News

Le ramadan est un des rites les plus sacrés du monde musulman. Le texte coranique autorise, sous certaines conditions, les personnes malades à ne pas jeûner.

Près de 4 personnes diabétiques sur 5 de type 2 pratiquent le Ramadan et jeûnent malgré les risques encourus pour leur santé. Une étude épidémiologique, menée dans 13 pays musulmans et auprès de 1294 diabétiques musulmans, conclue que 78 % des diabétiques de type 2 et 43,8 % des diabétiques de type 1 jeûnent au moins 15 jours pendant le ramadan.

Les nouveaux chiffres de la Fédération internationale du diabète indiquent qu’actuellement, 366 millions de personnes dans le monde sont diabétiques et que ce chiffre devrait atteindre 522 millions d'ici 2030.

Le jeûne entraîne des risques de santé importants pour les personnes diabétiques et malgré cela, beaucoup d’entre elles respectent le jeûne sans conseil médical. La maladie peut, par conséquent, développer des complications aiguës. Il est important de rappeler que les professionnels de santé doivent évoquer le jeûne et le régime alimentaire avec les patients diabétiques de type 2 lors du diagnostic pour déterminer les modifications hygiéno-diététiques nécessaires et les modifications des schémas thérapeutiques.

Pour les personnes diabétiques de type 2, la diminution de l’apport alimentaire avec la prise de certains médicaments antidiabétiques aux horaires et aux doses prescrites, deviennent des facteurs de risque bien connus d’hypoglycémie (taux faible de glucose dans le sang). Si le diabète n’est pas traité, il peut entraîner des problèmes de santé graves provoquant une perte de conscience, ou des crises convulsives, qui nécessitent un traitement en urgence.

Nous vous proposons, à travers cet article, différents conseils destinés aux personnes diabétiques souhaitant pratiquer le jeûne en ce mois de Ramadan.

Ces conseils sont recommandés, entre autre, par la Fondation Hassan II pour la recherche scientifique et médicale sur le Ramadan (FRSMR 1995) à l’issu d’un consensus réunissant des experts musulmans multidisciplinaires : diabétologues, médecins généralistes, psychiatres, pharmaciens, et théologiens. Des Directives sud-asiatiques pour la prise en charge des troubles endocriniens ainsi que de l’American Diabetes Association (ADA). 

1/ Qui sont les diabétiques de type 2 auxquels le jeûne est déconseillé ?

Le risque de complications liées au jeûne est très élevé chez les personnes diabétiques dans les cas suivants :
• Hypoglycémie sévère dans les trois mois précédant le Ramadan
• Fréquents épisodes d’hypoglycémie
• Non-reconnaissance des épisodes d’hypoglycémie
• Contrôle insuffisant de la glycémie
• Maladie soudaine

2/ Quels sont certains des risques qu’un diabétique de type 2 doit prendre en compte avant de faire le jeûne ?

L’hypoglycémie et ses symptômes
Le jeûne peut avoir une influence sur la glycémie du patient puisqu’il ne mange pas pendant la journée.
  • L’hypoglycémie survient lorsque le taux de sucre dans le sang devient trop bas par rapport aux besoins de l’organisme.
  • Associés à certains médicaments antidiabétiques, des délais importants entre les repas peuvent augmenter le risque d’hypoglycémie.
  • Il est donc important de vérifier sa glycémie plus souvent au cours du jeûne.
Chez les diabétiques de type 2, les symptômes de l’hypoglycémie peuvent être de légers à graves et peuvent inclure :
  • Confusion
  • Sensation vertigineuse
  • Somnolence
  • Battements cardiaques rapides
  • Nervosité
  • Maux de tête
  • Sensation de faim
  • Irritabilité
  • Transpiration
  • Faiblesse
Pourquoi la prévention de l’hypoglycémie est-elle importante ?
La prévention de l’hypoglycémie est importante, car celle-ci peut avoir de graves conséquences médicales. En l’absence de traitement, l’hypoglycémie peut entraîner une perte de conscience, des convulsions ou des crises d’épilepsie, ce qui nécessite un traitement d’urgence.

3/ L’hyperglycémie et ses symptômes

L’hyperglycémie survient lorsqu’une quantité excessive de sucre est présente dans le sang. Les hyperglycémies fréquentes ou prolongées peuvent provoquer une atteinte des nerfs, des vaisseaux sanguins et d’autres organes.

Les symptômes de l’hyperglycémie incluent :
  • Perte de poids
  • Fatigue
  • Soif intense
  • Maux de tête
  • Difficultés de concentration
  • Envie fréquente d’uriner
L’hyperglycémie peut être causée par une réduction inadaptée des posologies des médicaments antidiabétiques.

Pourquoi la prévention de l’hyperglycémie est-elle importante ?
Lorsque la glycémie est très élevée, elle peut entraîner une perte de conscience, voire un coma.

4/ Autres points liés au jeûne à considérer
  • La déshydratation (perte excessive d’eau dans l’organisme) est causée par la limitation des apports en eau au cours du jeûne et peut être plus grave dans les climats chauds et humides.Ses symptômes incluent sécheresse buccale, crampes musculaires, nausées, vomissements et palpitations cardiaques.
  • La déshydratation peut être associée à une augmentation du risque de thrombose (caillot dans un vaisseau sanguin). Les symptômes de la thrombose peuvent inclure douleurs ou oedème (gonflement) à l’endroit où se forme le caillot sanguin, sensation de pesanteur douloureuse à l’endroit touché (par ex. thrombose de la jambe), dilatation des vaisseaux qui deviennent apparents, éruption cutanée avec démangeaisons ou sensation de chaleur à l’endroit concerné.
  • L’acidocétose diabétique est une complication grave du diabète de type 1 qui survient lorsque l’organisme ne peut pas utiliser le glucose comme source d’énergie en raison de l’absence ou d’une quantité insuffisante d’insuline ; il puise alors son énergie dans la graisse. Le risque d’acidocétose diabétique peut être plus élevé lorsqu’on cherche à réduire ses traitements (en particulier les doses d’insuline) ; par conséquent, le patient doit n’apporter aucune modification à son traitement sans en parler d’abord à son médecin. Pour de plus amples informations sur les points liés au jeûne à considérer, le patient doit consulter son médecin.
5/ Que doit faire le diabétique ?

Si le diabétique souhaite faire le jeûne du Ramadan, il commence par prendre rendez-vous avec son médecin afin de réaliser un bilan de santé.

Le bilan visera à évaluer son bien-être général, le contrôle de sa glycémie et à discuter de ses besoins en termes de traitement pendant le Ramadan.

6/ Comment gérer le diabète pendant le Ramadan ?

Le bilan de santé réalisé avant le Ramadan permettra au patient d’obtenir des conseils personnalisés pour réduire au maximum les risques associés au jeûne.

Toutefois, il est également important que le patient effectue un suivi étroit de sa glycémie pendant le Ramadan et de consulter son médecin immédiatement » il rencontre des problèmes pour gérer son diabète. Il peut être utile de prendre rendez-vous pour une consultation de suivi après le Ramadan afin d’évoquer, si nécessaire, les ajustements à apporter à son traitement.

7/ Quels conseils pour les diabétiques ?

Une surveillance glycémique plus fréquente
Si le patient choisit de faire le jeûne, il est essentiel de surveiller sa glycémie fréquemment au cours de la journée. Les valeurs de glycémies apportées au médecin pour en parler lors de sa prochaine consultation.

Des modifications du traitement
Certains antidiabétiques peuvent augmenter le risque d’hypoglycémie pendant le jeûne. Par conséquent, le traitement devra peut-être être modifié pendant le Ramadan afin de réduire ce risque. À consulter le médecin afin de parler du traitement/posologie actuel et des modifications qui peuvent être nécessaires.

Conseils pour une alimentation saine
La période du jeûne s’accompagne d’un changement de mode de vie : plus d’alimentation riche en sucreries et gras, moins d’activité physique, perturbation du programme de sommeil et pour les patients : difficultés dans la prise médicamenteuse et risques d'aggravation de l'état de santé et de survenue d'accidents d’hypoglycémies.

Pendant le Ramadan, l’alimentation doit être saine et équilibrée. Il faut privilégier des aliments tels que du blé, de la semoule et des haricots lors du « Sahour » avant de commencer le jeûne, car ces aliments contiennent des sucres lents. Ils permettront de stabiliser la glycémie et contribueront à réduire les fringales et l’appétit pendant les heures de jeûne.

Lors de l’Iftar, il est recommandé de consommer des aliments contenant des sucres rapides, par exemple des fruits, qui augmentent rapidement la glycémie, puis des glucides lents. Évitez les aliments riches en graisses saturées, comme le « mssemen, les bricks » et autres aliments frits, et essayez de boire davantage pendant les périodes où le jeûne est rompu.

Activité physique
Il faut que le patient essaie de maintenir son niveau d’activité physique habituel pendant le jeûne. Il peut pratiquer, ainsi, en toute sécurité une activité d’intensité légère à modérée. Toutefois, il vaut mieux, lorsque la glycémie est susceptible d’être basse au moment de l’Iftar, un exercice physique intense car le risque d’hypoglycémie peut alors augmenter.

Les efforts faits pour les prières habituelles de Tarawih (prières obligatoires) doivent être pris aussi en considération.

Rupture du jeûne pendant la journée
Il faut rompre immédiatement le jeûne et demander conseil au médecin si le patient se trouve dans l’un des cas suivants :
  • Hypoglycémie : glycémie inférieure à 60 mg/dl (3,3 mmol/l) ou inférieure à 70 mg/dl dans les premières heures suivant le début du jeûne
  • Hyperglycémie : glycémie supérieure à 300 mg/dl (16,7 mmol/l)
Rôle du médecin
En général, de nombreux patients diabétiques musulmans continuent de jeûner malgré les recommandations et les risques de complications auxquels ils peuvent être confrontés. Plusieurs facteurs concomitants interviennent dans l’attitude des patients : croyances magico-religieuses, facteurs psychologiques, sociologiques, familiaux et culturels, éducation pour la santé, sans oublier les influences des médecins et des religieux.

L'attitude médicale autoritaire n'est pas souhaitable, mais le médecin doit faire comprendre au diabétique la nécessité de se prendre en charge pour la réussite de son traitement. Il doit préparer le malade avant le jeûne.

Le médecin pourra lui rappeler les paroles divines et qu'il ne doit pas les transgresser. L’Islam exempte le malade du jeûne. Le médecin doit sensibiliser à la fois le diabétique et son entourage dans le cadre d'une éducation sanitaire.

Docteur A. ZAHOUANI
Medical Research Advisor of International PnK Laboratory
Nutritionniste (PhD, CHU Bichat Paris) Pharmacologue (PharmaD, CHU Lariboisière, Paris)
Président de Research Autism Morocco (ARM)


Références bibliographiques 
« Kit d’information à l’attention des personnes diabétiques de type 2 ; 2012 Merck Sharp & Dohme Corp., filiale de Merck& Co., Inc., Whitehouse Station, NJ, États-Unis.
Al-Arouj M, Assaad-Khalil S, Buse J, et al. Recommendations for management of diabetes during Ramadan : update 2010. Diabetes Care. Août 2010 ;33(8) :1895-1902





0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

 
Top