’Alcantara et de Calatrava. Sa plus grande victoire est la victoire décisives d’Alarcos en 1194 remportée par le calife Yacoub Al Mansour sur les forces coalisées de la reconquista menées par le roi de Castille Alphonse VIII de Castille . Son déclin commencera après la défaite décisive de Las Navas de Tolossa (1212) contre le même roi de Castille même si la reconquête de l’Andalousie par les espagnols, excepté le royaume de Grenade qui perdurera jusqu’en 1492, mettra encore une soixantaine d’années pour se faire.

Il est important de souligner que le mouvement almohade s’érigera en califat et non en sultanat à l’instar de toutes les autres dynasties marocaines à l’exception récente des alaouites quand le sultan Mohammed V s’érigera en roi en 1956 à la fin du protectorat français (1912-1956). Cela signifie que les califes almohades ne reconnaîtront aucune autorité religieuse supérieure même nominale, par exemple celle du calife de Bagdad.

Les Mérinides sont issus d’une tribu berbère d’origine zenata qui se met d’abord au service des almohades puis se soulèvent à leur désagrégation. Ils réussissent à se tailler une principauté dans le nord du Maroc et leur influence est basée entre Taza et Fès qu’ils enlèvent en 1248. En 1269 ils renversent définitivement les almohades en prenant Marrakech en 1265. Ce sera la dernière dynastie marocaine à intervenir épisodiquement en Andalousie où ils remportent quelques victoires notables entre 1275 et 1340 mais leur défaite à Tarifa marque la fin de leurs interventions dans la péninsule ibérique.

Au pouvoir entre 1269 et 1465 ils occupent épisodiquement une grande partie du Maghreb et le sud de la côte espagnole, ils ont laissé une empreinte importante sur le Maroc où l’on peut encore admirer nombre de leur monuments comme la médersa Bou Inanya à Fès ou la Médersa de Salé ou encore le minaret de la mosquée de Mansourah à Tlemcen. A l’origine composante du pouvoir almohade dont ils sont un résidu comme les Hafsides de Tunis issus du cheikh Abou Hafs, cheikh almohade devenu gouverneur de Tunis et dont les descendants se proclamèrent indépendants à l’effondrement du pouvoir almohade, ils en respectent les symboles et font longtemps dire la prière au nom d’Ibn Toumert dans leurs mosquées. Les sultans mérinides sont presque tous enterrés dans la nécropole du Chellah à Rabat.

La Dynastie Wattasside est une petite dynastie intermédiaire qui fut créé dans un Maroc en déclin dans un contexte de crise politique, sociale, culturelle et financière. Apparentés aux mérinides à qui ils ont longtemps servis de vizirs, ils sont aussi d’origine berbère zenata et ils finissent par se proclamer sultans en 1472. Ils vont régner dans un petit royaume de Fès dans un pays divisé et ne respecteront pas leur promesse de contenir l’avancée des espagnols et des portugais. Ils seront définitivement chassés du pouvoir par les Saadiens en 1554.

Les Saadiens sont une dynastie arabe chérifienne ayant régné sur le Maroc de 1549 à 1660. Ayant fait reconnaître leur autorité sur le sud du Maroc par les Wattassides, ils finissent par renverser définitivement ces derniers en 1554. Ils jouissent d’une certaine popularité en menant la guerre contre les portugais qu’ils finissent par chasser définitivement du pays. Leur principal fait d’armes est leur victoire d’Alazarquivir en 1578 dite également bataille d’Oued el Makhazine ou bataille des trois rois car au cours de celle-ci, trois rois décédèrent dont le roi du Portugal Don Sébastien. A la suite de ce désastre le royaume du Portugal sera annexé par l’Espagne de Philippe II pendant près de 80 ans. Leur empire s’étendra jusqu’à Tombouctou et Gao, le Soudan mais en arabe Soudan signifiait “pays des noirs” et non le Soudan actuel. Les rançons des prisonniers faits à Alazarquivir et l’or qui afflue du Soudan feront la fortune du sultan Al Mansour “le doré” ou “le victorieux”. Leurs querelles intestines et les interminables guerres civiles qui s’ensuivront faciliteront l’accès au pouvoir des Alaouites, dynastie qui règne jusqu’à l’heure actuelle au Maroc.

La Dynastie Alaouite est la dynastie qui règne sur le Maroc depuis la seconde moitié du XVIIème siècle. Venus du Hedjaz, ils s’installent au Tafilalet, dans le sud du pays et deviennent sultans du Maroc à la suite d’une période d’instabilité ayant suivi le décès du dernier sultan de la dynastie des saadiens en 1659 et durant laquelle le pays est morcelé en plusieurs États indépendants, l’autorité centrale échouant aux mains des dilaïtes. Moulay Rachid, troisième prince alaouite du Tafilalet, réunifie le pays entre 1664 et 1669 et réinstaure un pouvoir central, marquant ainsi le début de la dynastie alaouite du Maroc, qui est toujours à la tête du royaume de nos jours.

Les Alaouites ont eu pour plus célèbre représentant Moulay Ismael, qui gouverna le pays pendant 55 ans (1672-1727). Il réorganisa le Maroc et en assura la pacification, après avoir mené une série d’expéditions militaires contre des tribus insoumises, les turcs ottomans et les chrétiens. Il affermit ainsi la domination du pouvoir central, le makhzen (mot arabe signifiant « magasin », « grenier », c’est-à-dire le trésor royal et les approvisionnements, une métonymie pour désigner le territoire soumis à l’impôt perçu et donc contrôlé par l’État) par opposition au bled es Siba (« pays du désordre », les pouvoirs locaux des tribus, jalouses de leur indépendance). Roi bâtisseur, il fonda Meknes et y installa sa capitale. Sa mort marque l’entrée dans une période troublée avec les révoltes montagnardes, l’opposition religieuse des confréries, les années de sécheresse et de famine, les épidémies (notamment la peste en 1797-1800), qui provoquèrent un effondrement démographique, la montée des caïds et le repli du Maroc sur lui-même jusqu’au protectorat.

Charif Kadiri
histoire.online/






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